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Quatre fois plus d’étudiants étrangers francophones en Ontario?

L'affiche du programme a pour but d'attirer plus de jeunes. (Photo: Courtoisie)

L’objectif est ambitieux: faire passer de 2500 à 8000 le nombre d’étudiants étrangers francophones dans les universités et collèges francophones et bilingues de l’Ontario, d’ici dix ans. Les intervenants qui mènent cette bataille affirment que l’atteinte de cette cible permettra de consolider l’offre francophone post secondaire et sera bénéfique pour la province.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«L’internationalisation des établissements est essentielle. Les étudiants étrangers viennent changer la dynamique dans les salles de classe et sont à l’origine de nombreuses retombées financières. Mais ils permettent aussi de consolider l’offre en français en Ontario. Avec une plus grande cohorte francophone, on peut soutenir mieux les programmes en français et ultimement avoir une offre poste-secondaire plus diversifiée», explique Raymond Day, directeur d’Avantage Ontario, un organisme fondé pour recruter des étudiants francophones étrangers.

Son organisation fait la promotion sur la scène internationale de l’Université d’Ottawa, de l’Université Laurentienne (Sudbury), de l’Université Saint-Paul (Ottawa), de l’Université de Sudbury, de l’Université de Hearst, de la Cité collégiale, du campus Glendon de l’Université York (Toronto), du Collège universitaire Dominicain (Ottawa) et du Collège Boréal.

Les bénéfices de l’arrivée d’étudiants étrangers francophones sont multiples tant pour les universités, la communauté étudiante que la population de la province dans son ensemble, insiste M. Day. «D’un point de vue financier, un étudiant étranger vient investir ici environ 30 000$ par année. La moitié se retrouve dans la communauté, alors que l’autre portion revient à l’Université. Si on considère notre objectif, on constate que ce sont des millions de dollars qui sont en jeu», souligne-t-il.

Le marché estudiantin francophone étranger a longtemps été ignoré par les dirigeants de la province se rappelle M. Day. «Le gouvernement de l’Ontario sous McGuinty a débuté l’internationalisation des établissements post-secondaires. Le gouvernement a investi dans les marchés anglophones et misait sur l’Inde, la Chine, le Brésil et ailleurs dans le monde. Rien n’était fait dans la francophonie, c’était un autre contexte où l’on voyait les États-Unis, l’Australie et d’autres pays comme les grands compétiteurs», dit-il.

Plusieurs outils sont maintenant mis en place pour attirer les étudiants francophones étrangers. En plus du développement d’une stratégie web plus agressive, des missions se dérouleront dans plusieurs pays au cours des prochains mois. Les marchés cibles principaux sont l’Afrique de l’Ouest (Cameroun, Sénégal, Côte d’Ivoire), l’Afrique du nord (Maroc, Tunisie et Algérie) et la France.

 

Hausses bénéfiques

La hausse des frais de scolarité du Québec pour les étudiants français vient complètement changer la donne et permet aux institutions ontariennes d’être plus compétitives, selon Denis Hurtubise, vice-recteur associé à l’enseignement et aux affaires francophones de l’Université Laurentienne. «Pour les étudiants francophones étrangers, le Canada, c’était le Québec! Les frais de scolarité étaient tellement bas qu’ils allaient là. Avec les récents changements, ça vient nous aider. Le Québec demeure attrayant, mais l’Ontario l’est aussi», dit M. Hurtubise.

Selon lui, l’Ontario a plusieurs avantages qui lui permettent de se distinguer face au Québec. «Les gens veulent avoir des cours en français, mais ils aiment avoir la possibilité d’évoluer dans un milieu bilingue. L’accès à des cours en anglais permettent aussi aux étudiants étrangers d’avoir le langage technique et d’améliorer au fil de leurs études leur anglais», dit-il.

 

Féroce compétition en Ontario

L’augmentation du nombre d’élèves francophones est aussi essentielle pour l’avenir du collège universitaire Glendon, fait savoir son principal, Donald Ipperciel. C’est d’ailleurs l’un des éléments clés du plan stratégique de l’institution universitaire. «Pour que notre stratégie de francisation puisse continuer à aller de l’avant, il faut aller chercher davantage d’étudiants francophones», souligne-t-il. Cet objectif peut être atteint notamment par l’arrivée de plus d’étudiants étrangers de langue française. Les institutions ontariennes ne sont peut-être plus autant qu’avant dans l’ombre du Québec, mais cela ne signifie pas qu’il est plus facile pour Glendon de tirer son épingle du jeu, selon M. Ipperciel.

«Le plus grand compétiteur pour les étudiants étrangers, ce n’est pas le Québec, mais bien l’Université d’Ottawa. Pour les étudiants étrangers qui s’inscrivent à un programme en français et qui suivent au moins neuf crédits par session en français, il ne leur en coûte qu’entre 3000$ et 4000$. D’autres universités de l’Ontario ont aussi décidé d’emboîter le pas et de réduire les frais de scolarité pour les étudiants francophones afin de pouvoir faire compétition à Ottawa», a-t-il indiqué à #ONfr. Il révèle réfléchir lui-aussi à la possibilité d’offrir de tels avantages aux étudiants francophones étrangers qui étudient à Glendon.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.