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Les sondages à double tranchant

L'hôtel de ville de Toronto. (Photo: WikiCommons)

[CHRONIQUE]
À Toronto, la course à la mairie a quelque chose qui nous déboussole.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@miville

Le récit de la course a souvent changé, ayant été chambardé par le déclin de la favorite Olivia Chow, le cancer du maire sortant Rob Ford, et de la montée de John Tory.

Mais ce que je retiens le plus de cette campagne est le bombardement de sondages tant contradictoires qu’ahurissants qu’ont exploité tant les candidats que les médias. Propulsant l’électeur dans une véritable montagne russe, les sondeurs réussissent à voler la vedette de cette campagne électorale.

Le plus triste, c’est que les principales victimes de ce jeu de tir à la corde sont les électeurs qui, par une peur d’un retour au cirque fordiste, troquent leurs convictions pour des candidats qui, en temps normal, n’auraient pas fait leur affaire.

Une constance: des sondages contradictoires

Rappelons simplement que les maisons de sondage ont depuis quelques mois donné les avances au candidat de centre-droite John Tory. Son avance semble être fortement volatile, allant d’un doublé sur son principal adversaire, Doug Ford, à une mince avance. Le tout semble particulièrement nuire à la candidate dite «progressiste» de la campagne, Olivia Chow, au grand dam de ses partisans.

Il est évident que c’est le facteur Ford qui a donné aux Torontois une campagne qui est à l’image des quatre dernières années. En effet, nombreux sont les appels au vote stratégique afin de bloquer le clan Ford à régner pendant quatre années à la mairie de la ville.

Ce fut en fait le principal enjeu de la campagne pendant de nombreux mois lorsque les candidats se sont amusés à lancer de la boue sur le plus jeune, Rob Ford, dans l’optique de faire des gains. Pourtant, ce que l’on remarquait est que le clan Ford semble être fait de téflon.

Les attaques roulent comme de l’eau sur le dos d’un canard et ne réussissent pas à franchir le bouclier de la Ford Nation.

La peur d’un renouveau avec le bordel des dernières années s’est même accaparée des médias, alors que de nombreux quotidiens, dont le Toronto Star ont donné leur confiance à Tory.

Un vote réellement «stratégique»?

L’appui que donne le Star à Tory est autant plus surprenant que le quotidien a jugé la plateforme en matière de transport en commun d’Olivia Chow comme étant de loin celle qui était la plus réalisable.

En réalité, la peur gouverne la démocratie.

C’est le double tranchant du sondage. Alors qu’il éclaire sur l’humour des individus sondés à un moment précis dans la campagne, il a d’importantes répercussions sur l’orientation de la campagne.

Or, avec les nouvelles technologies et l’importance que prend le téléphone cellulaire dans la vie des jeunes et des moins jeunes, on est à se questionner à savoir à quel point le coup de sonde est réellement représentatif des citoyens.

Pire, si la méthodologie est douteuse, son impact ne l’est pas.

La campagne de Chow a la mine basse, car elle est incapable de faire avancer son discours auprès des citoyens.

Ce qui marque dans ces sondages, d’ailleurs, est que le clan Ford à d’énormes difficultés à se maintenir au-dessus de la barre des 30% dans les intentions de vote. À vrai dire, alors que les intentions de vote chez Tory et Chow démontrent un vaste champ de mouvement (l’un vers le haut, l’autre vers le bas), ceux des Ford semblent avoir stagné tout au long de la campagne, sauf pour un bref soubresaut lors d’une partie du mois d’octobre.

Référendum sur Ford

La réalité est que, malgré le fait que la campagne a été un genre de référendum sur les quatre années du régime Ford, leur bataille était perdue d’avance. Malgré cette observation, il s’est multiplié les appels au vote stratégique afin d’assurer une victoire de Tory contre l’équipe du maire sortant.

L’écran de fumée des sondages n’a pas servi la démocratie. Au lieu d’être un débat d’idée avec deux philosophies sur les questions sociales, économiques et sur le transport en commun (c’est-à-dire un débat entre Tory et Chow), les citoyens de Toronto ont été emmenés dans une campagne de peur qui a bien fait l’affaire de Tory qui en récolte les bénéfices.

La campagne de 2014 est donc un rendez-vous manqué pour les électeurs de la ville reine.

Alors que la métropole ontarienne mérite une campagne honnête sur le fond des choses (que faire avec les autoroutes, l’embouteillage, la faim dans les écoles, les personnes âgées et les impôts fonciers, etc.), elle devra attendre au moins quatre autres années pour l’obtenir.

Heureusement, la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, s’est montrée ouverte à donner la possibilité aux municipalités de modifier le mode de scrutin afin d’y avoir le vote préférentiel aux élections de 2018. Les grands gagnants seront certainement les électeurs qui bénéficieront d’un mode de scrutin qui élimine le besoin d’un «vote stratégique».

 

Serge Miville est candidat au doctorat en histoire à l’Université York.

Note: Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.

 

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