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Le Gardiner, notre refus d’être grands

L'autoroute Gardiner à Toronto. (Photo: WikiCommons)

[CHRONIQUE]
Le débat entourant l’avenir de l’autoroute Gardiner en dit long sur la Ville de Toronto et l’attitude canadienne face à l’infrastructure urbaine. Les villes canadiennes comme Toronto n’osent pas prendre des décisions créatives et audacieuses afin d’être des modèles pour le monde entier. Trop timide pour bousculer les idées reçues, mais trop grosse pour ne rien faire, la Ville-Reine opte pour un plan «hybride» de reconstruction du Gardiner qui est aussi ridicule que coûteux.

SERGE MIVLLE
Chroniqueur invité
@Miville

Revoyons rapidement les faits: les fonctionnaires de la ville ont dressé un portrait de trois solutions possibles pour l’avenir de l’autoroute Gardiner à l’est de la rue Jarvis. Cette autoroute qui traverse le centre-ville date d’une époque à laquelle on se vautrait dans la consommation effrénée d’essence et qu’on idolâtrait l’automobile. En fait, seul le fougueux combat d’une bourgeoisie le long de ce qui aurait pu devenir l’autoroute Spadina n’a réussi à mettre un terme à ce projet qui allait couper la ville en deux et doubler ses problèmes de circulation.

Les options proposées étaient la destruction du Gardiner à l’est de Jarvis et l’agrandissement du boulevard Lakeshore, le statu quo, et l’option dite «hybride» avec un prix de plus de 900 millions $ – attendons-nous à dépasser le milliard avec les inévitables dépassements de coûts. Tout ça pour sauver quelques minutes lors de la navette au travail le matin et le soir pour les citadins qui trouvent toujours intelligent d’utiliser leur voiture pour gagner le centre-ville à 9 heures.

 

Manque d’audace

Il faut manquer de courage pour que le maire de la ville John Tory et les conseillers municipaux qui s’y sont alliés avalisent un projet grotesque. Non seulement est-il le plus coûteux, il empêche en bonne partie le développement le long du lac Ontario. Alors que nous devrions réclamer notre rive, on propose plutôt un chantier interminable tout en refusant un accès rapide à cette pittoresque rive. Rien de novateur ici.

Or il fallait s’y attendre. Toronto est incapable d’être courageuse. Tergiversant sur le transport en commun à des coûts de millions, on a avorté le plan de David Miller qui aurait donné un accès de loin nécessaire aux citoyens les moins bien nantis. La ville maintient un laissez-passer pour le transport en commun à 50$ de plus que Montréal avec un service qui tombe en panne avec la moindre goutte d’eau.

On n’arrive pas, à Toronto, à même tenir un discours nécessaire sur l’augmentation de nos impôts fonciers – qui demeure ridiculement bas –, sur le péage pour emprunter les autoroutes ou de trouver les outils financiers pour mener des projets qui pourrait améliorer le logement social et diminuer la souffrance des moins nantis.

Non, la métropole du Canada ne veut pas trop brasser les choses. Ses leaders sont trop confortables dans leurs vieux souliers. C’est notre avenir qui en souffre.

 

Serge Miville est candidat au doctorat en histoire à l’Université York.

Note: Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.

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