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Budget fédéral: bilan mitigé pour la francophonie

Le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau. Photo archives #ONfr

OTTAWA – Le budget du gouvernement de Justin Trudeau, dévoilé mardi 22 mars, contient quelques mesures promises en matière de langues officielles durant la campagne électorale. Mais un certain flou demeure pour les communautés francophones en contexte minoritaire.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
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SÉBASTIEN PIERROZ
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BENJAMIN VACHET
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Le premier budget du ministre des Finances, Bill Morneau, était très attendu par les communautés francophones en situation minoritaire. Lors des consultations prébudgétaires, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada avait établi trois priorités: le déblocage, dès 2016-2017, des fonds inutilisés de la Feuille de route pour les langues officielles 2013-2018, l’engagement d’indexer, en 2017-2018, les fonds attribués aux organismes et institutions de la francophonie canadienne, et un signal clair envers les communautés francophones à travers le pays.

De ces trois demandes, la FCFA ne trouvera que peu de traces dans le plan Assurer la croissance de la classe moyenne du gouvernement de Justin Trudeau, tout juste deux mentions des langues officielles dans le document de M. Morneau.

«Si nous désirons protéger les langues en situation minoritaire, nous devons savoir dans quelles régions elles sont parlées. (…) Voilà pourquoi, sous la direction de mon collègue, le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, notre gouvernement n’a pas perdu de temps pour rétablir le questionnaire long du recensement», rappelle-t-il ainsi.

Le ministre des Finances indique également qu’il compte sur un investissement de 1,9 milliard $ sur cinq ans dans le domaine des arts et la culture pour financer des mesures qui «soutiendront des institutions nationales importantes, protégeront les deux langues officielles et appuieront des industries mettant en valeur la culture canadienne».

 

La FCFA satisfaite

La présidente de la FCFA, Sylviane Lanthier, se montre satisfaite de cette mention.

«Nous aurions aimé des éléments plus précis quant à l’appui au développement de nos communautés, mais en mentionnant sa volonté de protéger les langues officielles, le gouvernement prouve qu’il y accorde une certaine importance. Quant aux questions de financement de nos organismes, nous savons que le gouvernement tiendra cet été des consultations pour un nouveau plan d’action amélioré en matière de langues officielles, nous aurons peut-être plus de réponses à ce moment-là.»

Le porte-parole aux langues officielles pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), François Choquette, est pour sa part nettement moins patient avec le gouvernement.

«Je commence à comprendre un peu plus pourquoi le titre de «langues officielles» a été retiré au ministère de Mme Joly. On dirait qu’il y a un total manque d’intérêt de la part des libéraux sur la question de la dualité linguistique et des communautés de langue officielle en situation minoritaire. La FCFA avait fait des demandes claires et je trouve inacceptable qu’il n’y ait aucun signe pour aller dans cette direction-là!»

 

Bonne nouvelle pour les arts et la culture

Du côté de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), le président Martin Théberge se dit enchanté de l’enveloppe de 1,9 milliards $ annoncée.

«Ce budget est très positif pour le domaine des arts et de la culture et nous sommes persuadés que nos artistes et créateurs canadiens-français vont bénéficier des investissements annoncés. Nous sommes également très encouragés par la volonté du gouvernement de rétablir un programme de promotion de nos industries culturelles et créatives dans le monde.»

De cette enveloppe, le gouvernement attribuera une somme de 675 millions $ supplémentaires pour Radio-Canada/CBC, soit un premier versement de 75 millions $ en 2016, puis des sommes de 150 millions $ pour les quatre années suivantes.

La FCFA avait réclamé des investissements supplémentaires au sein de Radio-Canada/CBC, souhaitant qu’une partie de ces fonds servent à bonifier la production et l’offre de programmation dans les stations locales. Cette mention ne se trouve toutefois pas explicitement nommée dans le budget. Le gouvernement fédéral indique simplement que cet investissement doit «permettre de diffuser et d’appuyer du contenu canadien de calibre mondial et d’offrir aux Canadiens un meilleur accès aux programmes et aux services à l’ère numérique».

«Le virage numérique, c’est une chose, mais il est également important qu’une partie des sommes annoncées servent à produire du contenu, notamment au sein de nos antennes locales», réitère Mme Lanthier.

M. Choquette aurait voulu un engagement plus clair du gouvernement.

«Il n’est pas expliqué si ces sommes-là vont servir à promouvoir la dualité linguistique et les langues officielles au sein de Radio-Canada/CBC. Cette annonce est un peu à l’image de ce budget en matière de langues officielles : il manque un signal clair que le gouvernement fait des langues officielles une priorité.»

 

Promesses presque respectées

La veille de dévoiler ce premier budget, le premier ministre Justin Trudeau avait assuré qu’il respecterait ses promesses électorales. En matière de langues officielles, il a presque tenu son engagement en confirmant l’investissement supplémentaire pour Radio-Canada/CBC donc, mais aussi en annonçant le rétablissement du programme de contestation judiciaire.

Supprimé en 2006 par le gouvernement minoritaire de Stephen Harper, au grand dam de la FCFA qui avait contesté cette décision et poussé le gouvernement à faire en partie machine arrière via la création du Programme d’appui aux droits linguistiques (PADL), ce dispositif visera à offrir une aide financière aux personnes et aux groupes qui souhaitent défendre des causes relatives aux droits en matière de langue et d’égalité devant les tribunaux canadiens.

«C’est une bonne nouvelle et nous attendons désormais de voir comment le programme fonctionnera», commente Mme Lanthier.

Le retour du PCJ dans sa totalité s’accompagnera de fonds supplémentaire de 12 millions $ sur cinq ans, ce qui portera son budget à 5 millions $ par année.

Autre promesse contenue dans la plateforme libérale, le premier budget de M. Morneau ne comprend en revanche aucun fond pour mettre en place un service en ligne gratuit d’apprentissage et de maintien du français et de l’anglais comme langue seconde.

 

Plus d’argent pour le 150e

Le gouvernement a toutefois débloqué encore quelques fonds pour le 150e anniversaire de la Confédération canadienne, soient 150 millions $ sur deux ans, qui pourraient là-encore profiter aux communautés francophones en contexte minoritaire, selon la FCFA.

Versée aux agences de développement régional, cette somme, qui s’ajoute aux 210 millions $ déjà prévus par le gouvernement de Stephen Harper pour financer les festivités, doit servir à appuyer des projets de rénovation, d’agrandissement et d’amélioration de l’infrastructure communautaire et culturelle existante dans toutes les régions du pays. Ce financement sera toutefois conditionné à la participation financière des municipalités, des organismes communautaires et des organisations à but non lucratif.

«Nos communautés ont des besoins de rénovation pour leurs centres culturels, leurs bibliothèques… Ça peut être bénéfique!», pense Mme Lanthier.

Plutôt satisfaite, la présidente de la FCFA reconnaît qu’il faudra à son organisme poser des questions pour s’assurer que ce budget profitera bien aux communautés francophones en contexte minoritaire. Raison pour laquelle, elle souhaite impérativement être autour de la table.

«Il y a des mesures intéressantes dans ce budget et des investissements annoncés dans des domaines qui ont été identifiés comme prioritaires par nos communautés, notamment en petite enfance, pour les aînés ou pour élargir et améliorer les services à large bande dans les collectivités rurales et éloignées. Désormais, ce que nous voulons, c’est d’être à la table pour nous assurer que, lors de la mise en place des programmes relatifs à ces investissements, les besoins de nos communautés ne soient pas oubliés.»

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.