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Bilinguisme: le Nouveau-Brunswick un exemple pour l’Ontario

La province du Nouveau-Brunswick, seule province bilingue du Canada, pourrait être un bon exemple pour l'Ontario. François Pierre Dufault

OTTAWA – Le chemin vers la reconnaissance du bilinguisme officiel à Queen’s Park n’est pas encore tout tracé, mais l’exemple du Nouveau-Brunswick, seule province à avoir reconnu une égalité de statut au français et à l’anglais en 1969, est certainement dans la lorgnette de la communauté franco-ontarienne.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
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BENJAMIN VACHET
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«La Loi sur les services en français (LSF) que nous avons à l’heure actuelle n’est pas complète et pourrait être amendée par le gouvernement provincial. C’est très peu probable. Mais c’est toujours possible», affirme Denis Vaillancourt, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui rappelle qu’au Nouveau-Brunswick, «la loi est complète et la protection est enchâssée dans la Constitution canadienne.»

Le but pour l’Ontario français serait donc d’enchâsser une protection la plus complète possible dans la Constitution, précise M. Vaillancourt. Il pourrait s’agir d’un bilinguisme officiel comme au Nouveau-Brunswick ou d’une LSF bonifiée au maximum, et dont la protection s’étendrait à toute la province et non seulement à une vingtaine de régions désignées comme c’est le cas actuellement.

L’AFO doit se pencher en 2016 sur différents scénarios menant à une meilleure protection des droits linguistiques des francophones. Un projet de longue haleine, reconnaît M. Vaillancourt. Mais des «petits pas» de Bill Davis à aujourd’hui, l’Ontario français a toujours avancé d’une manière «graduelle», fait-il remarquer.

Les Acadiens du Nouveau-Brunswick, eux, ont fait avancer leur cause à pas de géant. Mais, comme en font foi les récentes remises en question de la dualité linguistique dans la seule province officiellement bilingue au Canada, ce n’est pas tout d’avoir des garanties gravées dans le marbre. Il faut toujours continuer à développer et entretenir les bons réflexes pour la francophonie, exhorte Denis Vaillancourt.

«Ce n’est pas parce qu’une province est officiellement bilingue qu’il n’y a plus de problèmes, mais le Nouveau-Brunswick demeure quand même un bon modèle à suivre», dit-il.

 

Pas un paradis linguistique

Ancien président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) et militant acadien de longue date, Jean-Marie Nadeau partage l’analyse de M. Vaillancourt.

«Cela reste toujours un combat d’être francophone hors du Québec! Même pour nous qui sommes dans une province officiellement bilingue, il faut constamment réexpliquer et justifier les droits de notre communauté. Ce n’est pas parce que la loi établit l’égalité du français et de l’anglais et des deux communautés de langues officielles que cela se traduit forcément sur le terrain. Le Nouveau-Brunswick est loin d’être un paradis linguistique et il y a des lois en Ontario, notamment en matière d’éducation, qui sont largement plus favorables.»

Devenu officiellement bilingue dès 1969, la même année que le gouvernement fédéral, le Nouveau-Brunswick a vu les droits des Acadiens enchâssés dans la Constitution à la suite d’une entente bilatérale entre Fredericton et Ottawa en 1993. Ce statut a joué un rôle important pour les Acadiens, selon l’actuelle présidente de la SANB, Jeanne d’Arc Gaudet.

«C’est un outil utile pour la communauté. Avoir une province officiellement bilingue permet de contester certaines décisions quand c’est nécessaire, comme récemment pour rappeler à Ambulance Nouveau-Brunswick ses obligations linguistiques. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’on obtient toujours tout ce qu’on veut!»

La situation est toutefois encourageante, selon la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Katherine d’Entremont.

«La Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick garantit à la population de recevoir les services gouvernementaux dans la langue de son choix, peu importe l’endroit. Elle est régulièrement revue et étendue et même si elle pourrait rendre les dirigeants davantage imputables en cas de non-respect, elle fonctionne plutôt bien.»

Pour l’exercice 2014-2015, le bureau de Mme D’Entremont a reçu 170 plaintes, donc 80 étaient recevables, 56 déplorant le manque de services en français, 24 signalant le manque de services en anglais.

«Il y a encore des institutions qui peinent à répondre aux exigences de la loi, faute de candidats formés bilingues ou parfois, parce qu’elles n’en font pas une priorité», reconnaît Mme D’Entremont.

Spécialiste en droits linguistiques, le professeur de l’Université de Moncton, Michel Doucet, dresse un constat moins optimiste.

«La culture des langues officielles n’a pas encore imprégné l’administration publique provinciale et la Loi sur les services en français en Ontario a parfois des aspects plus positifs que la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Dans certains ministères, il est impossible de se faire servir en français et je dirais qu’il y a plus de mauvais élèves que de bons. La loi et les droits des communautés sont bien énoncés, mais le problème demeure dans l’application!»

 

Situation fragile

Malgré l’avantage que constitue le statut particulier du Nouveau-Brunswick pour la communauté acadienne, sa situation demeure fragile.

«Il y a encore des commerces francophones qui ne s’affichent qu’en anglais, beaucoup de francophones qui ont perdu leur langue et leur culture, une érosion de notre communauté qui souffre du départ des jeunes… Sans la loi, nous aurions sans doute perdu notre masse critique. Mais si elle ralentit le processus d’assimilation, mais ne peut l’empêcher sans l’effort quotidien de chacun», prévient Mme Gaudet.

De 2006 à 2011, le taux de néo-brunswickois ayant le français pour langue maternelle est passé de 33% à 32,5%, selon Statistique Canada. Un pourcentage en baisse, certes, mais qui permet d’avoir un poids suffisant pour faire élire des députés et peser dans les discussions, loin devant les 4,4% de personnes ayant le français pour langue maternelle en Ontario.

La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick indique également que le taux de bilinguisme a doublé entre 1951 et 2011, et qu’il a gagné du terrain chez les anglophones.

Malgré une incompréhension persistante parfois, le bilinguisme semble être une valeur plébiscitée dans la province néo-brunswickoise. En 2010, un sondage réalisé par Continuum Research indiquait que 82% des Néo-Brunswickois appuyaient le concept d’une loi sur les langues officielles et du bilinguisme. Une évolution importante alors que le parti anti-bilinguisme, Confederation of Regions (COR), constituait l’opposition officielle provinciale en 1991, un an après l’échec de l’accord du lac Meech.

«Les politiciens restent toutefois encore très frileux à l’idée d’aborder la question linguistique. Nous voulons les convaincre de parler des atouts que constitue le bilinguisme», lance Mme Gaudet.

Selon M. Doucet, le Nouveau-Brunswick bilingue souffre d’un manque de leadership politique.

«Les premiers ministres se disent fiers de bilinguisme, mais aucun n’a fait preuve de leadership, ni n’a joué un rôle de chef de file pour parler des langues officielles avec les communautés majoritaire et minoritaire. Quand il y a des problèmes, ils préfèrent ne rien dire et s’éloigner des débats, plutôt que de rappeler aux hauts fonctionnaires l’importance de respecter la loi et faire de l’éducation auprès de la population.»

 

Fumisterie?

Peu importe les défis auxquels sont confrontés les Acadiens du Nouveau-Brunswick, la volonté de la communauté franco-ontarienne est vue avec enthousiasme par M. Nadeau.

«Le bilinguisme, c’est ce qui nous distingue des États-Unis, même si c’est une fumisterie tant le français est malmené au Canada. Mais si l’Ontario, la province la plus peuplée de notre pays, devenait officiellement bilingue, cela enverrait un message très positif pour les francophones en situation minoritaire et à l’ensemble des Canadiens.»

La bataille est toutefois loin d’être gagnée pour les Franco-Ontariens. En entrevue à #ONfr, la première ministre Kathleen Wynne a indiqué que le projet ne figurait pas à son agenda.

Le militant acadien profère quelques conseils aux Franco-Ontariens: «Il faut rappeler au gouvernement ontarien que le français est l’une des cinq plus importantes langues à travers le monde et qu’elle peut être une porte d’entrée pour le commerce vers l’Europe et l’Afrique».

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.