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Bientôt plus de français dans les bibliothèques de Toronto?

Une bibliothèque avec une capture d'écran du site où se déroule la consultation

TORONTO – Les Torontois sont invités à se faire entendre: veulent-ils plus de livres et d’activités en français dans les bibliothèques de la métropole? Pour la première fois en quinze ans, une consultation est menée pour repenser le plan de services en français.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«En 2004, les bibliothèques de Toronto n’avaient presque aucune activité en français. Nous avons fait énormément de chemin depuis, mais peut-être peut-on en faire encore plus. La consultation doit nous donner des pistes pour, espérons-le, accroître les services en français», fait savoir Céline Marcoux-Hamade, spécialiste des services en français pour les bibliothèques de Toronto.

«Dans la consultation, nous posons des questions sur les activités et les produits en français. On demande si les gens ont eu des défis pour les obtenir. Peut-être que les gens veulent des programmes en français plus près de chez eux ou encore des livres en français d’un certain genre dans leur bibliothèque de quartier. Nous voulons les entendre», insiste-t-elle.

L’augmentation de l’offre de livres en français peut aussi passer par la diversification des genres, selon Mme Marcoux-Hamade. Récemment, un éventail plus élargi de bandes dessinées ont fait leur entrée dans les bibliothèques de Toronto.

«La BD comme on la connaît est très ancrée dans la culture francophone. J’ai dû faire un travail d’éducation pour convaincre d’accorder des budgets plus importants à ce genre pour que nous ayons plus que des Tintin et des Astérix. L’année suivante, j’ai eu mon budget et aujourd’hui, nous avons une riche collection de BD en français», dit-elle fièrement.

Et cette offre élargie semble atteindre son public. Les Torontois ont davantage emprunté de livres en français en 2016. 373 410 ouvrages ont été ainsi empruntés l’an dernier, soit une augmentation de près de 6 % de la demande comparativement à l’année précédente.

Capture d'écran montrant une des questions posées dans le cadre de la consultation: "Quels autrs programmes, services ou collections en français, voulez-vous voir dans les bibliothèques?"
Une des questions posées dans le cadre de la consultation menée par les bibliothèques de Toronto.

Il y a en fait plus de 1 500 livres francophones dans une trentaine de bibliothèques de Toronto. Une vingtaine d’autres établissements ont entre 750 et 1500 documents en français.

Dans les faits, Toronto n’a cependant aucune obligation, en vertu de la Loi sur les services en français, à offrir des services dans la langue de Molière dans ses bibliothèques. «Mais il y a toujours eu un désir de notre institution d’offrir les meilleurs services en français possible, malgré tout. Et il faut le dire: plus les gens les utilisent, plus ça aide à les développer et à justifier leur existence», insiste Mme Marcoux-Hamade.

 

Plusieurs activités en français dans les bibliothèques

Depuis une quinzaine d’années, l’offre d’activités en français s’est aussi grandement diversifiée, rapporte Mme Marcoux-Hamade. Quelque 33 programmes pour enfants sont organisés dans tout autant de bibliothèques.  Six clubs de lecture pour adultes ont aussi été lancés, dont quatre qui comportent une liste d’attente, tellement ils sont populaires.

Services en français actuellement offerts

  • Clubs de lecture
  • Projections de films
  • Visites d’auteurs et rencontres littéraires
  • Atelier divers (recherche d’emplois, formation en technologie,…)
  • Activités pour enfants
  • Concours de lecture

Lorsqu’elles ont été lancées, les rencontres avec les auteurs n’attiraient qu’une poignée de personnes. Au cours des dernières années, celles avec Michel Tremblay et Dany Laferrière ont attiré une centaine de personnes.

Mais les consultations doivent permettre de préciser les besoins des citoyens et les travaux futurs des bibliothèques de Toronto.


«On pourrait avoir plus de programmes, d’autres activités ou encore des collections plus grosses. Je ne veux pas juste des commentaires qui disent que tout est bien, mais j’espère avoir des propositions et qu’on nous exprime aussi ce qui cloche» – Céline Marcoux-Hamade, responsable des services en français


Même s’il y a des dizaines de milliers de francophones et de francophiles à Toronto, plusieurs n’utilisent pas les services en français de la bibliothèque. La consultation est donc une occasion pour eux d’exprimer leurs besoins pour qu’on y réponde, complète Mme Marcoux-Hamade.

 

Une page se tourne

Céline Marcoux-Hamade prendra sa retraite le 1er février prochain. Elle voit cette consultation comme l’un de ses legs après plus de quinze ans à servir les Franco-Torontois.

Céline Marcoux-Hamade, responsable des services en français, aux bibliothèques de Toronto Crédit image: courtoisie #ONfr

«J’ai investi beaucoup de temps et de passion dans mon poste, mais c’est le temps de tourner la page. J’ai fait le maximum. J’ai donné vie à tous les projets que j’espérais. Une nouvelle personne pourra avoir d’autres idées et amener les services en français ailleurs et les améliorer encore davantage», confie-t-elle, sereine.

Elle s’est fait un honneur de promouvoir la littérature franco-ontarienne tout au long de son séjour dans les bibliothèques de Toronto. «Ce n’est pas évident de vivre de sa plume comme auteur, encore moins pour les auteurs franco-ontariens. Ils ont besoin de nous, on a besoin d’eux», lance-t-elle.

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POUR CONSULTER ET RÉPONDRE À LA CONSULTATION:

Consultation sur les services en français dans les bibliothèques de Toronto

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.