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Avertissement pour Kathleen Wynne

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne. Crédit photo: Archives, #ONfr

[ANALYSE]

TORONTO – L’été se termine mal pour Kathleen Wynne. L’élection partielle de jeudi soir dans Scarborough-Rouge River aurait dû être une formalité pour la première ministre de l’Ontario: une circonscription acquise par les libéraux depuis sa création en 1999, la mainmise du parti sur les comtés de Toronto.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Avec dix points de retard sur le vainqueur progressiste-conservateur, Raymond Cho (38,58% contre 28,91%), et à peine quelques voix devant le néo-démocrate Neethan Shan, le candidat libéral Piragal Thiru a failli. La défaite est même cuisante pour les troupes de Kathleen Wynne.

Les élections partielles sont bien souvent des indicateurs de la popularité d’un parti. Même si les enjeux locaux ne sont pas relégués au second plan, elles permettent bien souvent d’envoyer un message clair au gouvernement. Et le message des électeurs de Scarborough-Rouge River, l’une des populations les plus cosmopolites de l’Ontario, est clair: la politique du gouvernement ne convainc pas.

Les enquêtes d’opinion, notamment du site ThreeHundredEight corroborent ce constat. Alors que les progressistes-conservateurs ont maintenant les faveurs des Ontariens, le Parti libéral ne parvient plus à séduire. A moins de deux ans de l’élection provinciale, c’est évidemment problématique.

Kathleen Wynne a-t-elle pour autant commis des faux pas? Pas tellement tant la députée de Don Valley-Ouest est rompue au jeu politique. Mais les profits tant attendus de la vente controversée d’Hydro One au secteur privé tardent à venir. L’abandon au cours de l’été du projet de régime provincial d’épargne-retraite, l’un de ses projets phare de campagne en 2014, symbolise aussi un certain renoncement idéologique du Parti libéral. Pis encore, les 70 millions dépensés pour cela rappellent l’affaire des centrales au gaz de Dalton McGuinty.

Et le remaniement ministériel effectué par Mme Wynne au mois de juin n’y change rien: l’usure de 13 ans de pouvoir des libéraux indispose certains électeurs.

Dans le même temps, Kathleen Wynne est confrontée à Patrick Brown, le jeune et coriace leader progressiste-conservateur. Le chef de l’opposition à Queen’s Park a clairement plus d’envergure que son prédécesseur Tim Hudak.

Paradoxalement, M. Brown a montré ses limites lors des deux dernières semaines de la campagne de Scarborough-Rouge River. Soucieux de séduire l’électorat multiconfessionnel, il s’est d’abord engagé à supprimer le programme d’éducation sexuelle des libéraux s’il devient premier ministre, avant de se rétracter. Une volte-face pour le moins malhabile qui oblige à s’interroger sur l’identité politique même de M. Brown.

Proche des communautés ethniques, M. Brown a beaucoup promis depuis son accession à la tête du PC Ontario en mai 2015 (allant même jusqu’à promettre l’université franco-ontarienne).

S’il veut atteindre son but ultime en 2018, le député de Simcoe-Nord devra probablement mieux définir son programme. D’autant que les électeurs ontariens, échaudés par les scandales financiers, sont plus que jamais avides de confiance et d’authenticité de la part de leurs leaders politiques.

 

Ottawa-Vanier

La défaite des libéraux dans Scarborough-Rouge River place maintenant les projecteurs sur les deux prochaines élections partielles. Celle d’Ottawa-Vanier, l’ancien fief de Madeleine Meilleur, sera très surveillée. Et avec le fiasco électoral de jeudi, on se dit maintenant que tout est presque possible.

Mme Wynne n’a pas encore donné de date pour ce scrutin. Le «forfait» de Mathieu Fleury, candidat adoubé, et l’intérêt marqué de plusieurs pour succéder au député fédéral de l’endroit, Mauril Bélanger décédé en fonction, sont bien sûr des éléments défavorables pour le Parti libéral de l’Ontario.

Reste la possibilité d’une candidature «prestigieuse» ficelée dans les coulisses qui permettrait à la première ministre de surprendre ses adversaires. À l’inverse, une déroute dans Ottawa-Vanier sonnerait peut-être le glas d’un gouvernement contesté.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien LeDroit du 3 septembre.

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.