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Immigration: la vérificatrice juge sévèrement le gouvernement

TORONTO – L’Ontario est la province qui accueille le plus d’immigrants au pays. Le phénomène est loin d’être nouveau, mais le gouvernement de Kathleen Wynne peine souvent à donner aux nouveaux arrivants les outils les plus élémentaires pour leur permettre d’intégrer pleinement la société ontarienne, constate la vérificatrice générale de l’Ontario, dans son cinquième rapport, publié mercredi 6 décembre.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE 
jmorissette@tfo.org@JFMorissette72

Bonnie Lysyk, a mis au jour plusieurs situations où l’argent gouvernemental est dépensé sans égards à l’efficacité des projets financés. «Nous avons aussi constaté que les fonds ne sont pas toujours affectés aux services dont les nouveaux arrivants ont le plus besoin», affirme le rapport de la vérificatrice, dont une grande section portant sur l’immigration.

Par exemple, au cours des deux dernières années, le gouvernement a renouvelé les contrats d’organismes qui accompagnent les immigrants, sans même vérifier s’ils méritaient un renouvellement de leur financement. Pire, la vérificatrice a constaté que de nouveaux organismes offrants de meilleurs services se sont vu refuser une subvention contrairement à des organisations qui ne faisaient clairement pas le travail.

Le rapport de la vérificatrice générale de l'Ontario
Le dernier rapport de la vérificatrice générale de l’Ontario. Le Parlement ontarien. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

Le manque de vérifications gouvernementales provoque des situations inattendues. Bonnie Lysyk cite à ce sujet les dérives d’un programme de formation pour immigrants voulant intégrer le marché du travail. Son coût peut «atteindre 106 100 $ pour le programme d’un certain fournisseur de services, et s’établir à seulement 3 600 $ pour le programme d’un autre», souligne son rapport.

 

Cours de langue en baisse

Avec l’arrivée massive de 20 000 réfugiés syriens en Ontario au cours des deux dernières années, le gouvernement avait promis de leur offrir des cours de langue en français et en anglais, selon leur préférence, qui leur permettrait de bien s’intégrer. Il s’avère que la vérificatrice générale constate que bon nombre d’immigrants ne savent tout simplement pas qu’ils ont accès à de tels cours gratuitement, encore moins où les suivre.

Peut-être un peu en raison de cette constatation, une diminution des inscriptions à de tels cours est rapportée. De 17 200 en 2011-2012, le nombre d’inscriptions est passé à tout juste un peu plus de 14 900 en 2015-2016.

Mais ce n’est pas tout. La vérificatrice a découvert que des cours de langue financés par des fonds publics au sein de conseils scolaires ratent complètement la cible. Dans un conseil scolaire, les immigrants ont amélioré significativement leur connaissance d’une des deux langues officielles après 100 heures de cours. Dans un autre, les immigrants n’ont fait aucun progrès. La vérificatrice s’étonne qu’une telle situation puisse perdurer sans que le gouvernement exige aux organismes concernés de rendre des comptes.

 


«Les cibles du ministère en matière d’apprentissage linguistique ne permettent pas de savoir si les objectifs de la formation linguistique des nouveaux arrivants sont atteints» – Rapport annuel de la vérificatrice générale de l’Ontario


De manière générale, elle constate que moins de la moitié des apprenants réalisent des progrès dans l’apprentissage du français ou de l’anglais. Elle rapporte que seulement «41 % des apprenants étudiant le français ont indiqué que leurs compétences linguistiques s’étaient suffisamment améliorées pour leur permettre de poursuivre leurs études ou leur formation».

 

Dédoublement de services ou… absence de services

Plutôt que de se compléter, les services de la province pour permettre aux immigrants de bien s’intégrer sont dans certains cas identiques à ceux du gouvernement fédéral. Seulement au cours de la dernière année, des services d’une valeur d’environ 30 millions de dollars financés par le gouvernement ontarien à l’intention des nouveaux arrivants ont été fournis à des personnes qui étaient aussi admissibles à des services financés par le gouvernement fédéral.

À l’opposé, la vérificatrice générale constate que les communications sont déficientes au sein même du gouvernement ontarien. La coordination des activités en matière d’immigration ne s’effectue pas entre les différents ministères de la province, qu’il s’agisse du ministère de la Santé ou de l’Éducation, par exemple, même s’ils ont tous à travailler avec une clientèle immigrante. Le gouvernement ne sait tout simplement pas le nombre de nouveaux immigrants que ces autres ministères servent.

La vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk. Crédit image: Jean-François Morissette

En fait, Bonnie Lysyk rapporte que «ni le ministère ni aucun autre ministère n’a quantifié les coûts globaux associés à la prestation de services pour aider les nouveaux arrivants à s’établir et à s’intégrer en Ontario».

Notons en terminant que le gouvernement n’a pas d’indicateur «pour mesurer le nombre de nouveaux arrivants recevant des prestations d’aide sociale», ce qui empêche également de les aider efficacement, rapporte la vérificatrice générale.

 

Le gouvernement partage sa vision

Alors que le gouvernement ontarien espère augmenter l’immigration francophone et atteindre une cible de 5%, les révélations de la vérificatrice générale semblent indiquer qu’il sera difficile de favoriser la bonne intégration des nouveaux arrivants francophones. La ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, affirme que tout est fait au contraire pour s’assurer que les choses s’améliorent.

«Je crois que notre cible de 5% est très importante, même si on peut toujours s’améliorer. On travaille en partenariat avec nos partenaires communautaires et le fédéral pour améliorer le plan d’action avant que les immigrants arrivent et une fois qu’ils sont ici, de mieux les intégrer», a-t-elle indiqué lors d’un point de presse.

Le bureau de la ministre a par la suite fait savoir que la vérificatrice avait soulevé un certains nombres de défis en ce qui concerne les programmes d’installation et d’intégration. Le gouvernement se dit conscient de ces défis et affirme avoir entrepris un travail proactif pour améliorer les choses. Le bureau de la ministre des Affaires francophones cite en exemple la signature récente de l’accord d’immigration Canada-Ontario qui permet d’améliorer le partage d’informations entre le fédéral et le provincial ce qui contribue à une meilleure coordination des services, une réduction des duplicatas, et une identification des manques de services.

Dans un communiqué, le ministre des Affaires civiques et de l’immigration, Laura Albanese, a remercié la vérificatrice générale pour son rapport. Elle a indiqué que l’immigration est d’une importance capitale pour l’avenir de la province et que les idées avancées dans le rapport sont pertinentes. Des mesures correctives auraient déjà été apportées, selon la ministre.

 

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.