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À quand un ministère des Affaires francophones à part entière?

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TORONTO – Le remaniement ministériel mené par la première ministre, Kathleen Wynne, le jeudi 12 janvier, a donné lieu à la création d’un nouveau ministère autonome entièrement consacré aux personnes âgées. Une décision qui remet à l’ordre du jour la question de la création d’un ministère à part entière pour les francophones de l’Ontario.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE 
jmorissette@tfo.org@JFMorissette72

«Un grand de ce monde, Bernard Grandmaître, avait demandé qu’un jour le portfolio des Affaires francophones devienne un ministère à part entière. Est-ce que je vais en parler? Ça fait des années qu’on en parle», a soutenu Marie-France Lalonde, nouvelle ministre de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels, qui assume aussi les responsabilités liées au poste de ministre déléguée aux Affaires francophones. «Je ne veux pas parler pour la première ministre et le gouvernement», a-t-elle aussi indiqué, refusant de se mouiller sur la possibilité réelle de voir un ministère des Affaires francophones voir le jour.

«Je suis fière de voir que cette démographie est reconnue», a affirmé Marie-France Lalonde lorsqu’invitée à réagir à la création du nouveau ministère pour les personnes âgées. Est-ce dire que les francophones qui n’ont pas de ministère à part entière n’ont pas la même reconnaissance du gouvernement?

«Pas du tout. Je suis fière de voir qu’on reconnaît le fait que nous avons une population vieillissante et une population vieillissante francophone. Mais ça ne diminue aucunement le fait français ou l’accès aux services en français», a-t-elle répliqué.

Lalonde

Marie-France Lalonde a réitéré son dévouement à la cause francophone et a assuré qu’elle travaillait de manière acharnée à faire avancer les dossiers de la francophonie ontarienne.

«Ce qu’il faut reconnaître, c’est que le gouvernement a fait de belles avancées. On célèbre les 30 ans de la Loi sur les services en français, on vient de joindre l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) à titre d’observateur, il y a le dossier de l’université franco-ontarienne, l’immigration. On a des gros dossiers et on travaille fort avec chacun des ministères pour les faire avancer», a indiqué Mme Lalonde.

À titre de ministre déléguée, elle dirige l’Office des affaires francophones. Bien plus petit qu’un ministère à part entière, l’Office compte une vingtaine d’employés et a un budget de cinq millions de dollars. L’ancien secrétariat aux Affaires des personnes âgées avait, quant à lui, un budget d’environ 4 millions de dollars.

En comparaison, le plus petit ministère ontarien, le Ministère des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation, a une enveloppe budgétaire de 70 millions et 132 employés. Cela lui permet de mener de front davantage d’initiatives et une plus grande visibilité.

 

Un ministère des Affaires francophones: «une réflexion à avoir en 2017»

Plusieurs intervenants de la communauté franco-ontarienne appellent le gouvernement Wynne à étudier la possibilité de transformer son Office des affaires francophones en Ministère. Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie (AFO), est du nombre.

«Ce serait une belle chose si ça pouvait arriver. On encourage le gouvernement a avoir une réflexion dans le cadre de la refonte de la Loi sur les services en français. Une transformation de l’Office en ministère viendrait avec plus de ressources et plus de personnels. Un ministère gagne toujours du galon par rapport à un Office», a-t-il dit.

Pour lui, ce serait une orientation qui irait dans le sens de l’adhésion à l’Organisation internationale de la francophonie. «Ça donnerait une plus grande importance à la question francophone. Ça serait dans la continuité de l’OIF et ça permettrait d’augmenter notre visibilité comme francophone. Et il y a bien du travail à faire en francophonie, on aurait besoin de plus de gens au gouvernement», croit M. Jolin.

Un ministère ça change tout, selon Élizabeth Allard, présidente de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO).

«Ça démontre l’importance d’une population. C’est pas juste une arrière-pensée. Avec ce nouveau statut, on pourra sûrement pousser plus nos dossiers», a-t-elle réagi à chaud suite à l’annonce.

Élizabeth Allard Farfo

Elle ne cache pas que d’avoir à dialoguer avec un ministère des Affaires francophones à part entière pourrait aussi profiter à son organisation et aux aînés francophones. «Mais pour l’instant, célébrons ce que l’on vient d’obtenir. On a aussi deux bonnes ministres, on est bien placé. C’est à nous de pas lâcher prise», a-t-elle ajouté.

Pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui forme la deuxième opposition à Queen’s Park, l’idée d’un ministère des Affaires francophones est à étudier plus sérieusement en 2017. La critique néo-démocrate en matière de francophonie, France Gélinas, en a d’ailleurs remis en journée au sujet de l’engagement du gouvernement envers les francophones.

 

 

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.