Thee Requiems - Death Perceptions

Capitale canadienne de l'enregistrement maison et du punk rock artisanal, Moncton n'en finit plus d'offrir de petits bijoux du genre. Pour ceux qui sont passés tout droit avec Thee Requiems lors de la sortie de Awkward Gold l'an dernier, Death Perception offre une superbe chance de se rattraper.

Photo de couverture : Pochette de Death Perception. 

Équilibre précaire

Bonyenne qu'ils sont prolifiques, ces Thee Requiems! Le trio originaire de Moncton lance cette année Death Perception, une troisième parution en autant d'années. Nul besoin de s'étonner de la productivité du groupe, car ici, c'est plutôt l'évolution flagrante de la bande menée par Josiah Barnett qui ressort du lot.

En fait, Death Perception, c'est le vrai deal. Ça s'entend dès les premières notes de l'immense riff de guitare qui sert d'introduction à Defenders & Tormentors. Comme le dit le proverbe, une hirondelle ne fait pas le printemps, pis un riff de guit' ne fait pas une toune. Ici, Barnett étale plutôt ses états d'âme sans filtre, engourdis tant par l'incapacité de faire partie de la gang, que d'être capable d'inspirer normalement.

Cet équilibre demeure précaire, mais sans lui, Thee Requiems n'arriverait pas à garder la tête froide parmi l'adversité évoquée par Barnett. À ce niveau, l'efficacité des hameçons de Forget Fortress s'adjoint aisément à la précision du propos de Thee Requiems; Saw you downtown, got nervous, turned around. Bien que les titres de Death Perception soient livrés à la première personne, ceux-ci possèdent un caractère universel.

L'anxiété sociale sert de fil conducteur à Death Perception. Cela donne à Thee Requiems un espace où explorer le sujet de fond en comble. Sur Ricochet, Barnett n'hésite pas à exprimer son profond malaise dans une foule.

Équilibre primaire

La force de frappe de Thee Requiems ne se limite pas qu'à l'écrit, tant sa livraison d'inspiration punk arrive à démontrer une superbe maîtrise des codes du genre. Ici, le trio arrive toutefois à s'approprier cette démarche, tout en sortant de ses plates-bandes.

Il s'agit d'un bel exploit, car Thee Requiems arrive à affirmer son identité, pis ça, c'est une ben belle chose, pour le groupe et pour nous. L'étonnant groove de la pièce-titre s'allie aux élans country de Hell Don't Have Me Yet. Le trio demeure à son meilleur lorsqu'il affirme pleinement son identité rock, entre ses inspirations power pop et son approche punk.

La grande réussite de Death Perception occupe sa première demi; le groupe y offre ses meilleures mélodies sans avoir à dénaturer la nature trouble de ses textes. À ce niveau, on retient la maîtrise démontrée sur la pièce d'ouverture et Forget Fortress, en évoquant autant la tradition rock indé régionale que les courants américains du midwest. On note même au passage une étonnante dose de plaisir primaire qui s'appuie avec naturel au reste du disque.

Équilibre rescapé

Au final, la plus grande réussite du groupe n'est pas tant qu'être arrivé avec une suite à Awkward Gold en moins d'un an, qu'avoir réussi à pousser sa démarche un peu plus loin tout en se livrant avec la même franchise. Les amateurs du genre gagneraient à tendre l'oreille.

Date de sortie : 29 février 2016.