The Nymphets - We Are So Fucking Good

Le premier album complet du pétillant duo power-pop/twee-punk toronto-montréalais formé de la batteuse et chanteuse Johanna Heldebro et du guitariste et chanteur Jared Leon paraît douze ans après la formation du groupe, et dix ans après son seul mini-album homonyme.

Photo de couverture : Pochette de We Are So Fucking Good.

Tellement très bon, vient à point

Formé à Montréal en 2004, comptant alors le frère de Jared, Benjamin, à la basse, le trio s'est vite démarqué avec ses courts shows autant turbulents que candides, à la chutzpah moqueuse mais mignonne et courtoise. Dérivées de l'énergie mélodique des Ramones, des Buzzcocks et des Undertones, leurs pièces étaient catchy af, pis tant qu'à faire, rapides, et encore plus rapides même.

Une partie du beau était de les voir transpercer lesdites sans perdre le rythme, soutenus par la batteuse Joanna Heldebro qui semblait ne rien savoir faire d'autre que de s’accrocher à un 160bpm avec une technique bancale mais au résultat probant, pif pouf dans la pantouffe pis c'était fini.

Le groupe a fait paraître un capable premier mini-album homonyme en 2006, trois 7" éparpillés (sous Psychic Handshake et Signed By Force, notamment), a pris part autant à SxSW qu'à Sled Island, partagé la scène avec entre autre Jay Reatard et Metal Urbain, et a vécu successivement à Brooklyn, Stockholm, Halifax puis Toronto.

Benjamin a quitté le band à un moment donné; de leur bord, Jared et Joanna ont diversifié leurs collaborations, notamment via le magazine Laura - bannière sous laquelle ils lancent cet album.

Aussi vieux qu’on peut être

Le duo pop-punk The Nymphets avec un air sérieux au ras des vagues.

Fait que 12 ans passés, 5 villes vécues, 1 membre de moins et 4 parutions éparses plus tard, The Nymphets rappliquent avec "We Are So Fucking Good.", un album enregistré à The Bottle Garden (le studio de Freelove Fenner) et réalisé par Richard White, qui est le nouveau bassiste/claviériste honoraire du groupe, pour 10 pièces qui barbotent dans les tropes pop-punk empreintes d'un empirisme d'efficacité primaire, un bagage de rassurantes limitations conduit par l'éclat. La formule est éprouvée, reste à la faire briller, encore et encore.

Le duo est encore capable de morceaux rapides, trépidants, mise désormais  davantage sur des hymnes au tempo médian et à la mélancolie mineure - hors de la poussée néoténique des débuts et vers le bénéfice de l'expression du temps : « If I was as old as I could be ».

Les référents temporels sont nombreux, d'ailleurs, le temps comme joug autant que solution. Mais ça dérange pas que l'album sorte 12 ans après la formation du groupe, parce que ça s'inscrit dans une continuité : les différences d'avec leurs parutions précédentes sont nuancées, et c'aurait probablement été dans des avenues semblables si c'était paru plus tôt, parce que le punk rock.

Ils prennent le temps d'exposer leurs mélodies (I've Been Here Before, I Never Could, We Can Never Go Home), courent moins souvent après qu'auparavant (mais toujours un peu, sur Jag vill äga dir [chantée en suédois par Heldebro], The Other Way, le brûlot punk de 390d). Aux us s'ajoutent quelques moments légèrement exploratoires, volontairement dissonants, comme la noise pop rêveuse de Bedroom et la finale de I Never Could.

Déjà venu ici, tellement très bon

La pétulance des débuts s'est estompée, l'attente de 12 ans fait que le duo trouve sa providence dans un tempo enjoué sans être garroché, avec When You Close Your Eyes (Is It Me?), Deca Pussy, et l'accrocheuse reprise de Darling, Are You Sure?, chanson peu connue du groupe pop-punk allemand The Bartlebees. Le temps comme leitmotiv, et comme joug autant que solution : tout vient à point, qui sait attendre, plus riche d’expériences, tant fucking good.

Date de sortie : 8 janvier 2016.