The BackYard Devils - Honky Tonk Heartbreaker

En 2011, The BackYard Devils débarquait avec dynamisme et audace sur la scène musicale néo-brunswickoise. Le premier album du quatuor alliait les traditions bluegrass sudistes et des refrains rockabilly à une intention punk. Cette recette se transposait aisément sur scène grâce à la technique impeccable de la formation originaire de Moncton. Surtout, le disque rassemblait les groupes linguistiques, régionaux et démographiques de la province. Cela est un exploit de taille accompli par les quatre francophones. Avec l'arrivée d'une deuxième offrande, Honky Tonk Heartbreaker, il ne s'agissait pas de savoir si The BackYard Devils était en mesure de répéter l'exploit accompli il y a près de 4 ans, mais plutôt si le groupe était en mesure de pousser la machine au-delà des plates-bandes de son album éponyme précédent.

 

Le groupe passe le test du deuxième disque sans problème. À défaut d'emprunter de nouveaux chemins d'arrière-pays, The BackYard Devils trouve aisément le juste milieu entre la spontanéité et les calculs mélodiques. La formule n'a pas évolué, mais la formation fonctionne à plein régime, malgré son approche bucolique; guitares acoustiques et électriques, contrebasse, mandoline, banjo, et chœurs à quatre.

  L'influence des années de spectacles se fait sentir sur Honky Tonk Heartbreaker. Cet élément fut d'ailleurs capturé avec naturel à l'enregistrement, comme en témoigne Morning Peeler, excellente construction instrumentale à la livraison impeccable. Au niveau esthétique, les textes d'Erik Arsenault ne dérogent pas à la ligne directrice outlaw du groupe, mais se retrouvent projetés adroitement avec sa voix rauque. Le produit final est complété par la rythmique imposante du contrebassiste Rémi Arsenault et la vélocité du guitariste Christien Belliveau et du multi-instrumentise Dillon Robicheau.

 

La vitesse d'exécution demeure la marque de commerce principale de The BackYard Devils. Près de la moitié des treize titres défilent à la manière d'un véhicule tout-terrain dans la bouette des fonds de rangs des Maritimes. Si ces chansons mettent de l'avant les meilleurs instants de Honky Tonk Heartbreaker, la véritable surprise vient plutôt des instants de reculs rythmiques et stylistiques. Avec Cowboy, The BackYard Devils ne se dénature pas, mais pique un détour fort efficace en terrain western spaghetti. Le groupe n'hésite pas à afficher ses influences rockabilly sur Pack Your Bags, sans tomber dans la caricature ou les excès. La formation s'approprie même sa reprise de How Mountains Girls Can Love des Stanley Brothers et de Truckdriver du ténébreux Scott H. Biram.

 

D'ailleurs, la plus grande qualité de The BackYard Devils est de doser chacun des éléments pour livrer un produit qui plaît autant aux puristes du genre qu'aux néophytes. La recette est par moments prévisible, mais elle fonctionne, car le disque fut conçu avant tout pour la scène. Si Honky Tonk Heartbreaker s'apprécie à petite dose, cela n'enlève rien au groupe, un des rares à pouvoir se vanter de s'être créé un son aussi précis et solide dans un créneau où la surenchère frôle continuellement le pastiche. Au final, ce deuxième disque solidifie la place des BackYard Devils dans le paysage musical des Maritimes.