Nüshu : Topless Communiste

Excellent allié pour une petite séance de défoulement, Nüshu sort une première cassette nonchalamment titrée Topless Communiste sur Talking Skull Records. Pas réellement plus longue que leur EP sorti en 2014 et finalement assez homologue, elle fait quand même du bien dans l'offre générale.

Photo de couverture : couverture de Topless Communiste.

Formé de Jerry Lee Boucher (Politess), Nathalie Gélinas (Tonnes, ex-BP Black Piranha), Jessica Pion (Politess, Tu/Lips), et Charles Roy (ex-Slaughter Slashing) Nüshu est un power trio sur lequel surfent du noise et deux voix hurlantes féminines. Musicalement, ça donne des chansons explosives et rapides sur les virages, des structures prog rock livrées en deux minutes avec une énergie punk.

Sonne-décrisse

Puis il y a ces éléments un peu étrangers et aléatoires, comme les claps dansants et les back vocals pop dans Plaisirs récurrents, le caractère très ouvert des riffs de guitare, la couleur des voix et les contretemps sur les cymbales, qui donnent au disque un côté amusant.

Parce que Nüshu n'est pas un vrai band de fâchés. À l'image du titre de l'album et des autres projets des musiciens (quelques titres de Politess en guise d'exemple : Faire des noeuds avec des jets d'eau, Malaises douteux, Everything I Touch Turns Lesbo), Nüshu ressemble plutôt à une séance de défoulement dans les glissades d'eau ou à un groupe de gamins qui s'amuse à faire des « sonne-décrisse » dans leur quartier. De la colère à la base ça oui, probablement, mais tournée en dérision, l'air de dire « Tu te prends aussi au sérieux que ça? », dans une arrogance complètement jouissive.

La cassette regorge de bons riffs un peu déphasés, toujours accrocheurs malgré leur côté imprévisible. La batterie n'est pas en reste : agressive et beurrée quand il le faut, saccadée et rapide à d'autres moments, mais surtout en vraie conversation avec les autres instruments. Les différentes sections sont clairement hachurées, ce qui amplifie l'impression d'être sur une piste de course mais donne une charpente assez carrée qui fait que la pâte prend un peu moins que sur le EP.

Fougue encadrée

La formule a aussi les défauts de ses qualités : beaucoup d'information se tapit dans chaque chanson, et les changements constants donnent une structure rigide aux voix, qui ont quelque chose de moins libérateur que sur le matériel du EP. Quelques paroles sont maladroites et certains passages détonnent avec l'agressivité de la musique (« J'ai pris mon virage un peu fort / C'est du sport ! » – Population Populaire où t'étais parti dans lune), mais la livraison vocale pardonne. Nathalie Gélinas et Jessica Pion sont enragées, fougueuses, arrogantes. Elles ont un grain de voix et une énergie absolument addictifs.

Jessica Pion, Nathalie Gélinas, Charles Roy et Jerry Lee Boucher de Nüshu, le visage aspergé de peinture.

Jessica Pion, Nathalie Gélinas, Charles Roy et Jerry Lee Boucher de Nüshu

Il ne sert à rien de chercher trop de sens dans les paroles, anecdotiques et clairement puisées dans des expériences personnelles. On s'imagine des blagues montées en épingle et des histoires de rupture, lancées avec un doigt d'honneur amusé.

En bref, Nüshu nous propose un album qui passe comme une fusée (un peu plus de 25 minutes), qu'on a tendance à relancer dès la dernière note jouée, mais qui aurait gagné à sortir un peu plus des sentiers battus. C'est, par contre, définitivement un groupe à aller voir en spectacle, croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer.

Lancement :

22 avril au Cabaret de la dernière chance (Rouyn-Noranda) avec Solids, MILANKU, BARRICADE et Lost Love

23 avril au Barbe Broue Pub à Ville-Marie (Abitibi-Témiscamingue), avec Sandblast, Half Measures et Carcajou

Date de sortie : 15 avril 2016.