Up Here : rendu là

Pour sa deuxième année, le festival sudburois qui croise musique, murales et installations se rebaptise Up Here (fka Up Fest) et rayonne de son cratère pour s’affirmer dans « la grande famille des festivals kick-ass en région ». Entrevue avec son directeur exécutif Christian Pelletier.

Photo de couverture : Murale d'Alexandra Berens Firth réalisée pour l'Up Fest 2015 - Photo par Andrew Knapp.

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On peut lire le début du mot "ici" en rouge sur un mur blanc.

Ébauche de la murale d'Alexandra Berens Firth réalisée pour l'Up Fest 2015 - Photo : Braeden Martel.

Apparu l’an dernier dans le cratère de Sudbury, l’Up Fest a d’abord été rêvé plusieurs années, germant du collectif We Live Up Here par un projet de livre de photographies de personnalités sudburoises, dont le lancement extravagant a créé une étincelle.

Puis l’aspect festival a été fouillé à travers l’influence de voyages chez d’autres festivals, pour devenir un ambitieux événement qui croise musique et art public : « [On s’est inspiré de] Burning Man au Nevada avec son côté spectaculaire et éphémère, le festival Mural à Montréal pour la composante d’art public et la qualité de ses artistes, Nuit Blanche pour la façon dont [s’]anime la ville [dans] la noirceur et, surtout, le Festival de musique émergente à Rouyn-Noranda pour leur programmation musicale et leur scénographie urbaine ».

Pétillant d’ores et déjà, le happening nord-ontarien rapplique avec plus de paillettes pis de peinture, pis un nouveau nom. Ça vient, d’une part, du fait qu’un festival d’art public de Bristol s’appelle Upfest et que pour commencer à jouer dans la cour des grands, ça leur prenait une identité propre. Pis itou parce que le « festival est né d’un collectif d’art communautaire qui s’appelle We Live Up Here : c’était juste logique que le festival devienne tout simplement Up Here. […] Up Here, c'est plus pertinent pour nous. Up Here c’est plus qu'un festival. C’est un incubateur communautaire. Up Here, c'est où on joue, où on vit, et où on se réunit pour faire un maudit gros party. »

Élaborant sur le succès de l’an dernier, Up Here revient avec plus de 5 à 7 gratuits, plus de murales, plus de spectacles de fin de soirées, plus de spectacles-surprises. Une programmation plurielle, solidement alliée de franco et d’anglo, qui se bâtit sur « beaucoup de Post-It et de bières […] tout en essayant de garder un équilibre délicat entre hommes et femmes, francophones, autochtones, artistes émergents et un peu plus connus. Up Here demeure un festival de découverte musicale donc on s’amuse à présenter des artistes que les gens ne connaissent pas nécessairement, mais qui vont les jeter à terre. »

Post-Post-It : rendu là

Le public devant une scène au festival up here.

Street party lors de l'Up Fest 2015 - Crédit : Danielle Provencher.

Cette année, on y retrouve autant la carrure de Stars, Holy Fuck et Young Galaxy que les jaillissements de Paupière, Marie-Claire et Casper Skulls, en comptant itou sur U.S. Girls, Duchess Says, Dilly Dally, Foxtrott, Sunny Duval, Phèdre, Soupcans, New Fries, Hooded Fang, Freak Heat Waves, Partner, Automelodi et Fonkynson.

« Un de nos gros coups de cœur cette année est le groupe The Visit d’Ottawa. C’est un duo voix et violoncelle qui n’arrête pas de recevoir des éloges sur toutes sortes de blogues metal. Leur musique vient d’ailleurs. On dirait des hymnes d’une ancienne religion oubliée. »

De son bord, le volet murales devient un takeover du centre-ville, et les Sudburois y réagissent très bien : « J’pense que les gens avaient faim pour un festival comme le nôtre. […] Ça va sonner un peu cliché, mais c’est tellement vrai : un festival comme celui-ci ne serait juste pas possible sans l’appui de la communauté. […] Up Here se veut un genre de défibrillateur communautaire. Pendant 3 jours au mois d’août, on envoie un blast d’électricité dans les veines de la ville. J’pense que dans l’fond tout le monde est curieux de nature et dans le bon contexte, n’importe qui peut tripper sur de la musique qu’il ne connaît pas. Up Here essaie de créer ce contexte. Notre job est de créer le mariage parfait entre public, artiste et lieu. That’s it. »

Le public réunis autour d'Organ Mood.

Concert-surprise d'Organ Mood lors de l'Up Fest 2015 - Photo par Evan Bergstra.

L’un des moments d’éclat de l’édition 2016 sera sûrement la présence du duo de muralistes français Ella & Pitr, qui détient le record mondial de la plus grande murale pour une pièce complétée en Norvège l’an dernier : « Ils font des murales aériennes sur des immenses toits qui sont visibles de l’espace et de Google Maps. […] Ça va vraiment mettre Sudbury sur la map du street art international ».

Côté installations, on s’enthousiasme d’un nouveau dôme géodésique : « On vient de se le procurer d’un collectif de Toronto qui l’avait construit pour une installation à Nuit Blanche en 2014. Il habitera l’entrée principale du site sur la rue Durham. C’est magique comme structure. »

Aucunes deux solitudes

Selon Christian, Sudbury, « c’est le wet dream de Trudeau père ». Pas de phénomène des deux solitudes, plutôt des « francophones et anglophones [qui] s’entrelacent, cohabitent et coopèrent depuis plus de 125 ans. »

Se réclamant humblement de « la grande famille des festivals kick-ass en région », Up Here traduit l’effervescence de la communauté qui le propulse, dans une bourgade au titre coquet de « happiest city in Canada » notamment grâce à ses nombreuses manifestations culturelles : « Sudbury est une drôle de place. Je ne sais pas si c’est l’énergie électromagnétique de la faille Creighton ou quoi, mais il y a quelque chose ici qui attire du ben beau monde qui font de ben belles affaires. »

Ce qui fait que, à travers les gens de la région, les Abitibiens, les Torontois pis les expatriés sudburois qui reviennent faire la fête, la démographie visée pis celle rencontrée concordent joliment : « On vise les gens curieux, les gens qui ont soif de quelque chose de nouveau. On vise ceux qui sont tannés des grands festivals complètement déconnectés de leur environnement. On vise les mélomanes, les amateurs d’art, mais aussi ceux qui s’en sacrent un peu de l’art, parce que veux, veux pas, l’art public ça appartient à tout le monde. C’est accessible à tous. C’est justement ça la beauté d’un festival comme celui-ci. L’art public c’est le pied dans porte. Après ça, la musique embarque. »

Concert de Rich Aucoin lors de l'Up Fest 2015 - En arrière-plan on peut voir une caricature Disney.

Concert de Rich Aucoin lors de l'Up Fest 2015 - Crédit : Danielle Provencher.

Pis la musique embarque bientôt, du 11 au 13 août, avec une trâlée de surprises dont Christian ne peut discuter pour l’instant, parce que c’est des surprises : « Va falloir y être ».