TOPS 2015 - le meilleur du hip-hop franco-canadien (1/2)

Soyons francs : 2015 n’a pas été la meilleure cuvée pour les albums hip-hop francophones locaux. Sans être décevante, l’année qui s’achève a plutôt été marquée par un engouement généralisé pour des albums parus dans le derniers tiers de 2014 (XXL d’Eman X Vlooper et Blue Volvo de Loud Lary Ajust). En revanche, quelques albums/EPs ont réussi à tirer leur épingle du jeu. En voici le top 10.

Photo de couverture : Arthur Comeau.

10 : Les Gens d’Air – Les Gens d’Air

Mendoza et Cotola habillés en pilotes d'avion, dans les nuages.

Pochette de Les Gens d'air.

Formé des deux vétérans Aspect Mendoza et El Cotola, le duo rap engagé montréalais Les Gens d’Air signe un premier album homonyme très étoffé, qui s’inspire de l’énergie hip-hop old school sans toutefois s’y confiner. Ici, bien que la critique sociale prime, la musique et l’expérimentation artistique ont également leur place. C’est d’ailleurs ce qui démarque l’album des autres œuvres de rap engagé de la province. Même sans les paroles, Les Gens d’Air a sa raison d’être, ne serait-ce que pour l’immense inventivité dont Cotola fait preuve à travers ses compositions.

9 : Maxime Gabriel – Farfadet

Le visage de Maxime Gabriel en gris, dédoublé, sur un fond bleu quadrillé.

Pochette de Farfadet

Au lieu de vouloir plaire à tout prix à son public, composé en partie de fans plus puristes, Maxime Gabriel poursuit une remarquable évolution sur Farfadet. Le rappeur, compositeur et réalisateur maskoutain propose un album à la production audacieuse et éclatée, qui témoigne autant d’un sens de la mélodie irréprochable que d’une imagination fertile au niveau de la réalisation. Si les pièces kitsch sirupeuses sont malheureusement trop nombreuses, certaines autres chansons plus expérimentales (Noir et J1V notamment) valent à elles seules cette mention.

8 : Le Reptile Rampant – Mr. Rampant

Reptile Rampant dans une pièce sombre de couleur marron.

Pochette de Mr. Rampant.

Mélange brut d’échantillons déconstruits de jazz, de funk et de trame sonore de vieux films d’horreur, Mr. Rampant met en valeur le flow indomptable et ravageur du rappeur et producteur rosemontois. Avec ses 26 chansons, dont plusieurs qui dépassent les cinq minutes, Mr. Rampant s’écoute difficilement de bout en bout, mais reste que, consommé à petites doses, ce premier album solo d’un des rappeurs les plus prometteurs de la métropole vaut le détour.

 7 : Manu Militari – Océan

Le visage de Manu Militari bleuté.

Pochette d'Océan.

Malgré une approche musicale trop floue, échouant à s’imprégner de toutes tendances hip-hop actuelles valables, Océan est une œuvre à considérer fortement dans la vaste carrière de Manu Militari. Sans surprise, c’est encore les textes du rappeur qui valent le détour ici. Toujours aussi direct et posé dans sa livraison vocale, mais moins monotone, le rappeur de Côte-des-Neiges navigue comme il l’entend entre désillusion et réalisme, livrant quelques-uns de ses textes les plus intimistes et percutants à vie.

6 : 2130 – Purp Fiction

Une imitation de l'affiche du film Pulp Fiction.

Pochette de Purp Fiction.

Inspiré par les récentes vagues trap et cloud rap américaines, le quintette hip-hop québécois 2130 laisse présager de belles choses avec ce premier album. Se basant sur le mantra que « tout est irréel », Purp Fiction met l’accent sur les ambiances énigmatiques, les compositions froides et les propos souvent étranges des rappeurs, probablement teintés par de nombreuses soirées d’intoxication volontaire. En partie produit par DJ Cabanon, qui a succombé à une pneumonie après une tentative de suicide faite en octobre dernier, l’album porte en lui une puissante et tragique valeur symbolique.

5 : Bad Nylon – Le deuxième set

Le deuxième set, écrit en blanc sur une colline désertique.

Pchette de Le Deuxième set.

Neuf mois après Musique de brunch, un premier EP savoureux qui témoignait d’une belle complicité, le quintette rap féminin Bad Nylon remet ça avec Le deuxième set, une suite plus travaillée qui prend ses distances face à ses influences. Enregistré cet été au Studio Victor à Montréal, le mini-album témoigne d’une évolution assez remarquable de la part du groupe qui, plus que jamais, expérimente et tente nouvelles avenues, autant au niveau du flow que des beats.

4 : Monk.E – Esclavage, Exode & Renaissance

Un escalier part du désert et monte vers le ciel. Au loin, deux pyramides.

Pochette de Esclavage, Exode et Renaissance.

Loin de n’être qu’un ramassis de pièces exclues de ses trois derniers efforts, ce cinquième album de Monk.E, qui inclut des chansons enregistrées entre 2008 et 2014, reste homogène sur le plan du concept. Séparé en trois chapitres (esclavage, exode et renaissance), il donne un aperçu de l’évolution spirituelle, personnelle et artistique d’un rappeur lucide et habité, au sommet de sa forme. Malgré quelques moments inégaux, EE&R est une introspection quasi-rédemptrice pour cet artiste qui, une décennie après son premier album, continue de rester intègre et fidèle à son style.

3 : Toast Dawg – Brazivilain Volume II : Revisité

Écrit en vert sur fond noir, entouré d'une guirlande de plantes vertes.

Pochette de Brazivilain vol. 2 revisité.

Concluant, Brazivilain Vol. 2 : Revisité est revu par des rappeurs québécois talentueux qui, généralement, réussissent à s’imposer face à des structures de chanson atypiques, pas toujours faciles d’approche. Le mini-album réussit sa mission première : mettre en lumière le travail d’un des plus grands producteurs hip-hop de la province qui, sans l’aide de rappeurs déjà établis sur la scène (de Loud Lary Ajust à Koriass en passant par Jam & P.Dox), n’obtiendrait pas toujours un succès à la hauteur de son talent.

2 : Boogat - Anachronisme

Photo de Boogat en noir et blanc.

Pochette d'Anachronisme.

Mis de côté après son enregistrement en 1999, Anachronisme voit finalement le jour une décennie et demie plus tard et profite de l’engouement actuel pour les sonorités hip-hop new-yorkaises des années 1990. Même s'il se fait un peu plus convenu et moins nuancé qu'à l'habitude (ce qu'on lui pardonne puisque sa carrière en était à ses balbutiements), le rappeur et producteur originaire de Québec aborde différents thèmes (le culte du matériel, les relations de pouvoir et la soi-disant dérive technologique, notamment) avec franchise et spontanéité. Ainsi, Anachronisme se tient loin de la pensée unique et du politically correct, ce qui en fait, un soi, une oeuvre musicale pure et intègre, créée de bout en bout par un rappeur de haut calibre, alors en plein développement.

1 : Arthur Comeau – Prospare

Un collage de dessins abstraits.

Pochette de Prospare.

L’ex-Radio Radio Arthur Comeau renoue avec son hip-hop expérimental sur Prospare, un album qui s’interroge sur la prospérité, autant économique et sociale que culturelle. Architecte musical fort talentueux (et, surtout, très inspiré), le producteur, réalisateur et rappeur néo-écossais réussit à explorer divers espaces musicaux sans toutefois perdre l’auditeur à travers un délire artistique alambiqué.

Dans deux semaines : le bilan hip-hop franco-canadien 2015 des meilleurs clips/chansons.