Toast Dawg : changer de trip

Rares sont les artistes hip-hop québécois qui résistent à l’épreuve du temps. Encore plus rares sont ceux qui ont la constante volonté de se renouveler. Près de 20 ans après ses débuts comme DJ, Toast Dawg continue d’explorer diverses avenues musicales. Entretien ensoleillé au Parc Laurier, en lendemain de veille du lancement de son EP Brazivilain Volume II.

Toast Dawg / Courtoisie : Toast Dawg

Gatorade jaune à la main, Toast Dawg, 37 ans, est curieusement en forme. « J’étais avec Egypto et Manifest jusqu’à 5 heures du matin. On bouffait des burgers dans un parc », se rappelle-t-il, encore un peu (mais pas trop) secoué par les vibrations de la vieille.

Invité à lancer son album dans le cadre d’un DJ set aux Francofolies, l’ex-Traumaturges/Atach Tatuq/Payz Play se dit heureux de l’accueil qui lui a été réservé. « Ça s’est rempli super vite », dit-il, sourire en coin. « J’ai joué l’EP dans le peak de la soirée, vers 00h45. Après ça, j’avais le goût de pisser et de chiller. J’ai demandé à certains de mes boys comme Manzo, Naej, Ephiks et Manifest de prendre ma place. C’était cool, mais la seule affaire, c’est qu’ils n’ont pas suivi la ligne éditoriale Toast Dawg. À un moment donné, quand je suis revenu dans la salle, y’avait du gros MOP qui jouait! Ils étaient fuckin’ dans le champ! Ils savent que je suis très left field…»

Pointilleux dans ses choix musicaux, le producteur hip-hop a toujours priorisé les projets musicaux cohérents à la signature musicale définie. Après les influences boom bap funky d’Atach Tatuq et le virage électro plus pop de Payz Play, Dawg a choisi de sonder le vaste monde de la musique brésilienne. « Y’en a qui aiment jouer des trucs pour faire danser le monde whatever it costs, mais moi j’suis pas de même, indique-t-il, franc. J’aime avoir une direction musicale précise. »

Dans ta face

Pour le deuxième volet du projet, il a effectué une recherche plus approfondie sur la musique brésilienne, en explorant des horizons funk, jazz fusion et psychédéliques.  Bref, on est loin de la bossa.

En découle un travail de création et de collage instrumental particulièrement intense et fougueux. « J’ai tout le temps fait des trucs sweet, et là, je voulais que ce soit plus dans ta face », explique-t-il. « Ça sonne plus comme un tout, dans lequel tu peux pas tout le temps reconnaître l’échantillon. Y’a une prod plus complexe derrière ça. Certaines sessions ont plus de 50 tracks. »

Toast Dawg dans un magasin de disque.

Entre son travail de chargé de projet dans une maison d’édition et son rôle de papa à la maison, Toast a dû comme d’habitude, créer les chansons du EP durant ses temps libres, plus précisément entre les mois de novembre 2014 et février 2015. « J’ai trouvé les idées de tounes assez vite. J’ai fait les six maquettes en une semaine. Après ça, j’ai fait appel à mon ami et arrangeur Sébastien Blais-Montpetit, qui a un fou studio. Deux soirs par semaine, on travaillait les beats à partir de mes maquettes. En temps normal, il charge cher, mais t’sais, vu que c’est mon meilleur ami, il a décidé de s’investir dans le projet. »

Une musique « trop dure à vendre »?

Pourtant, avoir des « amis » dans le métier n’est pas toujours garant d’un succès à toute épreuve. Toast en sait d’ailleurs quelque chose. Malgré le rayonnement du Brazivilain initial, qui s’est notamment mérité le titre de EP de l’année au dernier gala GAMIQ, le producteur dit avoir eu des difficultés à trouver un label pour le second. « Je l’ai envoyé à une douzaine de labels et, sérieusement, j’ai pas eu beaucoup de réponses, même si je connais plein de monde », dit-il, sans amertume palpable.

« J’ai reparlé à quelques personnes de ces labels-là par la suite, et on m’a clairement dit que c’était vraiment trop dur à vendre comme musique. Pour eux, faire du cash avec un album de rap pas de rap, ça marche pas. »

C’est finalement la maison de disques québécoise Ambiances Ambiguës (Keith Kouna, Caféine, Rosie Valland) qui a pris le producteur sous son aile. Le rayonnement international est mené par le distributeur américain reconnu Fat Beats.

Motivé comme jamais, Toast Dawg désire maintenant s’attaquer à un projet d’envergure : un album complet. « Je suis rendu là, je crois. Ça va être un peu plus long pour trouver la ligne directrice, mais c’est mon objectif à long terme. »

D’ici là, pas question de s’effacer carrément de la mappe hip-hop québécoise. En plus d’enchaîner les remix et d’aider les frangins rappeurs Snail Kid et Jam à terminer leur premier album très attendu, Toast Dawg travaille actuellement sur la version remix de Brazivilain Volume II, qui pourra compter sur l’aide de plusieurs rappeurs québécois estimés. « Je prends de l’expérience, donc je suis capable d’en faire pas mal, même si j’ai pas beaucoup de temps », dit-il.

« Le plus important, c’est de ne jamais ralentir le flow parce qu’en ce moment, les gens t’écoutent pendant deux semaines, et après, ils changent de trip. »