Team XXI : musique contextuelle

Fruit d’une fructueuse rencontre virtuelle, le collectif montréalais Team XXI délaisse tranquillement ses racines ambient expérimentales pour offrir une proposition hip-hop plus accessible, mais toujours aussi lugubre. Rencontre avec trois (et éventuellement quatre) membres de l’équipage.

Photo de couverture : Team XXI (de gauche à droite : Plante Carnivore, Ghost Kid, Burb 5:13 et Coresap). Photo : Riff Tabaracci

C’est à l’extrême nord de Saint-Laurent, dans un coin plus ou moins éclairé du quartier Ahuntsic, que Team XXI a établi son quartier général. Étroite pièce sans fenêtre, avec quelques instruments éparpillés ici et là, plusieurs bouteilles et un divan double, ce mini-studio est par-dessus tout un lieu de rencontre où se développent les idées et les concepts des projets du groupe.

Quelques mois avant, c’était toutefois sur la toile que le brassage d’idées se faisait. « J’ai rencontré la plupart des gars sur Soundcloud », dévoile le rappeur et producteur Ghost Kid (alias Bloom) à propos de la genèse de sa formation. « Team XXI, c’était pretty much mon idée à la base, pis les boys ont mis leur énergie dedans ensuite. »

« On aimait notre musique avant de savoir qu’on avait plein d’amis en commun et qu’on habitait tous dans la même ville », poursuit le beatmaker Coresap, en nommant la région du grand Montréal.

Alors qu’on amorce les présentations d’usage, une puissante musique rock enjouée retentit dans le studio. « Il y a une dizaine de bands qui pratiquent dans les locaux voisins. Eux, c’est un band de ska, et ils sont particulièrement loud, précise Coresap. En plus, ils sont vraiment juste à côté de nous. »

« Comme tu peux voir, on a des conditions d’enregistrement idéales ! » ironise Bloom, sourire en coin.

Avec tambour et trompettes, Coresap se lance en premier : « Ça fait six ans que je publie des trucs sur internet, d’abord des photos, et maintenant de la musique. Au début, ce que je faisais, c’était des trucs très ambient et trip-hop. Le hip-hop, je l’ai abordé comme une influence secondaire à travers les autres styles qui s’en inspiraient. C’est après ça que je me suis intéressé aux classiques du genre et que je me suis concentré à créer un son plus agréable à écouter. »

Discret depuis notre arrivée, Burb 5:13 prend une grosse gorgée de sa king can de thé glacé, puis y va de sa courte biographie : « Moi, j’ai 19 ans pis j’ai commencé à écrire des textes quand j’en avais 12 ou 13. Dans ce temps-là, j’écrivais des chansons, mais j’étais pas capable de les performer parce que j’avais pas de band. Le rap m’est donc apparu comme une bonne option, vu que ça me permettait plus d’autonomie. Pas longtemps après, j’ai rencontré Bloom out of nowhere, et on a vraiment connecté. »

« Moi, j’ai toujours fait de la musique, ça pourrait s’éterniser... poursuit Bloom, 19 ans lui aussi. J’ai commencé à faire des beats il y a trois ans, et j’ai droppé pas mal de projets instrumentaux. Burb a été le premier rappeur avec qui j’ai enregistré. »

Accumulant les beat tapes, Bloom crée à une vitesse impressionnante. Seul hic : il a cette fâcheuse propension à constamment supprimer ses œuvres. Respectivement parus en 2014 et 2015, ses honorables Ghosts vol. 1 et Fool (pour lesquels nous avions fait des critiques) ont disparus de sa page Bandcamp.

« C’est un sacrifice nécessaire pour aller ailleurs, assure-t-il. Je veux tout le temps aller next level et, pour ça, je veux que certains trucs tombent dans l’oubli. Ma musique, elle se fait aussi vite qu’elle se consomme. J’drop des albums à la vitesse que d’autres font des chansons. Respect à tous ceux qui peuvent mettre 30 heures sur une track, mais ça, c’pas pour moi. »

Union et synesthésie

Né de son initiative, Team XXI s’est enrichi d’une douzaine de membres depuis son éclosion à la fin 2014. Complété par Chromakey, wærry, Plante Carnivore, Ice Cream Truck, Franky Fade, Byrsd, Noctamble, Amok et Alphonse Fuzz, le collectif peut compter sur un noyau dur de « six personnes plus sérieuses qui s’impliquent beaucoup ».

Parus en juin et octobre 2015, les deux premiers volets de la potentielle saga Night & Sentiments ont cimenté l’union de la formation. « On a fait ça chez nous dans la salle commune du troisième étage, en plein hiver », se souvient le Lavallois d’origine Coresap, qui habite maintenant Saint-Henri. « Ça nous a donné faim pour en faire plus. »

Dans les derniers mois, les projets solos et connexes se sont effectivement multipliés. « On a beaucoup créé, mais là, on veut travailler l’aspect Team. On veut montrer que le collectif est plus gros que la somme de ses parties », poursuit le producteur.

Photographe, Coresap s’inspire des photos qu’il prend pour créer : « C’est de la music to listen to outside. Je compose beaucoup en pensant à la ville et à certains endroits spécifique. »

« Y a une synesthésie assez forte dans notre démarche, ajoute Bloom. Moi, j’associe beaucoup la couleur à la musique. Des fois, je vais même avoir un cover de mon projet avant même d’avoir composé une seule chanson. Ça donne une musique assez contextuelle, pas vraiment passive. On cherche à créer des émotions profondes. »

Ignorance et ambition

Avec deux albums bientôt finalisés en banque, Team XXI compte poursuivre ses explorations trap. Plus que jamais, les rappeurs prennent une place de choix dans la musique du groupe. « Les voix sont devenus super importantes. Je trouve que ça rend mon shit plus complet », indique Ghost Kid, qui empoigne le micro à l’occasion depuis quelques mois.  « Avant, les gens disaient que je faisais de la musique d’ambiance, parfaite pour faire des devoirs. Maintenant, c’est plus chargé. »

Plus d’un an après son album solo Thérèse, Burb 5:13 a, quant à lui, manifestement changé sa façon d’écrire depuis qu’il est en groupe : « Quand j’ai commencé, je focusais sur les textes et les messages. Ça me prenait souvent un mois pour finir une chanson… Récemment, je perfectionne moins mes textes. Ce qui est drôle, c’est que les gens feelent plus ça. L’accueil que je reçois est vraiment meilleur. »

Prolifique, le groupe a de l’ambition à revendre. Ghost Kid et Coresap se concentrent d’ailleurs exclusivement sur la musique à l’heure qu’il est. « Ça fait un an que c’est plus sérieux, nos trucs, dit le deuxième. On a lâché nos jobs et l’école pour faire ça. »

« Anyway, j’étais pas motivé au cégep. J’ai coulé la grande majorité de mes cours, poursuit son complice. Au secondaire, j’avais pas tant à work mon ass. Sans faire mes devoirs, je passais sur les fesses. Mais au cégep, c’est différent, et j’aimais pas ça. J’mets donc toute mon énergie dans la musique. »

Coresap, Ghost Kid et Burb 5:13 du collectif Team XXI se tiennent sur un balcon.

Coresap, Ghost Kid et Burb 5:13 - Courtoisie Team XXI.

Au moment même où « la torture musicale » du ska reprend de plus belle de l’autre côté, un invité surprise franchit la porte. S’ensuivent de chaleureuses salutations et une présentation normative : « Moi, c’est P.C. pour Plante Carnivore. Je viens de la Rive-Sud, j’ai 18 ans et j’ai meet les boys ça fait une couple de mois sur Soundcloud. »

Questionné à savoir s’il voit lui aussi le rap comme principal plan de carrière, le jeune rappeur se fait un peu plus nuancé : « J’ai des intérêts assez diversifiés dans la vie. Là, j’étudie en médias au cégep du Vieux. J’ai pas l’intention de me trouver une job là-dedans, mais ça rejoint mes intérêts et ça m’apporte des connaissances. Le rap, c’est un autre de mes intérêts. Je fais ça parce que j’aime ça et j’ai pas vraiment d’attentes envers où ça va me mener. »

Pour l’instant, le rap le mènera au bar Le Cha-Cha à Sainte-Thérèse, à l’instar de son groupe qui y donnera un spectacle ce jeudi 10 novembre.

Pour le reste, Team XXI est optimiste : « Le but, c’est de make a livin’ pis faire du bread en faisant des shows. That’s the whole point. »