Planète BRBR à Ottawa : la parole est aux jurés

Suite à la diffusion samedi dernier du troisième épisode de Planète BRBR nous nous sommes entretenus avec nos jurés, le rappeur FLO et le journaliste Jonathan Chagnon. Le premier nous fait part de ses conseils pour bien démarrer sa carrière, tandis que le deuxième nous partage ses coups de cœur musicaux du moment.

Photo de couverture : le jury de Planète BRBR à Ottawa, de gauche à droite : Jonathan Chagnon, Stef Paquette et FLO.

Les conseils de FLO

Quel est le principal défi lorsque l’on fait de la musique en français dans un milieu minoritaire ?

En tant qu’artiste, le truc de base à comprendre serait « le savoir faire », mais il faut aussi « le faire voir ». L’artiste indépendant underground qui a un certain following se retrouve souvent devant la problématique « comment me faire voir par un nouveau public ou les gens de mon industrie ? », soit comment quitter l’underground pour le statut « professionnel » ?

Dans mon cas, étant un artiste francophone basé à l’extérieur du Québec, le soutien, les conseils et les services qu’offre l’APCM (Association Professionnel de la Chanson et de la Musique) m'ont grandement aidé. Sans le soutien de cet organisme, je doute que je serais où je suis dans ma carrière aujourd’hui.

Quels sont tes conseils pour se vendre/vendre ton travail auprès d’agents, de labels, tourneurs, festivals, journalistes, faire du réseautage ?

Je crois que la meilleure façon de se vendre auprès des gens de l’industrie est de s’assurer d’avoir un produit qui est unique et authentique à ton identité.

Généralement c’est ce qui attire un agent, qui non seulement aimera ton produit mais y croira aussi. Une fois qu’un artiste a un agent, il a officiellement un bras droit qui est là pour le représenter et qui travaille dans la même direction que lui. Dans un monde parfait, outillé d’un beau dossier de presse qui saura mettre de l’avant l’artiste, l’agent est celui qui décrochera les contrats avec un label, des tourneurs, des diffuseurs et les médias.

En ce qui concerne le réseautage, mon conseil est de le suivant : soyez présent dans votre industrie et votre communauté le plus que possible ! Sautez sur toutes les opportunités de réseautage, ces événements sont là pour vous. Vous seriez surpris de savoir combien d’opportunités se sont présentées à des artistes suite à une simple rencontre à un événement. Au final, le réseautage c’est l’opportunité de créer des nouveaux liens, de jaser avec des gens qui œuvrent dans le même domaine que vous et potentiellement, de revoir des gens avec qui vous avez déjà travaillé, ou avec qui vous espérez travailler !

As-tu une side job qui n’a rien à voir avec la musique ? Si oui, comment équilibres-tu ton temps entre la job et la musique ? Si non, quel a été ton déclic pour te consacrer entièrement à la musique ? 

Pendant très longtemps ma job n’avait rien avoir avec ma vie d’artiste ! Aujourd’hui mon 9 à 5 est relatif aux arts et à la culture donc c’est idéal pour ma vie d’artiste. Les deux ont chacun leur importance dans ma vie.

Quels sont tes conseils pour encaisser les refus (ex : mauvaise critique dans la presse, mauvais commentaires sur Facebook, refus de labels, etc.) ?

C’est vrai qu’il n’est pas toujours facile d’encaisser les refus. Au départ, je crois qu’il faut se souvenir que la musique c’est subjectif ! Je crois qu’il est très difficile ou quasi impossible de plaire à tout le monde, en même temps, tout le temps [rires]. En tant qu’artiste il faut s’y attendre, et n’oublions pas que les gens ont droit à leur opinion.

Ceci étant dit, il y a toujours place à l’amélioration. S’il y a un refus ou une mauvaise critique, j’essaie de mettre mes énergies sur les trucs que je pourrais améliorer.

Portrait du rappeur FLO en noir et blanc.

FLO - Courtoisie.

Comment gères-tu le stress et les angoisses (ex : salle peu remplie, tu considères que le groupe qui joue avant toi est meilleur, trac, etc.) avant de monter sur scène ?

J’aime planifier les choses mais je suis du genre qui vit au jour le jour, donc en termes d’angoisses artistiques je garde le focus majoritairement sur le maintenant. Encore une fois, c’est le genre de choses qui vient avec le titre d’artiste. Certaines salles seront remplies, d’autres le ne seront pas… Certains aimeront les artistes avant ou après toi et d’autres viendront juste pour toi. Ce qui ne change pas c'est que tu as l’opportunité de performer devant un public !

Tu as la chance de partager ta musique et de te démarquer, pour moi c’est le plus important ! À chaque spectacle je donne mon 150% car même s'il n'y a que 15 personnes dans la salle, ces 15 personnes m’auront vu et entendu a mon 150%.  C’est une question de perspective !

Que faire si, une fois sur scène, le public est froid ou n’est pas réceptif ?

Fais comme si tu ne voyais pas qu’ils ne sont pas réceptifs ! C'est plus facile a dire qu'à faire mais c’est à garder en tête et à mettre en pratique.

Souvent l’artiste s’attend à ce que le public lui donne de l’énergie alors que c’est lui qui devrait leur en donner ! Il ne faut jamais oublier qu’ils se sont déplacés pour venir te voir. Ils ont possiblement payé pour ce spectacle donc en tant qu’artiste tu leur dois un bon show. C’est ton devoir des les animer, pas le contraire.

Ton truc pour protéger ta voix (en tournée, quand tu pratiques beaucoup) ?

Du miel, une douche bien bien chaude et/ou un shot d’alcool… crois-le ou pas, c’est bon pour tes cordes vocales !

Quel est le conseil que tu aurais aimé recevoir lorsque tu as commencé ta carrière, et pourquoi ?

Excluant les conseils que je viens de vous donner, j’aurais aimé qu’on me parle des subventions (Conseils des arts de l’Ontario, Musicaction, Fond radiostars, Conseils des arts du Canada) disponibles aux artistes car ce sont des fonds vraiment utiles ! Sans ces formidables bailleurs de fonds, disons qu’être un artiste indépendant peut coûter vraiment cher.

Les coups de coeurs de Jonathan Chagnon

Pandaléon Retour

Originaire de St-Bernardin dans l’est-ontarien, cette formation est pour moi la preuve qu’il est possible de faire de la musique sans avoir à s’exiler dans un grand centre. Ils nous montrent également que l’Ontario francophone regorge d’artistes de grand talent qui savent faire autre chose que du pop-rock.

FET.NAT – Caquette

Cette formation hulloise est à mon avis le secret le mieux gardé de notre région. Fet.Nat, ce sont quatre musiciens de très grand talent dont l’œuvre se situe quelque part entre le rock et le jazz. Pas nécessairement facile d’approche pour une oreille non avertie, leur style unique devrait néanmoins rapidement faire vibrer le mélomane aguerri.

MCLEAN – Amorphophallus Titanum

C’est par son projet MCLEAN que j’ai découvert l’artiste de Sudbury Simon Jutras. Très prolifique, Simon enchaîne les projets sous différents pseudonymes. Pour moi, il est un bon ambassadeur de la musique franco-ontarienne car il propose une œuvre qui sort de l’ordinaire et qui est susceptible de se faire remarquer d’abord pour son originalité et sa qualité. En d’autres mots, on choisit d’écouter MCLEAN non pas parce que c’est un artiste de l’Ontario francophone, mais parce qu’il propose quelque chose d’unique.

Les Hôtesses d’Hilaire  Regarde-moi

J’adore cette formation entre autres pour leur humour pince-sans-rire. Très sarcastiques, on se laisse facilement prendre au piège par leur discours à la fois sérieux et loufoque. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai choisi la pièce Regarde-moi. En plus d’être très accrocheuse, par cette pièce ils dénoncent avec dérision notre égocentrisme sur les médias sociaux.

VioleTT Pi Singe de ville

C’est pour ses rythmes accrocheurs, son côté déjanté et ses paroles absurdes que j’ai choisi VioleTT Pi. Cet artiste adore jouer avec les sons, nous offrant une œuvre unique et difficile à définir. Et c’est sans compter ses prestations live dont on ne ressort jamais tout à fait indemne, bien qu’on en redemande encore et encore.