Les Fleurs du Tapis : de l'amour autrement

Photo du groupe Les fleurs du tapis 

12 juillet 2014 : dans un Vieux Treuil gorgé à ras-bord, la formation folk madelinienne (NB : madelinot au masculin, madelinienne au féminin, rapport que « madelinote ça fait "tête de linotte" ») Les Fleurs du Tapis (formation : 2006 A.D.) lance son premier album, Du goudron et des plumes. Initiée en 2006, appliquée à l’enregistrement à la fin de l’été 2012 pour un album qui paraît en juillet 2014, deux premiers concerts « sur le continent » (i.e. : hors des Îles) en décembre de la même année et envoi postal des disques aux radios en janvier 2015 : qu’en est-il du rythme de vie insulaire?

« On n'est pas trop habitués de s’occuper de ça, un groupe de musique », que tranchent bonnement Nicolas Longpré et Yoanis Menge, de leur bord skypé des Îles. Copains depuis le CÉGEP de Matane en 2004, le noyau du projet a d’abord fait paraître un lot de tounes lo-fi en août 2006, puis a vaqué çà et là à une ribambelle de cossins comme tourner bohèmement en France (N+Y), y vivre pendant quatre ans (Y) et étudier à Chicoutimi (N) avant de caller maison les Îles-de-la-Madeleine en 2010. Selon le modèle acadien du « Pointe-toi quand tu veux avec ton instrument », des concerts plus ou moins impromptus ont permis de recenser d’autres musiciens. Les Fleurs sont devenu(e)s plus officiellement cinq, et à la fin de la saison touristique de 2012, la bande a investi un chalet pendant trois semaines ben tight, à peu près 24/24 pour faire avec les horaires antipodaux de chacun, en vue d’enregistrer un premier vrai record.

« On a emprunté du gear un peu partout à l’arrache pis on a tout enregistré live : le drum était dans le grenier, la basse dans une pièce, la guitare dans une autre, l’accordéon dans une chambre, les brass dans la cuisine pis un ampli dans la douche. Y a eu beaucoup de gens qui se sont pointés pour voir ce qui se passait pis qui se sont ramassés à jouer de quoi sur le disque, aussi, comme pour la chorale sur Saute et bouge ton corps ».

Au sursis endémique couplé d’un creusage de cash, le mixage s’est étalé sur une pas pire longue période, surtout à travers un hiver rude pendant lequel Nicolas hébergeait le gars de son. « L’hiver, aux Îles, tout comme le printemps pis l’automne, la musique se passe dans les maisons. L’été, c’est dehors, après les bars, sur la plage : les idées naissent l’été, on les enregistre rapidement, pis on les travaille l’hiver ».

Idem pour les textes qui traversent Du goudron et des plumes, qui s’amorcent « d’un call, d’une phrase accrocheuse, d’une idée de vidéoclip qui se réalisera jamais », mais heille : avant tout poètes, Nicolas et Yoanis conviennent qu’à travers les blagues, le leitmotiv, c’est l’amour.

Le #snifferdugazgate, ou l’amour autrement

Ces sujets, ils ne les veulent pas clichés ni typiquement madelinots, plutôt universels, rapport que « quand tu vois la mer à longueur de journée, t’as pas nécessairement envie de faire une toune là-dessus ». L’un des joyaux de l’album, entre chanson d’amour et hommage au buzz débrouillard, la lénifiante et romantique Sniffer du gaz couvre large dans le champ humain et illustre drette ben cette intention : « C’est un peu notre version d’Embarque ma belle, mélangée avec l’Enivrez-vous de Baudelaire. C’est crissement dernier recours, sniffer du gaz, mais ça montre que même si t’as rien, y a moyen de s’enivrer. De la tolérance pour les pauvres! » De bonnes intentions qui ne sont pas perçues mêmement partout, sauf : la toune a provoqué l’ire d’auditrices et d’auditeurs moins cavaliers qui ont appelé dans des radios – loin d’être commerciales, s’entend – pour s’y opposer avec des arguments de la trempe de « Avez-vous des enfants, vous? ».

Mais parlez-en, soutient l’adage. Avant cette fausse polémique, le groupe a entrepris une vaillante tournée de deux dates en sol continental québécois en décembre dernier, passant par Montréal et Chicoutimi pour saluer la diaspora madelinienne et autres entichés de la bamboche. « Et on revient en juin pour faire une dizaine de dates en trio – on partira de Montréal pour revenir tranquillement vers l’est! »

Des promenades stimulantes, rapport qu’en sol madelinot, les options sont limitées : « Aux Îles, on est juste 14,000. Il y a des artistes country établis qui peuvent jouer à longueur d’année en allant faire un tour au Nouveau-Brunswick une fois de temps en temps, mais en dehors de cette niche-là, c’est plus difficile. Il y a cependant la salle des Pas perdus qui booke des premières parties locales depuis l’été dernier, ça permet de faire de belles rencontres. Souvent, on finit par jammer avec les musiciens de l’extérieur après les concerts ».

La beauté de la nécessité : « On fait de la musique parce qu’on n'a pas le choix, parce que sinon y en n'aurait pas d’autre. On entend des histoires comme quoi, dans le temps, les violoneux apprenaient des reels à la radio mais quand la fréquence lâchait, ils devaient improviser pour les compléter. C’est le caractère d’une île : autarcie, solidarité et fierté. Ça donne de l’espoir d’avoir une identité culturelle. »

La suite de Du goudron et des plumes, assurent-ils, ne se fera pas attendre huit ans : « On a déjà plein d’esquisses. Ça va écorcher un peu plus, plus dans le genre de Sniffer du gaz. Les thèmes seront peut-être plus madeli… je sais pas ». On vous invite donc à consulter la page Facebook du groupe, rapport que 1) elle est bien alimentée et pas pire lol, pis que 2) les dates de la tournée estivale y seront bientôt annoncées.