Le rap au GAMIQ : bilan d’une décennie d'audace

Auparavant confiné à son unique catégorie, à l’instar d’autres genres plus pointus comme la musique expérimentale, le métal et le jazz, le rap a maintenant la mainmise sur l’ensemble du GAMIQ, comme en témoigne la victoire de l’artiste de l’année par Loud Lary Ajust en 2015. Bref, le pendant alternatif du Gala de l’ADISQ reconnaît désormais le hip-hop à sa juste valeur après l’avoir boudé pendant de nombreuses années. À l’occasion de sa 11e édition, qui aura lieu le 27 novembre prochain au Lion d’or à Montréal, BRBR revient sur les 10 précédents gagnants de la catégorie rap et tente par le fait même de prédire celui qui raflera les honneurs cette année.

Photo de couverture : Omnikrom. Crédit : Jeremy Wirth.

2006 : Atach Tatuq – Deluxxx

Un groupe de personnes peintes dans des tons bruns/orangés prend une pose "gangster". La leader brandit un pistolet vers l'objectif.

Pochette de l'album Deluxxx d'Atach Tatuq.

 À sa première édition, le GAMIQ a visé juste. Également gagnant dans la catégorie hip-hop à l’ADISQ cette année-là, Deluxxx, était un des rares albums rap à avoir fait l’unanimité au Québec, en recueillant autant l’approbation des puristes que de la critique alternative.

Reste que l’issue de cette nomination au GAMIQ était loin d’être scellée d’avance. En pleine effervescence, la scène rap électro champ gauche aurait très bien pu repartir avec les honneurs, considérant qu’elle traversait à ce moment sa période faste, comme en témoignent les quatre autres nommés : Gatineau, Les robots de la rime, NulSiDécouvert et Omnikrom. Ce dernier était d’ailleurs en lice pour l’artiste de l’année, finalement remporté à juste titre par Malajube.

2007 : Omnikrom – Trop banane !

Les visages des membres du trio Omnikrom dans un Rubix cube.

Pochette de Trop Banane ! d'Omnikrom.

Ce n’était évidemment qu’une question de temps avant que l’incomparable phénomène Omnikrom soit récompensé à sa juste valeur, à la fois au GAMIQ et à l’ADISQ. Faut se rappeler qu’à l’époque, le trio avait rempli à ras bord le Métropolis avec ses acolytes de TTC et de Numéro#.

Période sombre pour l’ensemble du hip-hop québécois, cette fin de décennie n’offrait pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent. Également en nomination, les albums de 2Faces (Moi, 2Faces & Dirty), Damien (Plus que jamais) et Black Taboo (Crosse-toé ça rend sourd) ont connu un succès très limité qui, en fin de compte, tenait davantage à la stature de leurs auteurs qu’à la qualité de l’œuvre qu’ils proposaient réellement. Seul le deuxième album d’Accrophone, J’thème, a offert une alternative de choix au jury cette année-là.

2008 : Gatineau – Gatineau

Les silhouettes des membres de Gatineau peintes en rouge orangé sur fond jaune.

Pochette de l'album homonyme de Gatineau.

Pour une troisième fois en trois ans, le GAMIQ a récompensé le même gagnant rap qu’à l’ADISQ. Beaucoup moins connu qu’Omnikrom, Gatineau a sans doute tiré son épingle du jeu en raison de sa créativité débordante, ce qui en fait, avec du recul, un gagnant légitime.

Peu ouvert à la faction street de la scène hip-hop québécoise, pourtant assez forte à cette époque, le gala a continué de mettre l’accent sur le rap champ gauche en laissant une grande place aux artistes électroniques (Sixtoo, Ghislain Poirier et Socalled). Également nommé à l’ADISQ, le premier album de Samian, Face à soi-même, était l’exception qui confirmait la règle.

2009 : Omnikrom – Comme à la télévision

Dessin d'une chambre "clichée" d'un homme célibataire : une console, des manettes, des paquets de hcips, une boite de mouchoirs, une télé et des amplis.

Pochette de Comme à la télévision d'Omnikrom.

Face à un Gala de l’ADISQ qui a complètement perdu la carte (en récompensant le douloureux Faut k’tu m’oublies de Sir Pathétik), le GAMIQ a maintenu le cap en 2009, en sacrant pour une deuxième fois en trois ans le trio emblématique de la scène rap électro.

Reste qu’on se serait attendu à un peu plus d’audace de la part d’un gala alternatif qui se targuait, justement, de voir au-delà des tendances populaires. Même si son succès est demeuré plutôt modeste, le premier (et seul à ce jour) album du collectif Movèzerbe aurait clairement dû être couronné, ne serait-ce que pour l’inventivité de sa proposition organique décomplexée.

Autrement, les albums de Donzelle, Nomadic Massive et Payz Play n’avaient pas obtenu un engouement général assez marqué pour mériter les honneurs.

2010 : Radio Radio – Belmundo Regal

Un bateau à voiles vogue sur l'eau près d'une côte.

Pochette de Belmundo Regal de Radio Radio.

Peu importe ce qu’en dira la scène hip-hop québécoise, ce deuxième album du groupe acadien Radio Radio est une œuvre de grande qualité, ponctuée de refrains accrocheurs et d’explorations sonores étonnantes. Énorme succès sur les ondes des radios communautaires/universitaires, Belmundo Regal avait donc son chemin tout tracé dans l’enveloppe rap du GAMIQ.

Remportant son premier Félix à l’ADISQ quelques semaines plus tard, l’intraitable Manu Militari était le principal rival du trio acadien. Sa nomination au GAMIQ marquait ainsi un précédent : pour une première fois, un artiste issu de la scène street rap québécoise avait sa place à la grande messe de la musique alternative. À noter que deux autres artistes (Karma Atchykah et Dramatik) récoltaient également leur première nomination en carrière cette année-là, signe que s’estompait peu à peu la mouvance rap électro montréalaise, uniquement représentée par Jeune Chilly Chill.

2011 : Alaclair Ensemble – 4,99

Le nom d'Alaclair Ensemble est inscrit en jaune sur fond violet, à la manière d'un jersey de sport.

Pochette de 4,99 d'Alaclair Ensemble.

Le vent a bel et bien tourné en 2011. Récoltant cinq nominations, dont la convoitée « Artiste de l’année », Alaclair Ensemble a suivi les traces de Radio Radio en décloisonnant le rap pour l’étendre dans les principales catégories de pointe du gala, raflant au passage la statuette de la révélation de l’année devant Braids, Colin Stetson, Suuns et Karim Ouellet.

Un peu éparpillée, la nomination rap mettait l’accent sur quatre autres productions de qualité, qui n’avaient toutefois pas réussi à galvaniser l’ensemble du spectre alternatif : In 3D d’OG Hindu Kush, Sleepover de Socalled, Fold It ! Mold It ! de Random Recipe et Le vieux d’la montagne de Webster.

Cette année-là, le GAMIQ a redoublé de pertinence face à une ADISQ déphasée qui, en raison de ses règles internes ne lui permettant pas de récompenser les œuvres indépendantes non-inscrites à son association, a complètement raté le bateau Alaclair.

2012 : Alaclair Ensemble – Musique bas-canadienne d’aujourd’hui

Un ensemble de dessins n'ayant pas de rapport évident les uns avec les autres.

Pochette de Musique bas-canadienne d'aujourd'hui d'Alaclair Ensemble.

Nouveau chouchou du GAMIQ, Alaclair Ensemble a remporté les honneurs pour une deuxième année de suite. Sans rien enlever à l’excellence de cet album-triple, il faut admettre que le jury a manqué son coup puisque 2012 a sans aucun doute été l’année Gullywood, album mythique et déjà classique de l’underground montréalais qui a permis à Loud Lary Ajust de s’établir comme une figure de proue de la scène hip-hop québécoise.

Les trois autres nommés étaient également de très bons prétendants : Koriass, Maybe Watson et, surtout, Kaytradamus. En intégrant le très jeune producteur à la nomination, le GAMIQ a encore une fois prouvé qu’il était au-devant des tendances, plutôt qu’à la ramasse comme l’ADISQ qui se rattrapait tant bien que mal en récompensant Radio Radio deux ans en retard.

2013 : Alaclair Ensemble – Les maigres blancs d’Amérique du Noir

Portrait en noir et blanc vintage d'une reine anglaise portant une couronne.

Pochette de Les maigres blancs d'Amérique du Noir d'Alaclair Ensemble.

Ce troisième sacre en trois ans pour Alaclair était en tous points mérité. Récoltant également des nominations pour le spectacle, la chanson et l’artiste de l’année, le collectif post-rigodon a coiffé, dans la catégorie rap, plusieurs talentueux artistes qui n’avaient pas réussi à obtenir un succès alternatif aussi fort.

On parle ici d’Agua Negra, de Cargo Culte, de K6A et de Jai Nitai Lotus, qui livrait son excellent mais trop sous-estimé Something You Feel.

2014 : Dead Obies – Montréal $ud

Cliché en noir et blanc du sud de Montréal, le pont reliant les deux rives étant coupé.

Pochette de Montréal $ud de Dead Obies.

Pour la toute première fois, c’est un artiste hip-hop qui a récolté le plus grand nombre de trophées lors d’un GAMIQ. En plus de remporter la révélation, le spectacle et la chanson de l’année (pour Montréal $ud), Dead Obies a évidemment été couronné du meilleur album rap de l’année pour son premier opus officiel.

Le principal adversaire du sextuor était sans doute Koriass, qui avait au préalable tiré son épingle du jeu à l’ADISQ. Quant à eux, Toast Dawg, Dramatik et Arthur Comeau n’avaient que très peu de chances de gagner, même si leur album respectif était de haut calibre. Dawg a toutefois vu son Brazivilain être sacré meilleur EP de l’année, tous styles musicaux confondus.

2015 : Eman X Vlooper – XXL

Portrait en noir et blanc d'Eman et Vlooper. Le nom de l'album, XXL, est inscrit en gros, turquoise filigrane par dessus eux.

Pochette de XXL d'Eman X Vlooper.

Pour une première fois en sept ans, l’ADISQ et le GAMIQ se sont entendus pour récompenser le même album hip-hop. Succès critique incontesté, le premier album d’Eman X Vlooper avait également permis à ses auteurs de rafler le prix de musique urbaine au gala de la SOCAN.

Bref, la victoire du duo était prévisible, même si ses principaux adversaires, Loud Lary Ajust et Alaclair Ensemble, auraient pu faire pencher la balance de leur côté. Les deux formations ne sont toutefois pas repartis bredouilles puisqu’elles ont respectivement mis la main sur le Lucien dans la catégorie artiste et spectacle de l’année, consacrant le hip-hop comme le genre dominant du GAMIQ pour une deuxième année consécutive.

De leur côté, Socalled et Kick & Snare n’avaient à peu près aucune chance de l’emporter.

2016 : ?

Avec un total de cinq nominations, Dead Obies est en avance pour gagner cette année. Boudé par l'ADISQ en raison de son métissage linguistique, le sextuor obtiendra sans doute la reconnaissance qu'il mérite au GAMIQ. Autrement, Koriass pourrait également s'en sortir vainqueur. Omniprésent sur toutes les plateformes médiatiques québécoises possibles , il s'est récemment imposé comme le porte-étendard du hip-hop local, ce qui pourrait faire pencher la balance de son côté.

Récoltant un succès critique manifeste, Brown pourrait aussi causer la surprise, même si son éminent premier album homonyme n'a pas obtenu l'engouement qu'il mérite. Devant trois pointures de la sorte, Arthur Comeau et Toast Dawg sont loin derrière.

Album Rap de l'année

Arthur ComeauProspare
BrownBrown
Dead ObiesGesamtkunstwerk
KoriassLove suprême
Toast DawgBrazivilain Vol. II Revisité

EP Rap de l'année

Bad NylonLe deuxième set
J-RobinSea Monster
KoriassPetit Love
Le Nouveau RappeurEscaliers
Loud Lary AjustOndulé