La Souterraine : activisme féminin chanté

Le concept français La Souterraine débarquait à Montréal pour une deuxième année, vendredi, au Divan Orange. Cette année, un nouvel objectif était à l'agenda : mettre de l'avant les femmes, uniquement les femmes. Marie-Claire, Chârogne et Nüshu habitaient la scène pour démontrer l'étendue du talent francophone au féminin. 

Photo de couverture : Chârogne. Toutes les photos sont de l'auteure.

Marie-Claire au piano sur la scène du Divan Orange.

Marie-Claire.

Les Français Laurent Bajon et Benjamin Caschera sont à l'origine du concept dont l'objectif principal est de dénicher des groupes méconnus qui chantent en français. À l'origine, on parle de fêtes musicales souterraines, mais le Divan Orange a bel et bien pignon sur rue sur le boulevard Saint-Laurent !

Pour mettre de l'avant les artistes sélectionnés par La Souterraine, ceux-ci sont regroupés en ligne pour qu'une zone d'écoute-découverte soit perpétuellement accessible aux auditeurs avides de nouveau son.

Le mandat de diffusion de musique « affranchie » était largement respecté vendredi, principalement durant la percutante prestation du groupe post-punk Chârogne.

Marie-Claire

C'est toutefois avec la plus timide Marie-Claire, originaire de Sudbury, que la soirée s'amorçait. Dans un rock grunge parfois langoureux, parfois plus assumé, elle a fait défiler ses chansons aux propos frondeurs.

Abordant les sujets du sexe et corps féminin, elle met de l'avant une audace intéressante dans le texte, mais demeure malheureusement très réservée sur scène.

 

« Je suis Marie-Claire, pour ceux qui le savent pas. Les gens de mon band, eux, s'appellent pas Marie-Claire», a-t-elle annoncé au milieu de la prestation. Elle a également interrompu l'une de ses chansons pour accorder sa guitare. « Scusez, je pense que quelque chose sonne faux », a-t-elle précisé.

Chârogne

La verve de Chârogne, qui suivait, était suffisante pour décaper les tympans des plus prudes. «Je suis pornographique, je suis sexualité, j’peux pas montrer mes seins», chantaient la leader du groupe alors que le quintette arborait des tenues «imitation peau».

Si les enjeux actuels mènent la société vers des débats féministes de plus en plus ardents, on assiste néanmoins ici au dévoilement d’un message beaucoup plus percutant, voire destiné à choquer, les revendications lancées avec fougue étant extrêmement directes.

Chârogne sur la scène du Divan Orange.

Chârogne.

C’est le genre de groupe qui met beaucoup l’accent sur la théâtralité qui permet de rendre le propos indélébile. Les textes, qui ne demandent qu’à ébranler, sont parfois simplistes, mais la livraison de ceux-ci devient rapidement le spectacle en soi.

Elles ont fait paraître un premier vidéoclip pour un premier single, Féministe frustrée, qui se passe d’explications.

Nüshu

La soirée se termine tout en bruit avec la formation montréalaise Nüshu. Dans une grosse piscine noise, deux voix féminines se sont évertuées l’une après l’autre, se répondant ou se superposant. À la tête du groupe Nathalie Gélinas et Jessica Pion réussissent bien à transmettre l’énergie décapante d’une rage qui semble les habiter.

Nüshu sur la scène du Divan Orange.

Nüshu.

Les textes lancés en cris sont difficiles à saisir et, comme elles montent sur scène vers les minuits, l’attention commence légèrement à flancher. Le sens des textes est aussi assez vagues, difficiles à relier à un contexte de revendication précis, comme sur Explosifs bien visés : « Je n'sais plus où regarder/Pendant que tu t'en vas/Te cacher dans ton 4 ½/Tu me dis que tu m'aimes/Pendant que j'écoute pas/Fais de moi ton plus beau repas. »

En somme, La souterraine a offert une soirée bruyante et diversifiée à Montréal. Chapeau à l’initiative féminine : très rafraîchissant !