La non-effervescence du hip-hop acadien

Ok, il y a Radio Radio, on le sait. Mais est-ce qu’à lui seul le groupe incarne l’ensemble du rap acadien ? Après maintes recherches, en cette semaine de fête nationale, je peux enfin le confirmer : la scène hip-hop acadienne est quasi inexistante.

« À part de Radio Radio y’en a pas grand ! » m’annonce sans détour Gabriel Malenfant, l’un des membres du trio qui porte des dekshoo. Chroniqueur pour BRBR, l’Acadien d’adoption Jean-Étienne Sheehy me le certifie : « À part Radio Radio, à ma connaissance, y’a pas d’autres artistes qui font du hip-hop en français. Y’a des francos qui font du rap anglo, mais c’est pas mal ça. »

Un journaliste à l'hebdomadaire L'Étoile au Nouveau-Brunswick, Marc-André Laplante, dresse le même constat. « Ouf… Il y en a vraiment pas beaucoup. Il y a Timo, mais il fait pas beaucoup de matériel, pis c’est un ancien de Radio Radio. »

Bon, c’est déjà ça, mais disons qu’on est loin d’entrer dans une phase « découverte ». Dans le même genre, les vrais connoisseurs se rappellent de Jacobus et Maleco, groupe embryonnaire de Radio Radio, qui a littéralement été le premier à se faire remarquer avec son rap chiac au milieu des années 2000.

Membre de ce duo démantelé (ainsi que de Radio Radio), Jacques Doucet me dirige vers une nouvelle avenue, pour le moins difficile à décrypter. « Ha JJB a scoudouc mais c’est en anglais. Je connais pas les jeunes ou le monde du nord », m’écrit-il par la voie d’un message Facebook.

Je me mets à googler et, après plusieurs longues minutes de gossage, je découvre avec stupéfaction ceci :

Natif de la région de Scoudouc, au sud-est du Nouveau-Brunswick, GBB semble être une vraie farce, un genre de petit lolleur qui veut faire rire ses amis en rappant des conneries et en copiant le style d’Eminem (son « album » s’appelle d’ailleurs The Daniel Melansson LP).

Mais, en continuant mes recherches, je me rends compte que le gars est un véritable phénomène dans les Maritimes, au même titre que D-Natural au Québec, genre. Je contacte un animateur de la radio communautaire de Moncton (CKUM) Marc Xavier Leblanc, qui m’apprend un tas de faits surprenants sur lui : « Il y a des gens qui ont voulu l’interviewer il y a quelques années, et ça n’a jamais fonctionné. Il n’a jamais voulu jouer en public non plus. Le gag, c’était qu’il ne pouvait pas se rendre aux gigs parce que y’avait pas de drive. Il paraît qu’il a tout arrêté parce qu’il voulait devenir pornstar. »

WOW ! Un gars qui va pas à ses shows parce qu’il n’a pas de permis de conduire et qui lâche le rap pour la porn, c’est gagnant en partant. Son approche musicale est également trépidante. « Il fait l’inverse de tout le monde, ajoute Marc Xavier. Au lieu de s’enregistrer rapper sur le beat, il freestyle sans métronome et il met ça sur la musique après. Ça sonne tout croche. »

EN EFFET :

Subjugué par GBB, je demande à Marc Xavier de me faire découvrir d’autres génies. L’un des plus connus semble être Franko Lamoya. Désormais inactif sur la scène, le rappeur a fait paraître un album en 2008 (Diverses-cités dans le sang), qui semble avoir connu une certaine popularité. Plus puriste dans son style, Lamoya attire des fans un peu plus street. Dans les commentaires Youtube du vidéo ci-dessous, l’utilisateur mioussez est on ne peut plus clair : « fuck radio radio , aka jacobus et maleco ses dla criss de shit. »

Pour les intéressés, l’album à la pochette AUDACIEUSE et NOVATRICE est disponible sur iTunes. https://itunes.apple.com/us/album/diverses-cites-dans-le-sang/id303799106

Pochette d'album "Diverses-cités dans le sang" de Franko LaMoya.

Semblerait que ce soit pas mal ça pour les rappeurs acadiens francophones (faites des suggestions, si vous en connaissez d’autres). Le reste, ce sont des gars qui ont choisi de faire leur shit en anglais. En voici quelques-uns :

The Cauldron Project, les rappeurs au style RAW et UNCUT. Un des gars s’est curieusement ramassé avec la même voix que Buck 65.

PSL, le rappeur qui veut pogner avec un style dance club 2006 et un swag rebutant mi-Baxter Dexter mi-Karma Atchykah.

PhilBOLD, un DJ qui a invité un gars qui rappe à propos des problèmes de la vie (avec un total de 32 écoutes en 6 mois).

Et, finalement, vu que je cherchais un rappeur cajun cool et que je n’en ai pas trouvé, voici l’emblème hip-hop de la Louisiane lui-même, le valeureux Mystikal.

Si, un jour, on réussit à prouver que Mysti a peut-être éventuellement des racines acadiennes ou cajuns, Radio Radio pourra peut-être commencer à avoir peur de se faire voler son unicité. D’ici là, rien à craindre.

Image du drapeau Acadien.