Klô Pelgag : repartir à zéro

Plus de deux ans après le début d’une tournée qui l’aura finalement amenée aux quatre coins du Québec et de la France, Klô Pelgag revient chez elle, à Montréal, pour repartir à zéro « en fucked upant toute » lors d’un ultime spectacle au Club Soda, où elle se fera raser la crinière.

Photo de couverture : Klô Pelgag. Crédit : Jean-Michael Serminaro.

Rarement a-t-on vu une artiste québécoise obtenir un succès exponentiel de la sorte. À peine remarquée à la sortie de son premier album L’alchimie des monstres en septembre 2013, Klô Pelgag a tranquillement fait son chemin sur les routes du Québec (et sur les palmarès des radios universitaires/communautaires) dans les mois qui ont suivi.

Le bouche à oreille a fait son effet, et la chanteuse gaspésienne d’adoption montréalaise s’est mise à remplir des salles de plus en plus grandes, autant ici que de l’autre côté de l’Atlantique. Quelques jours après avoir mis la main sur le convoité Félix de la révélation de l’année en octobre 2014, elle s’est produite dans un Club Soda plein à craquer,  puis est retournée dans les vieux pays pour des mini-tournées de plus en plus longues.

« Il s’est passé beaucoup de choses. Je suis un peu mêlée avec tout ça, confie la chanteuse, à quelques jours d’un autre spectacle au Club Soda, qui affiche déjà complet. Ma définition du succès en 2013, c’était de tourner le plus possible, et c’est cool parce que j’ai réussi mon objectif. J’ai vraiment aimé ça et j’ai beaucoup appris. Mais je ne referai jamais autant de shows pour le prochain album. »

La peur du vide

L’aventure a été particulièrement intense en 2015 puisque Klô a passé près de la moitié de son année en France, « dans une van avec les mêmes personnes », à raison de plusieurs longs séjours.

« On aurait pu tourner encore vraiment longtemps là-bas, mais j’ai pas eu le choix de mettre une limite de trois semaines par tournée, explique-t-elle. J’étais vraiment épuisée et je commençais à développer des angoisses par rapport aux spectacles, genre une peur du vide. Je me voyais arriver dans un show, vraiment fatiguée, et ne plus savoir comment chanter ma  chanson… C’est pas arrivé, heureusement. »

« On m’a aussi beaucoup fait peur avec le burn-out, ajoute-t-elle. À force de m’en faire parler, je croyais que j’étais pas normale de pas en faire un. »

La chanteuse, allongée sur le sol, souriant. A coté d'elle se trouve un masque de zèbre.

« Moi, je fais mes trucs, mes shows, et je ne mesure pas mon succès. De toute façon, je suis pas en mesure de le faire et je pense que c’est bien comme ça. »

Au-delà de ce surmenage - et de plusieurs aventures « dégueulasses » de tournée, comme Charles (le batteur) qui a « mis le mauvais gaz dans van et qui l’a toute siphonné avec sa moustache » –, Klô Pelgag a enchaîné les bons coups en France.

Ce que beaucoup d’artistes de la province mettent une carrière à faire, elle, elle l’a fait en quelques mois. En avril dernier, la chanteuse de 25 ans a franchi une étape importante en se produisant au prestigieux Trianon de Paris.

Modeste, elle refuse de parler d’un quelconque succès : « Moi, je fais mes trucs, mes shows, et je ne mesure pas mon succès. De toute façon, je suis pas en mesure de le faire et je pense que c’est bien comme ça. J’me pose le moins de questions possibles. Je laisse faire les questions inutiles, genre ‘’est-ce que le monde m’aime?’’ J’aime pas les affaires connes que l’industrie impose. »

«Je m’en câlisse de pas être belle ! »

C’est en partie pour critiquer cette « industrie » que l’auteure-compositrice-interprète se fera raser la tête sur la scène du Club Soda, le 12 décembre prochain. « Je veux repartir à neuf en fucked upant toute et en foutant la marde dans toute c’que j’ai fait avant », dit-elle, rappelant au passage que, pour chaque billet vendu, 1$ sera remis à l’organisation Leucan.

« Y’en a beaucoup qui ont une image d’une femme avec des cheveux, mais moi, j’suis vraiment tannée de cette obligation-là… Je m’en câlisse de pas être belle ! C’est quelque chose que je trouve vraiment lourd, surtout dans le milieu de la musique. Je veux pas être associée à des chanteuses qui doivent être habillées en robe et tripper sur elles-mêmes. »

La chanteuse Klô Pelgag, cheveux longs, deux paires de ciseaux sont disposés de chaque coté de son visage, en l'air, et s’apprêtent à lui couper une mèche de cheveux.

Klô Pelgag se fera raser les cheveux pour Leucan.

Son côté anticonformiste a d’ailleurs soulevé beaucoup de réactions (en partie défavorables) lors du Gala de l’ADISQ 2014. Sur scène pour recevoir son Félix de la révélation de l’année, elle avait alors offert un discours à la fois décousu et génial, dans lequel elle remerciait notamment l’illusionniste Messmer.

« Ça m’a surpris de voir les gens dire que c’était awkward. Je suis capable d’aller pas mal plus loin dans ma tête. Dans mes shows, c’est pas mal plus intense que ça… indique-t-elle. Ces temps-ci, avec tout ce qui se passe dans le monde, je le constate encore plus qu’il y a beaucoup de gens effarouchés et vraiment pas ouverts. Dans mon entourage, y’a pas vraiment de gens comme ça. On fait des blagues d’ultra-violence de temps en temps, mais c’est tout… Moi, je veux que le monde ait du fun à mes shows, donc ces gens-là qui comprennent pas mon univers et mes blagues, je les veux pas. »

« De toute façon, je pense pas que ma musique puisse intéresser un très grand nombre de personnes, renchérit-elle. Les gens ont besoin de hocher de la tête et de claquer des mains pendant une toune, mais sur les miennes, ils essaient, et ça dure pas très longtemps, vu que je m’amuse à les surprendre. J’aime pas ça quand c’est tout le temps la même chose. J’m’ennuie facilement. »

Voilà pourquoi le deuxième album, prévu pour septembre 2016, sera passablement différent du premier. En période d’écriture depuis plusieurs mois, à temps perdu entre deux tournées, Klô Pelgag prendra du temps pour elle en voyage, dès janvier, afin de s’inspirer et « vivre autre chose » que la tournée.

« C’est sûr que ça va faire changement, mais je sais que je vais finir par douter pis angoisser, admet-elle. Je vais probablement remettre en question ma carrière dix fois et finir par aller checker des programmes universitaires pour faire du savon. Ça m’arrive souvent de regarder ce que je pourrais faire d’autre, mais en même temps, j’ai pas envie d’aller faire des chandelles toute ma vie… Faut juste que je me diversifie. »