Francofolies 2014 : Philippe B et Safia Nolin

Philippe B.

J’ai souvent comparé les concerts de Philippe B à une messe. Pas celle du dimanche où tout le monde dort, mais plutôt la messe de Noël où la magie plane, le silence cassant et où tous les yeux sont rivés sur ce qui se passe en avant.

Il y avait quelque chose de mythique dans cette première représentation officielle du nouveau spectacle Ornithologie, la nuit. Sur scène avec cinq musiciens, Philippe nous invitait dans sa nuit, intrigante et douce, qu’il propose sur son plus récent album.

« Vous me laissez une seconde pour replacer mon pantalon, a-t-il lancé en s’assoyant sur son tabouret. Mon but n’était pas de vous titiller avec mon mollet. Au moins je pense que j’ai des bas de la bonne couleur. » Avec un humour juste et intelligent, il a tissé des liens entre les pièces d’Ornithologie, la nuit et quelques autres morceaux sagement sélectionnés.

Les pièces nous ont été interprétées comme si nous avions partagé avec Philippe, chacun individuellement, une nuit de composition à la chandelle. Le mouvement des doigts sur les cordes, le bruit du souffle qui revient propulser le prochain couplet, le pic de guitare qui tombe. C’était beaucoup plus que la mouche qu’on aurait entendu voler. C’était une bulle hermétique dans laquelle Philippe B nous amenait tour à tour ailleurs.

Interprétant un succès des Variations Fantômes, Nocturne #632, il a expliqué à son public, son processus de création. « Quand je compose, je m’inspire des bases et des formes de la musique classique, a informé le musicien. Pour cette chanson, je me suis demandé ça faisait combien de chansons que je composais la nuit. Je suis arrivé à 632. Ce n’est pas un calcul scientifique. »

La chanson Les prisonniers du Lac Dufault faisait également partie de la sélection. « C’est la seule vraie toune de Noël, malgré toutes mes allusions à l’hiver et à l’univers judéo-chrétien un peu partout dans mes chansons, a confié l’artiste. Si ça commence à aller mal dans ma carrière, je saurai quoi faire. Un petit album de Noël n’a jamais fait mal à personne. » Les chœurs, exécutés par l’ensemble des cinq musiciens, ont ajouté une nouvelle dimension à cette pièce mille fois entendue.

Philippe B a raconté que lorsqu’il compose, il ne peut prévoir ce que les autres artistes feront au même moment et que cela peut occasionner des moments cocasses. « Louis-Philippe Gingras, le seul gars qui vient à peu près de la même place que moi et qui fait à peu près le même genre de musique que moi, a sorti son album pendant que je finissais le mien. Sa chanson Fortune Cookie, vous connaissez? », a-t-il rigolé alors qu’il entamait Biscuit chinois. Semble-t-il que Louis-Philippe Gingras, qui jouait à l’extérieur aux Francos au même moment, a interprété Fortune Cookie à peu près en même temps que Philippe B entamait Biscuit chinois. C’était arrangé.

En plaisantant sur le côté déprimant de ses chansons, Philippe B a confié à son public qu’il essayait « ben ben fort » de faire des chansons hop la vie. « Calorifère, pour moi, c’est une chanson joyeuse. L’été, est une chance triste, a exprimé l’auteur. Des fois il faut aller un peu plus loin, cher public. »

Un trio de cuivre composé de Renaud Gratton, sosie de Seth Rogen, Jérôme Dupuis-Cloutier et Guillaume Bourque soutenait Philippe dans la magie alors qu’Amélie Mandeville (basse et guitare) et Audrey-Michèle Simard (omnichord et percussions) ajoutaient leurs voix angéliques au combo.

Safia Nolin

Elle projetait peut-être bien l’image d’une grande timide impressionnée par son public. Elle avait peut-être du mal à finir une phrase sans se regarder les orteils. Elle aurait peut-être aimé ça entrer dans le plancher à chaque fois que la foule l’applaudissait à tout rompre. Bien sûr qu’elle doit retravailler sa présence scénique, mais, hormis cela, tout est déjà là.

Ses chansons nous transpercent de bord en bord avec des mots saillants, des mots tristes et dramatiquement vrais. En plus des deux chansons déjà enregistrées, elle a su démontrer qu’elle était prête pour l’album complet, entre autres en jouant une chanson « composée la semaine passée », et qui, comme toutes les autres, sciait nos jambes. Safia Nolin est une artiste complète, à la sensibilité tranchante. On en veut plus.