Francis Faubert: Les Chroniques du poêle à bois

« X » sur une carte d'électeur.
« Fuck, c’est demain qu’y faut aller voter! » me dit ma blonde. Demain, c’est jour d’élections. Le plus grand défi d’une élection est probablement d’intéresser les citoyens qui deviennent tranquillement, mais sûrement, cyniques et désabusés. Pogné au milieu de toutes les réflexions qui viennent avec, j’ai flashé sur la place du français. Quand je parle de français, je veux pas juste dire le français international et stérile qui veut s’affirmer avec un bâton dans l’cul. Je parle ici de culture. Le français savoureux, audacieux qui emprunte ce qui fait son bonheur quand ça lui plaît. Un français rebelle, certes, mais vivant. Le français que j’aime.

Pis là, je repense à la désillusion collective. Le dangereux « j’men câlisse, ça changera jamais». Ça me fait un peu freaker comment on devient mou, intimidé, soumis et paresseux. La semaine dernière, je suis allé voir un show-concours dans une école secondaire. Je les trouve beaux, les jeunes. Une beauté fragile devant un potentiel absolu. J’étais content d’assister à leurs premiers pas sur les planches, sous les projecteurs et les applaudissements qui créeront certainement une intense dépendance. L’organisation, formée de professeurs dévoués, a toute mon admiration. Ce qu’ils font est essentiel pour eux, pour les jeunes et pour nous tous.

Pour « l’épreuve » du chant, la règle d’or est de le faire en français. Jusque-là, j’adhère. Là où tout a griché dans mon cœur et dans ma tête, c’est lors de la délibération du jury et la performance du groupe invité. Faut se mettre dans la tête des jeunes : le band qui vient finir la veillée, ce sont eux, les pros. Les apprentis aspirent à devenir eux. Chanter des tounes dans une école secondaire, ça reste encore de l’éducation. Et l’éducation, c’est aussi la promotion de notre identité. Notre groupe adulé n’a chanté aucune chanson en français alors qu’on oblige les jeunes à le faire. C’est comme si on leur disait : « Ça sonne mieux pis c’est ben plus big en anglais.» C’est mon impression. Pourquoi on leur montre pas à quel point la chanson francophone torche. C’est pourtant pas le choix qui manque.

Parlant de choix, demain faudra en faire un. Ce que je souhaite à m’en tordre les trippes, pour ceux qui sont appelés à voter, c’est que vous le fassiez avec votre cœur et vos valeurs, non pas par peur. Parce que, malgré nos p’tits complexes, je sais qu’on est sensible et intelligent. On a pas besoin de toujours ravaler.