Francis Faubert: Les chroniques du poêle à bois

J’me sens pas assez coupable pour fêter la St-Valentin. Tant qu’à moi, la flèche de cupidon, c’est pas pour donner des coups de foudre, mais des maux de ventre et des maux de tête. Trouver le plus beau « bébé dull », le bon resto, le parfait cadeau originalo-romantico-c’est-tellement-toi, comme tout bon mal de ventre, ça fait chier.

St-Valentin ou pas, ce soir-là, on s’est fait une bonne bouffe en se sifflant deux bouteilles de rouge, la belle et moi, avec le poêle à bois comme chaperon. Ça sentait bon, y faisait chaud, on était ben. Nos habituelles pelures : hoodie, veste, foulard, bas de laine commençaient à se sentir de trop. On s’en est libéré, tranquillement, couche par couche. C’tait ben parti pour swinger su’à mezzanine.

Dehors y faisait doux. Pour un poêle à bois et sa cheminée, ce genre de redoux est à craindre. La suie accumulée devient gommante et inflammable comme du gaz. Nous l’avons appris ce soir-là. Un vacarme dans l’tuyau de poêle blanchi par l’intense chaleur a pris notre attention en otage. La cheminée était devenue une fontaine de tisons, un feu d’artifice laissant couler ses étoiles brûlantes le long du toit de tôle. Derrière la brume éthylique de mes yeux, j’capotais en criss. J’appelle mon père en tentant de rester calme, mais dès que j’ai dit : « Y a de la boucane partout ci-dedans pis l’feu sort de la cheminée », y a eu un p’tit shake dans sa voix: « Là, gars, t’appelles les pompiers, pis tu sors de là, tu-suite, ok? »

Ma blonde, elle, quand elle est nerveuse, elle rit. Gros fou rire incontrôlable :

-       Hahahah! On est-tu en train de passer au feu!!?

-       Ça se pourrait, pis là, ben, faudrait qu’on sorte.

Le sentiment de sortir de chez vous sachant que tu rentreras peut-être pas est assez horrible. Un mélange d’impuissance et de lâcheté comme si on abandonne le navire avec tout son équipage.

Trois minutes plus tard, le pompier volontaire de La Pêche était dans ma cuisine en train d’essayer de « caller » ses collègues sur le CB : « Bon, code bleu… eeuh… jaune, en tout cas, c’t’un feu de cheminée…  y’a pas de rush, mais venez-vous-en. » Cinq minutes plus tard, trois trucks de pompiers et quatre ou cinq chars de voisins curieux débarquaient devant le chalet, su l’qui vive en fumant une tope. Après discussions, inspections, test de chaleur, pas de dégât, pas de menace d’incendie imminente. Une p’tite frousse, un peu de suie, une cheminée un peu maganée et un dégrisage instantané.

Tu vois, babe, cette année, j’me suis surpassé. Huit pompiers pour ta St-Valentin, peux pas dire que j’me force pas.

À voir: Session BRBR avec Francis Faubert!