ECMW 2016 – Jour 1

Depuis 2012, je participe à la Semaine de la musique de la côte Est (NDLR: aux fins de concision, son abréviation anglophone, ECMW, sera utilisée à l'intérieur de ce billet.). Après une expérience décevante l'an dernier, j'ai troqué le traditionnel billet récapitulatif pour une remise en question de l'événement, en offrant un constat, plutôt qu'une traditionnelle tape dans le dos; « Aujourd'hui, il est grand temps de recommencer à parler au monde avant de parler entre nous. » Un an plus tard, l'incontournable rencontre s'ouvre à Sydney, en Nouvelle-Écosse, mais où en sommes-nous ?

Photo de couverture : Joey Robin Haché – Crédit : Annie-France Noël.

Le constat anglophone

Force est d'admettre, qu'on ne parle pas ben ben au monde, mais qu'on se trouve toujours aussi hot entre nous. Il est toutefois possible que la réponse aux problèmes de l'industrie de la musique locale se trouve à l'extérieur des conférences et vitrines.

Au niveau anglophone, de nombreuses histoires à succès méritent d'être soulignées, dont l'émergence de Nap Eyes, Partner et Little You Little Me, au niveau national. Ces groupes ne font toutefois pas partie du cercle un peu trop hermétique de la ECMW. Dommage de constater ce manque de communication entre les artistes en marge et les différents intervenants de l'industrie. 

Certes, les dernières parutions de ces artistes ne seront qu’admissibles l'an prochain, mais il ne faut pas passer sous silence leur absence du circuit de vitrines et des autres prix. Cela témoigne de la grande division qui existe entre l'EMCW et la scène émergente.

Nap Eyes – Photo: Colin Medley

Nap Eyes, absent de l'ECMW 2016 - Crédit : Colin Medley.

À qui la responsabilité de réconcilier ceux qui osent crinquer le volume pour repousser les vagues de l'Atlantique avec ceux qui opèrent dans l'industrie avec un i majuscule ? Est-ce que cette inclusion passe par le retour du prix récompensant l'album alternatif de l'année, ou par un trophée où le seul critère d'admissibilité repose sur l'appréciation d'un jury, comme c'est le cas avec le Polaris ?

La solution ne passe peut être pas par le rock; il faut se tourner vers City Natives, collectif hip-hop originaire de communautés des premières nations du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse pour trouver une dose d'exubérance et de témérité à l'intérieur de la ECMW.

Le constat francophone

Au niveau francophone, on retiendra la présence de Joey Robin Haché, dont le Repaver l'âme sert de trame sonore à la quête identitaire des jeunes adultes du coin. À l'extérieur de cette proposition, un renouveau se fait attendre dans la représentation d'expression française au ECMW. Devrait-on récompenser l'artiste avant l'enregistrement ? Après tout, certains des meilleurs coups de la chanson acadienne n'ont pas nécessairement été immortalisés sur un boutte de plastique.

En marge de l'EMCW, l'émergence du collectif Tide School sous la supervision d'Arthur Comeau ouvre un nouveau chapitre pour la scène francophone régionale, en incorporant l'éthique D.I.Y. à une ouverture sur le monde, à partir de la Baie Sainte-Marie.

En passant, Prospare de Comeau est un des disques les plus intéressants à sortir de la côte Est depuis un bail, toutes langues confondues. Comment expliquer son absence ?

Photo de l'artiste Arthur Comeau. Sa tête, dehors devant un ciel bleu ensoleillé.

Arthur Comeau, grand absent de l'ECMW 2016 – Photo : Courtoisie

Par ailleurs, les succès récents des Hôtesses d'Hilaire offrent un superbe rappel que la persévérance récompense ceux qui osent jouer à l'extérieur des plates-bandes prédéfinies, sans avoir à renier l'importance d'aller là où il y a un public. Mon coeur tend déjà vers leur troisième disque comme lauréat l'an prochain.

Parle parle, jase jase

Je n'ai pas encore mis les pieds à Sydney, que je réitère mon point final à la dernière édition de l'ECMW : jasons aux autres avant de jaser entre nous.

Cela ne veut pas dire d'avoir à se dénaturer. Jasons de nous, pis des nos réalités dans les Maritimes. La musique sert à cela.

De grâce, évitons simplement de se mettre des œillères, une année de plus. Il y a tout un monde à l'extérieur des vitrines et des conférences. Surtout, le fardeau ne repose pas sur l'amateur de musique dont la seule tâche consiste à tendre l'oreille, et non à sauver l'industrie.

Pour la ECMW et ses participants, cela signifie d'avoir à s'adapter à une nouvelle réalité.

Pour ma part, cela signifie qu'une autre écoute des disques finalistes dans la catégorie francophone s'impose, de bonne foi.