Colonel : un «salaud» de Beaubien qui fait du «rap sauvage»

Épaulé par des figures reconnues du hip-hop local comme Tommy Kruise, Vincent Pryce et Pic Paquette des Anticipateurs, le rappeur Colonel y va d’une salve grossière et percutante sur Blanche-Neige et les Sept Negros, sa cinquième mixtape partiellement écrite lors d’un séjour en prison l’an dernier. Entretien avec le futur phénomène.

Le rappeur Colonel debout qui a les deux majeurs levés.

Colonel

S’il y a bien une chose que Colonel ne sera jamais, c’est le rappeur qui cherche le compromis commercial.

Au contraire, le rappeur de Beaubien offre un hip-hop très cru pour oreilles averties seulement.

« Moi, je vise tout le monde avec ma musique, mais à date, c’est principalement ceux qui écoutent des rappeurs comme Gucci Mane qui m’aiment », observe-t-il.

Partiellement produite par Vincent Pryce, l’une des révélations hip-hop instrumentales des dernières années, Blanche-Neige et les Sept Negros offre un panorama de l’univers de Colonel, là où le côté sale de la rue côtoie les crimes abjects.

« Je veux montrer les choses qui se cachent à l’intérieur du street. Même si on n’aime pas c’que j’dis, c’est ça la réalité quand même », explique-t-il, par rapport à sa démarche créative.

« Juste le nom de la mixtape… Y’en a plein qui m’ont dit que c’était trop vulgaire, mais c’est justement ça, le but. On vit pas dans un monde innocent, gentil. On vit dans un monde sale. Quand je dis ''laisse-moi pas avec ta blonde sinon j’vais lui faire un fils'', c’est vrai. Je suis là pour raconter tout ça, mais dans un esprit de divertissement. »

C’est précisément ce paradoxe qu’entretient Colonel : un hip-hop violent et salace, mais présenté d’une façon tellement crue qu’il en devient souvent absurde et relativement « divertissant ».

La fine ligne du bon goût est outrepassée, mais d’une façon assumée, aussi spontanée que réfléchie.

Il s’inscrit ainsi dans la lignée de certains autres « personnages » du hip-hop québécois, comme le Roi Heenok et Les Anticipateurs.

« En tant qu’artiste, y’a une partie de mystère qu’on ne veut pas dévoiler », admet-il, sans trop détailler. « Si je donne trop d’info sur moi, les gens me regarderont pu comme avant. »

Une année en prison

Personnage ou pas, Colonel a passé un long séjour en prison au courant de l’année 2014, après avoir été reconnu coupable d’actes « de violence ».

Paru à la fin 2013, son vidéoclip « Mon crack » a ralenti son processus de réinsertion sociale, selon ses propres dires.

« Dans la chanson, je parle de Pauline Marois et Stephen Harper, et ça m’a vraiment pas aidé… Ils m’ont traité de marginal. Sans ça, j’aurais pas fait tout ce temps-là, et on aurait accepté ma libération sous caution. »

[youtube https://youtu.be/JBWtajotoHA]

Malgré tout, cette période derrière les barreaux a été bénéfique pour le rappeur de 26 ans, qui écoutait assidûment l’émission hip-hop Nuit blanche avec Dice B à Radio Centre-Ville.

« J’étais jaloux de tous les rappeurs », se rappelle-t-il, avec une pointe d’amertume dans la voix. « Quand tu vois que tout le mouvement commence à fonctionner, ça fait vraiment chier d’être pris en dedans. J’écrivais avec une colère, comme si j’étais dans un film. »

« J’ai changé »

De cette période sombre, mais quelque peu rédemptrice, a résulté trois mixtapes, parues au compte-gouttes depuis le début 2015, ainsi qu’une volonté plus incisive de prendre le rap avec sérieux.

« Quand je suis sorti de prison, j’ai vu tout le love qu’on avait pour moi, se souvient-il. Avant, je faisais du rap parce que les gens me le demandaient, mais maintenant, je suis embarqué sur ça à 100%. »

Le rappeur Colonel avec une casquette deWinnie l'Ourson qui a un bâtonnet dans la bouche et fait un signe devil avec sa main.

Colonel

Initié au rap très jeune par les grands frères de ses amis, Colonel a commencé à rapper dans le coin de la Petite Italie, là où il a grandi, avec son groupe Yung Gz.

Après une première et unique mixtape en 2010, le groupe a pris une pause, et Colonel a décidé de continuer en solo avec son comparse DJ Dent Pourri, qui a parlé de lui au producteur étoile Tommy Kruise. C’est d’ailleurs ce dernier qui aura initié Vincent Pryce à l’univers Colonel.

Fort de toutes ces rencontres, le représentant de Beaubien désire maintenant prendre plus son temps pour enregistrer sa prochaine mixtape et le projet de son collectif Vagabon Positif.

« Pour mes premiers projets, j’écrivais mes chansons en cinq minutes, mais là, je veux plus m’appliquer, assure-t-il. Je travaille sur quelque chose d’encore plus sauvage. Ça va être la première fois qu’on va entendre quelque chose comme ça en français. C’est pu du tout le même Colo… J’ai changé. »

[vimeo https://vimeo.com/124999729]

(Vidéoclip de fan non-officiel)