Canailles : la tournée du bon et du pire

De fin juin à début août, les viveurs de Canailles s’adonnaient à leur plus longue tournée en carrière, un arpentage de 15,000 km de l’Union européenne, 30 dates en 40 jours. Pour l’équivalent, estiment-ils, de 6 jours straight passés assis dans la van. Pour du bon, du pire, une glacière qui n’a servi à rien sinon qu’à puer le camembert, et une plaque commémorative, itou.

Crédit photo de couverture : Anthony Oblin

Du retour et du repos

C’était une journée de mi-août qu’il faisait beau pas pire mais que c’était assez nuageux pour pas bâdrer de s’asseoir en dedans du Vices & Versa quand même (surtout que la terrasse était pleine, anyway). Daphné [Brissette, voix] arrive la première, on jase non pas de comment la maison lui a manqué mais plutôt de comment c’était d’atterrir à Toronto pour deux concerts de plus après tout ce voyageage-là.

« Ben, ça a presque payé la tournée, disons. Moi je suis revenue depuis quelques jours, mais Erik [Evans, mandoline et voix], lui, arrivait aujourd’hui : sa blonde est venue nous rejoindre à Toronto, pis ensuite ils allaient à Canada’s Wonderland ensemble. »

Pis, ‘ffectivement, Erik arrive tout juste après.

« Je débarque direct de l’auto, j’ai même pas pris le temps d’aller chez nous. »

Une attitude de scout qui résonne bien chez tout le groupe, probablement le plus assidu routier/voyageur du Québec, malgré ses 8 membres et son essentiel chauffeur/gars de son Martin.

« En Europe, dans la van, il y avait juste une place où c’était possible de dormir, pis encore là. Fait que tu deviens inventif à la longue, tu te sers de ton appuie-tête comme soutien lombaire, comme table pour jouer aux cartes, tu te crées des jeux comme pitcher un fruit dans chaque cours d’eau que tu croises… C’est bon pour les animaux. »

Du bon et du pire

Cette tournée du « bon et du pire » s’est déroulée dans une France caniculaire de Français en vacances (« Les villes deviennent fantômes, les routes et les postes à péage sont pleins parce que les gens vont à la mer, dans le sud ou dans des festivals qui sont excentrés »), avec des passages en Allemagne, en Suisse et, surtout, apogée dorée du parcours, au festival Woodstock en Pologne, où ils ont joué devant 10,000 personnes (voyez une vidéo ici), entre un band de metal pis un autre DJ douche.

« C’était vraiment malade, pis en plus, les profits du festival servent à acheter des cadeaux de Noël aux enfants pauvres de la Pologne. On avait demandé à Bernard [Adamus, Polonais de service] de nous apprendre des mots, fait qu’à c’t’heure on sait dire "décalisse" en polonais. »

Une scène du Woodstock Festival Poland, avec la foule devant. Canailles est sur la scène mais on ne les distingue pas facilement.

Canailles au Woodstock Festival Poland.

Le trajet s’est amorcé avec deux dates au Festival les Sarabandes de Bignac, puis, pimpage ensuite, aux Rencontres et Racines d’Audincourt, où, avant même qu’ils ne prennent la scène, un jury constitué de banquiers et al. leur a remis un chèque de 1000€.

- Si vous aviez pas encore joué, ils se basaient sur quoi pour vous remettre le prix?

- On sait ben pas, mais apparemment que c’était la première fois que c’était remis à quelqu’un de l’extérieur.

À Strasbourg, ils ont été gavés du «BEST FUCKING BOEUF BOURGUIGNON DE LA GALAXIE», et ont joué au Molodoï, aussi, puis passage en Suisse avant de se ramasser au Festival du Thé vert de Nogent-le-Rotrou, « où il fallait vraiment que tu cherches pour trouver le stand à thé pis tout le monde était ben paqueté », i.e. ça a levé.

« En fait, à part 4 ou 5 shows, presque toutes les dates ont été vraiment cool, le monde embarquait – j’ai l’impression que les Français trippent plus à consommer de la culture que les Québécois, même dans les petits villages ».

Appendice A : leur passage au Festival de musique en Omois, à Fossoy, qui a fait l’objet d’un reportage sur France3 – même si la journaliste n’en avait que pour leur accent. Mais chacun le sien, qu’ils ont pris l’habitude de répondre, à la longue.

« Cette langue-là a voyagé, depuis une couple de 100 ans. »

Des forts moments

En plus de Strasbourg et la Pologne, ils se rappelleront de Samba Al Païs à Montricoux, où le staff tentait de tout son possible de les protéger d’une toile trop petite pour la superficie de la scène extérieure, alors qu’il y avait l’orage – torrent qui a crinqué la foule, pour une synergie croisée.

De la pyramide humaine aux Terres du son de Tours, aussi, divertissement improvisé alors qu’ils écopaient d’une troisième panne de courant depuis le début du concert, pour finalement clore avec une version unplugged de Parle-moi, ce qui leur a valu une première page.

De l’insolite en masse aussi

Avant leur arrivée à Anse, pour le Festival en Beaujolais, l’organisateur insistait pour qu’ils aillent prendre une douche, suggestion réaffirmée/renforcée lorsqu’ils ont dit qu’ils iraient après le test de son par crainte de manque de temps (« Pourtant on n'a pas l’impression d’avoir une réputation qui nous précède »).

Puis, le repas, bien que fort mangeable, était servi dans des genres de cabarets d’avion, et sans vin, rapport que « Ah non, ici [dans cette région au nom de vin, s’étonnaient-ils], on boit seulement après le concert ». Et après ledit concert, il a coulé à flot, le vin, mais seulement après que le maire leur ait remis une plaque commémorant leur passage.

À Notre-Dame-De-Monts, il y a aussi eu un monsieur de Québec-la-ville qui vantait à Daphné et Annie [Carpentier, voix et planche à laver (R.I.P. – la planche à laver, pas Annie)] sa boucle d’oreille à 10,000$ en leur payant des bouteilles de champagne à 100€, laissant triomphalement du pourboire au serveur (« T’es pas habitué de te faire donner du tip, toi, han! »), ce qui a poussé les filles à lancer un amusé appel à l’aide sur Facebook :

« Erik viens nous sauver du pire au bar svp!!! Major douche alert! STP […] À l'hôtel derrière le casino après les ascenseurs! J’ai pas ton numéro français! ».

Et du rushant

Comme le manque de sommeil et d’intimité, comme à dormir à 9 dans un grenier à une seule fenêtre un soir de canicule.

Mais, après autant de millage, « on n’est plus impressionnés par un conflit ou une condition de marde ».

Surtout qu’en général l’accueil français pour les musiciens en tournée est généreux, pantagruélique, inespéré.

Cinq membres masculins du groupe Canailles en préparation pour un spectacle extérieur, sur la scène. Deux membres du groupe montrent leur bédaine.

Canailles à Pont-de-Barret, France.

De la suite comme un sport pour la vie

Le parcours a permis au groupe de casser deux nouvelles pièces, sans les brûler au Québec.

Et, contrairement au cas de l'album Ronds-points, ils veulent prendre le temps de donner vie sur scène aux nouveaux morceaux avant de les canner.

La suite, donc, serait peut-être attendue à l’automne 2016. D’ici là, Canailles rebattent les routes québécoises tout l’automne, comme un sport pour la vie, en continuant de pitcher un fruit dans chaque cours d’eau rencontré.