Antoine Corriveau : vivre, aimer et avoir peur en même temps

« Mais dites-moi ces cimetières que vous fuyez, racontez-moi toutes ces bombes qui ont sauté », demande Antoine Corriveau dans son Rendez-vous, chanson qui nous accueille au cœur d’une suite de questionnements existentiels sombres : Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s'arrêter. C’est néanmoins un être chaleureux qui se cache derrière les tourments. Rencontre avec un artiste qui sait se renouveler.

Photo de couverture : Antoine Corriveau. Crédit : LePetitRusse.

« Si j’avais refait le même disque qu’avant, je n’aurais pas eu de fun », affirme d’entrée de jeu Antoine Corriveau pour qui le succès critique avait été indéniable lorsque Les ombres longues (2014), son précédent disque, avait été dévoilé.

La dream team

« Changer en gardant la même équipe », est la devise de l’auteur-compositeur-interprète qui a une fois de plus confié la réalisation de son album à Nicolas Grou.

« Je suis du genre assez fidèle, mais je peux me renouveler en variant les rôles que je donne aux gens, précise-t-il. Ici, j’ai confié les arrangements de cordes à Marianne (Houle) et les cuivres à Rose (Normandin). Elles ont travaillé chacune de leur côté et on a raffiné le tout ensemble après. »

La richesse des arrangements est cruciale dans son minutieux travail : « Pour tourner avec ce matériel pendant deux ans, il faut que ça me challenge », admet-il.

Si les manifestions étudiantes de 2012 avaient été un moteur de création pour l’album précédent, cette fois, des lectures sur le dark tourism sont à l’origine du fil conducteur qui lie toutes les chansons de Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s'arrêter. Tchernobyl et Auschwitz sont au nombre des destinations prisées par les gens qui pratiquent ce genre de tourisme pour le moins macabre.

« J’utilise l’imagerie sociale large de ce concept pour ramener ça à un point de vue personnel et parler de ce que je vis, rapporte l’auteur-compositeur. Ce que je lisais là-dessus, c’est l’intensité du côté voyeur et j’ai eu envie de transposer ça à des thèmes du quotidien. Par exemple, dans une relation amoureuse, jusqu’où tu vas pour quelque chose que t’aimes, mais qui te fait peur en même temps. »

Antoine Corriveau assis à la table d'un café, tenant ses lunettes de soleil dans ses mains. La photo est prise d'un angle légèrement sous son menton.

Antoine Corriveau - Photo : Élise Jetté.

Sans faire dans la chanson engagée classique, Corriveau souhaite explorer des horizons nouveaux en n'énonçant pas les images de manière trop précise. « C’est beaucoup plus une espèce de conscience du monde dans lequel je vis. Je ne veux pas me mettre à faire des chansons engagées trop flagrantes. Je ne suis pas les Cowboys Fringants », plaisante-t-il.

Sombre, mais pas tant que ça

« Tu peux pas aller bien pis écrire ces chansons-là », dis-je à Antoine. « Tu serais surprise ! », rétorque-t-il, dans un rire.

« J’ai traversé des moments plus dark qui sont peut-être derrière certaines lignes, avoue-t-il. Pour moi c’est du story telling. Il y a un mood et une ambiance qui me plaisent et j’ai une volonté de conter des affaires telles qu'elles sont. Je ne veux pas embellir le propos. J’ai essayé de rendre plus cute des phrases que je n’étais pas capable de fronter, mais finalement ça sonnait faux. Des fois t’as pas le choix d’y aller avec ce que tu ressens. »

Antoine Corriveau assis à la table du même café que sur la précédente photo. Cette photo est prise sous un angle différent, on le voit tourner la tête légèrement vers la droite.

Antoine Corriveau - Photo : Élise Jetté.

C’est lors d’une première écoute officielle de l’album avec les musiciens qu’Antoine Corriveau a perçu que l’album avait une profondeur et des niveaux de sens qui le rendaient relativement difficile à « digérer ». Le propos étant collé sur les sentiments du locuteur, il devient peut-être complexe de tout décoder. « Évidemment, pour moi, tout est limpide, mais je fais souvent l’exercice de m’expliquer à moi-même ce que je veux dire », raconte-t-il en souriant. « À voix haute ? Les voisins vont trouver ça bizarre! » « Non, dans ma tête! » (rires).

Le parfait casse-tête

Le nouvel album jouit d’une vaste étendue d’arrangements qui soutiennent admirablement bien le propos. « C’est chargé pis en même temps c’est super simple, lance Corriveau. C’est la cohabitation de l’ensemble qui donne des allures complexes. C’est pas comme un chanteur folk qui joue de la guit, avec des gens qui l’accompagnent, c’est un casse-tête ou tout s’emboîte », ajoute Antoine.

Chose certaine, l’album est bon, sinon il n’aurait jamais vu le jour. « Pour vrai, à chaque disque, pour décider de le sortir, il faut que je tripe, confirme Antoine. Quand tu fais un disque, des fois t’as l’impression que c’est de la marde et d’autres fois, tu penses que c’est la meilleure affaire qui a jamais été faite dans le monde. J’ai besoin de ressentir ça. J’écoute parfois mes mix dans mes écouteurs et je me dis : c’est donc ben hot ! » (rires).

Antoine ressent le besoin de vivre cette émotion si particulière du travail accompli à la quasi-perfection. « Et tant mieux si les gens aiment, et sinon, qu’ils mangent de la marde », termine-t-il en rigolant.

Antoine Corriveau sera en spectacle les 27 et 28 octobre à Québec et Sherbrooke.

Son album est disponible ici