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Webkit Franco 2: le contenu

Alors que le gouvernement a achevé, fin novembre, ses consultations sur le virage numérique, plusieurs organismes francophones souhaitent en profiter pour concrétiser ce virage en opportunités pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Crédit photo: Archives

[CHRONIQUE]
Un des effets les plus importants de la vie en minorité, c’est un isolement culturel profond. Les produits culturels en français sont difficiles d’accès, et moins on est exposé à la culture, moins on y sent un attachement. L’Internet permet de rapetisser la distance entre moi et ma propre culture, et de m’épanouir en choisissant la culture que je consomme.

CÉLESTE GODIN
Chroniqueuse invitée
@haligeenne

Écouter

Il y’a rien qui nous définit tout à fait comme la musique qu’on écoute. S’afficher comme fan de country donne une image complètement différente que de s’afficher comme fan de funk. La musique française est souvent perçue comme un style en soit, ce qui n’est absolument pas le cas. En fait «La musique en français n’est pas un style de musique» est un excellent point de départ pour commencer à connaître des nouveaux artistes.

Où les écouter? Je vais sûrement en choquer quelques-uns en recommandant d’utiliser un service de streaming comme Spotify ou les services de Google ou encore, d’Apple. S’il est clair que ces services ne payent pas les artistes autant qu’ils le devraient, et que nous avons la responsabilité comme consommateurs d’appuyer monétairement les artistes que nous aimons, en particulier les artistes francophones qui vivent d’un marché plus restreint, il reste que le streaming a changé ma vie.

Quand je me suis abonnée à Spotify, j’ai tout à coup eu accès à l’univers entier de la musique francophone, ou presque. Je n’étais plus limitée aux artistes qui passaient rarement par chez moi pour me vendre leurs disques ou d’essayer de deviner quels artistes francophones concordaient avec mes goûts en général.

Pour nous qui avons vécu dans les francophonies invisibles, cet accès change tout. Ça permet de vivre en français entre ses deux écouteurs et de sentir une appartenance. Ça nous enlève un handicap. Oui, il existe d’autres options en français pour la musique, comme la radio, mais comme ce n’est pas nous qui sommes les conducteurs de la locomotive, on court le risque de ne pas aimer ce qui y joue et de tirer la fameuse conclusion: «Je n’aime pas la musique en français». De plus, il suffit d’écouter un artiste en français souvent pour que le service de streaming en propose d’autres qu’on est apte à aimer. Encore plus si les réglages du service sont en français.

Et, évidemment, après avoir fait une meilleure connaissance de la musique en français, on trouve une façon de payer les artistes qui nous sont importants.

 

Lire

Quelque chose qui m’a toujours fait profondément mal comme personne littérairement inclinée, c’est de ne pas pouvoir lire les auteurs francophones. Comme patriote acadienne, je suis absolument arriérée par rapport aux autres parce que je ne peux pas acheter les nouveautés chez mon libraire local. L’accès à notre propre littérature est déficient. Il est possible de commander par Internet, mais ce n’est pas évident de savoir quoi acheter quand on est à la case départ. Comme ailleurs, il est dangereusement facile de tirer des conclusions sur l’ensemble de la littérature francophone basées sur les quelques choses auxquelles on a eu accès ou qu’on a été forcé de lire à l’école.

Ma recommandation est de commencer avec la Bibliothèque numérique des Amérique qui donne accès gratuitement à des milliers de livres en français. Le jour où ce produit a été lancé, j’ai eu tout à coup une énorme bibliothèque de livres en français, d’auteurs provenant des Amériques. C’est grâce à cet outil que j’ai pu lire Patrice Desbiens, poète franco-ontarien aux mots délicats. Autrement, j’aurais probablement passé des années à tenter d’en trouver dans des librairies.

 

Regarder

Il est honnête de dire qu’en minorité, nous consommons la télé américaine. C’est partout, c’est accessible, et il y a énormément de bons produits.

Regarder de la télé en français, c’est très difficile, parce que nous n’avons plus vraiment de télévisions avec câble, et peu de contenu est disponible sur le web. Si mon abonnement à Netflix me donne accès à un montant infini de choses intéressantes, je dois m’abonner à Tou.tv, TV5, et Unis pour avoir seulement quelques séries que j’ai envie de regarder. (Si des diffuseurs lisent ces mots, SVP laissez-nous regarder le contenu, on a désespérément de besoin!) TFO a un montant impressionnant de contenu pour les enfants, mais ce n’est pas vraiment pour moi.

Donc je regarde la télé en anglais, par manque de contenu accessible. Si vous avez des suggestions où regarder la télé ou des films en français sans devoir passer plein de barrières, dites-le sur Twitter avec le mot-clic #webkitfranco.

 

Céleste Godin est une écrivaine et militante acadienne de la Nouvelle-Écosse.

Note: Les opinions exprimées dans les chroniques publiées sur #ONfr n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.