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Ville d’Ottawa: des cadres unilingues anglophones à profusion

Les militants rêvent toujours de voir Ottawa devenir officiellement bilingue en 2017. Archives #ONfr

OTTAWA – La nomination d’un unilingue anglophone à titre de directeur municipal de la Ville d’Ottawa a déplu à la communauté francophone. Mais l’intronisation de Steve Kanellakos n’est pas un cas unique, a constaté #ONfr.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Environ la moitié de la vingtaine d’emplois de hauts cadres de la Ville d’Ottawa sont occupés par des unilingues anglophones, bien que les postes soient pourtant désignés bilingues à l’embauche en vertu de la politique de bilinguisme de la municipalité adoptée en 2001.

D’après les chiffres obtenus par #ONfr, 10 des 23 titulaires de postes de la haute direction de la Ville ont dû recevoir une formation linguistique en français en 2010. Un chiffe grimpant à 12 en 2011, puis 10 (2012), 8 (2013) et 6 (2014).

Depuis décembre 2009, la formation linguistique est en réalité obligatoire pour tous les hauts cadres ne satisfaisant pas aux exigences de la politique de bilinguisme. «Tous les candidats externes considérés pour des postes de gestion de niveau 1 à 3 (les hauts cadres) doivent être bilingues. Les seules exceptions, après qu’un vaste effort de recrutement a été déployé, devront obtenir l’approbation du Conseil», stipule la politique.

En d’autres mots, le conseil municipal est en droit de voter une dérogation pour permettre l’embauche d’un employé unilingue anglophone. Ce qui s’est fait dans le cas de Steve Kanellakos, et de nombreux autres manifestement.

Les baisses de formations linguistiques observées depuis cinq ans sont-elles synonymes d’un plus grand bilinguisme des hauts cadres de la Ville? Pas tellement. «Le nombre d’employés étant inscrits en formation a diminué à cause du nombre de personnel exempté de formation linguistique (par exemple, une personne occupant un poste par intérim ou éligible à la retraite dans un délai de 3 ans)», précise la Ville d’Ottawa dans un échange de courriels avec #ONfr.

La nomination de M. Kanellakos a en tout cas fait parler, jeudi 11 février, lors d’une réunion du comité consultatif sur les services en français de la Ville d’Ottawa. Un membre du groupe, Jean-Louis Schryburt, a demandé des éclaircissements sur la manière dont a été accordée l’exemption par le conseil municipal.

«Nous voulons bientôt rencontrer un membre des ressources humaines pour mieux savoir quelles formations les employés de la Ville reçoivent, et par la suite éventuellement faire des recommandations», a précisé à #ONfr Johanne Leroux, la présidente du comité. «Notre rôle est d’appuyer la Ville à offrir les services en français. Nous sommes un comité aviseur, mais sans pouvoir de décision»

Avant une réorganisation municipale entamée en 2009 à l’époque où Larry O’Brien était maire, 35 postes de hauts cadres étaient désignés bilingue à l’embauche. Des postes tels le chef de pompiers et de chef des paramédics ne sont maintenant plus soumis à la politique de bilinguisme.

Au total, 16% des postes de la Ville d’Ottawa sont désignés bilingues en vertu de la politique municipale. En 2014, 864 employés de la Ville avaient donc dû suivre une formation de seconde langue, principalement le français. Dans un peu moins de 10%, il s’agissait de l’anglais.

 

36 heures de français… par année

À quoi ressemblent donc les formations linguistiques spécifiquement pour les hauts cadres? D’après la Ville d’Ottawa, l’employé a le choix entre une formation individuelle, semi privée, en groupe, ou bien des séances de formation intensive d’une journée et immersion.

Les employés concernés consacraient entre 30 et 40 heures de formations annuelles à la langue de Molière, avec un pic de 40,4 heures en 2013 contre 30 en 2011. En 2014, les six hauts cadres avaient en moyenne suivi 36 heures de cours.

«C’est peu, surtout si on a peu l’occasion de mettre ces connaissances en pratique», a déploré Mme Leroux.

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.