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VIH/SIDA: le combat continue pour les francophones


TORONTO – Des milliers de francophones de l’Ontario et du Grand Toronto vivent avec le VIH/SIDA. Plusieurs sont encore aujourd’hui forcés de se battre pour obtenir des services en français et surmonter la discrimination.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Les francophones qui vivent avec le VIH/SIDA en Ontario font face à de la discrimination comme les autres personnes atteintes par la maladie, mais ils doivent aussi se battre pour obtenir des services dans leur langue, ce qui est quasi-impossible dans certaines régions de la province.

Ce constat a été dressé par plusieurs acteurs sociaux et communautaires rassemblés à Toronto, à la veille de la Journée mondiale du SIDA.

Il y a un manque criant de campagnes de prévention auprès des clientèles francophones, selon Éric Cader, directeur d’Action-Positive VIH/SIDA, un organisme qui aide les Francos-Ontariens atteints par la maladie. Les jeunes francophones sont à risque et davantage doit être fait auprès de cette clientèle, à son avis.

«La jeune génération pense que le SIDA est une maladie des années 1990. Les études le montrent: plusieurs jeunes ne se protègent plus. Le virus est actuellement contracté par bien des gens qui ont des relations non protégées. Les conseils scolaires, le gouvernement, les médias et le public doivent se mobiliser pour qu’on lutte continuellement et à longueur d’année avec des campagnes qui ciblent les francophones», selon lui.

Il dénonce le fait que plusieurs francophones qui vivent avec le VIH/SIDA dans la province n’ont pas suffisamment accès à des services dans leur langue. D’autres qui ont cette chance n’en profitent pas toujours, car ils ont peur, révèle M. Cader.

«Les milieux francophones sont souvent petits. Les gens atteints ont souvent peur d’être rejetés par leur employeur, leur famille et la communauté. Ils préfèrent bien souvent aller du côté anglophone de crainte d’être reconnus dans des milieux francophones», confie-t-il.

 

Encore plus vulnérables

Les acteurs de première ligne qui travaillent avec les personnes atteintes par le VIH/SIDA l’observent tous: ce sont de plus en plus des gens en situation précaire qui viennent chercher de l’aide.

Ils peuvent être immigrants, en situation de pauvreté ou stigmatisés par leurs proches qui sont au courant de leur maladie, par exemple.

«Il y a eu un changement démographique dans la communauté francophone dans qui est affecté et qui est à risque d’être affecté par le VIH/SIDA. Les approches traditionnelles de prévention sont en train d’être complètement repensées. On a fait de bonnes choses, parfois on s’est planté, ça fait partie de l’apprentissage de tout organisme qui doit travailler avec une population différente et plus vulnérable», explique Lise Marie Baudry, directrice du Centre francophone de Toronto. «Pendant très longtemps, la maladie touchait les hommes gais de race blanche. La nouvelle clientèle n’a rien à voir avec la communauté LGBT, bien souvent», ajoute-t-elle.

Le Centre francophone a mis en place différents programmes pour lutter contre le VIH/SIDA auprès de nouvelles clientèles. Par exemple, le projet Ubuntu vise particulièrement la communauté africaine et caribéenne de Toronto. La prévention est un élément clé de cette stratégie qui passe notamment par le dépistage.

«Venez vous faire tester. Si vous ne voulez pas attendre dans la salle d’attente avec les autres patients, on va vous donner un rendez-vous et une heure à laquelle arriver. On va tout faire pour s’adapter à vous», a lancé Mme Baudry dans un véritable cri du cœur. «Il y aura jamais assez d’argent pour lutter contre le VIH/SIDA. On a besoin de plus de ressources humaines et de plus de formations pointues. Mais en matière de services en français, ça évolue petit à petit, mais il y a encore de grands besoins», insiste-t-elle.

Son organisme accompagne maintenant les patients à se retrouver dans le système de santé ontarien. Le concept de navigateur en santé trouve aussi écho au Centre francophone, alors que des intervenants sont maintenant chargés d’aider des francophones qui doivent tenter de recevoir des services pour traiter leur maladie, parfois malgré la barrière de la langue.

La société a aussi un rôle à jouer, selon les intervenants francophones qui luttent contre le VIH/SIDA. «La maladie ne discrimine pas. C’est peut-être sa seule qualité. Comme humain, on doit accueillir les gens touchés et leur démontrer de la compassion ou encore s’impliquer pour les aider», a soutenu Gilles Marchildon de l’organisme de santé francophone Reflet Salvéo.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.