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Vente de Tembec: des Franco-Ontariens du Nord inquiets

Le moulin à papier de Kapuskasing Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

KAPUSKASING – L’industrie forestière continue d’être un moteur économique central pour les communautés du nord de l’Ontario. Jeudi 25 mai, l’annonce de la vente de Tembec à des intérêts américains est reçue avec prudence par plusieurs Franco-Ontariens du nord. 

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Dans chacune des communautés à forte population francophone, où Tembec est enracinée, les installations emploient des dizaines, sinon des centaines de personnes. De nombreuses familles francophones du nord dépendent des emplois de la forestière à Kapuskasing, à Chapleau, à Hearst et à Cochrane.

L’entreprise forestière Rayonier Advanced Matrerial a mis la main sur Tembec en allongeant 807 millions de dollars américains. Si Tembec est spécialisée dans la fabrication de produits forestiers comme le bois, les pâtes, le papier et la cellulose, Rayonier, elle, se spécialise surtout dans la cellulose qui se retrouve dans divers objets électroniques.

(Tembec compte plusieurs installations dans des villes à forte population francophone dans le nord de l’Ontario)

L’acquisition surprise de l’entreprise québécoise Tembec par l’Américaine ne laisse personne indifférent dans ces communautés. L’incertitude que cela provoque est perceptible dans les communautés où sont présent le syndicat des Métallos, que préside Guy Bourgouin.

«C’est sûr qu’il y a des membres qui sont stressés avec ce type de changement, mais je crois qu’il faut laisser la chance au coureur. Disons qu’on va les surveiller», affirme Guy Bourgouin. «C’est certain qu’on aime mieux traiter avec une compagnie canadienne. Ça ne veut cependant pas dire que nos conditions de travail vont diminuer. Mais les Américains ont une approche différente et parfois ils sont tentés de diminuer les salaires comme ce qui est offert dans le sud des États-Unis», explique-t-il. Son organisation représente plus de 400 employés dans les quatre sites de Tembec.

Tembec avait un plan de réinvestissement dans ses installations du nord de l’Ontario. Le syndicat des Métallos dit avoir eu la garantie que rien n’allait changer sous la nouvelle direction.

«Les Américains ne doivent pas toucher à nos emplois. Si l’usine de Tembec à Kapuskasing disparaissait, ce serait tout le nord de l’Ontario qui en payerait le prix. On a essayé de nous rassurer aujourd’hui» – Guy Bourgouin

L’incertitude règne néanmoins dans les communautés, confirme le directeur général de la Ville de Kapuskasing, Guylain Baril. «Tout le monde en ville se demande ce qu’il va se passer. On veut avoir confiance, mais on est pas naïf non plus. Le moulin à papier est le principal employeur depuis la naissance de Kapuskasing et il va peut-être pour toujours», dit-il.

(Guylain Baril, directeur général de la Ville de Kapuskasing)

Les relations n’ont pas toujours été faciles avec Tembec, admet Guylain Baril, qui salue néanmoins la détermination de ses dirigeants.

«Il y a eu des années difficiles et ils ont quand même gardé le moulin à papier ouvert. C’est le pouls de notre ville, si ça fermait ce serait dramatique. On ne connaît pas grand-chose de la nouvelle compagnie, on est préoccupé pour nos emplois» – Guylain Baril

La municipalité tente de diversifier son économie, mais ce n’est pas facile, insiste M. Baril. «Notre richesse primaire, c’est le bois. On essaye de diversifier et on voit l’agriculture nordique cogner à la porte, mais ce n’est pas fait», confie-t-il, réaliste.

Sur les réseaux sociaux, des Franco-Ontariens ont exprimé leur inquiétude. «Oh, pas bon ça. Par contre, on doit espérer pour du positif», a lancé une internaute du nord. «Je suis plutôt inquiète. Faut juste penser au moulin a Sturgeon Falls et ça dit tout… Triste…», a renchéri une autre. «Ce n’est pas une bonne nouvelle. Une compagnie américaine qui achète une compagnie canadienne, c’est le commencement de la fin», a soutenu un citoyen.

Les Métallos entameront des négociations pour leur nouvelle convention collective, cet automne. Le président du syndicat affirme que c’est à ce moment qu’il pourra constater de quel bois se chauffent réellement les nouveaux propriétaires.

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.