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Université: «On s’unit. On l’aura.»

Les francophones ont manifesté pour une université franco-ontarienne, le 18 février, à Toronto. Archives, #ONfr

https://www.youtube.com/watch?v=F4OmnYmrJGU&feature=youtu.be
TORONTO – «On veut. On peut. On s’unit. On l’aura.» Voilà ce qu’ont scandé quelque 200 manifestants – surtout des élèves du secondaire et des étudiants – lors d’une première «journée d’action» devant l’Assemblée législative de l’Ontario pour réclamer de nouveau au gouvernement provincial la création d’une université de langue française, jeudi 18 février.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Les manifestants ont dénoncé «la lenteur» du gouvernement libéral de Kathleen Wynne à s’engager clairement dans le sens d’une université entièrement «par et pour» les Franco-Ontariens, un an après une demande officielle du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) et de ses partenaires, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

«Les Franco-Ontariens ont le droit d’aspirer à une institution universitaire qui leur est 100% propre, où ils pourront étudier dans leur langue et dans le domaine de leur choix», a réclamé Rym Ben Berrah, l’une des coprésidentes du RÉFO. «Mme Wynne, en repoussant encore ce projet, vous privez l’Ontario français de son plein épanouissement et potentiel», a ajouté Myriam Vigneault, une autre coprésidente de l’organisation.

Le RÉFO et ses partenaires demandent à Queen’s Park de mettre sur pied un «conseil des gouverneurs transitoire» qui aurait le mandat de démarrer une université franco-ontarienne avec un premier campus dans la région de Toronto en 2018.

«Nous voulons que le projet soit inscrit au budget», a demandé à son tour Denis Vaillancourt, président de l’AFO, à une semaine du dépôt du prochain plan économique de l’Ontario, le jeudi 25 février. «Il faut des lieux où les murs respirent qui nous sommes, comme dans nos écoles primaires et secondaires.»

Les chances qu’une annonce sur l’université franco-ontarienne se glisse dans le budget 2016 de l’Ontario sont toutefois minces, le gouvernement n’ayant pas bougé d’un iota depuis la demande initiale du RÉFO et de ses partenaires, il y a un an.

 

«D’accord en principe»

Le clan libéral à Queen’s Park dit vouloir étudier les recommandations d’un groupe de travail sur l’accès aux programmes d’études en français dans le sud-ouest de la province, dont le rapport final n’est pas encore public mais vient apparemment d’être remis au ministre Reza Moridi, responsable de l’Enseignement supérieur, avant de s’engager plus loin sur le chemin d’une université franco-ontarienne.

«Je ne veux pas rendre ça politique. Je suis ici de façon très candide pour vous féliciter de vous être mobilisés aujourd’hui», a botté en touche la députée libérale Marie-France Lalonde, prenant la parole de façon impromptue devant les manifestants. «C’est certain qu’on est d’accord avec le principe d’un environnement par et pour les francophones de l’Ontario», a-t-elle ajouté. «Nous sommes définitivement pour l’amélioration des services et des programmes en français.»

L’intervention de l’élue d’Ottawa-Orléans a été mal reçue par quelques manifestants qui l’ont huée.

La ministre Madeleine Meilleur, responsable des Affaires francophones, qui n’était pas prévue au programme de la manifestation, a vite repris la balle au bond. «Je comprends que vous êtes tous très impatients», a-t-elle tempéré. «Je vais laisser au ministre (Reza Moridi) la décision (…) et le plan d’action va suivre», a-t-elle signalé. «Je vous souhaite, et je nous souhaite, tout le succès nécessaire dans cette belle aventure.»

Plus tôt dans la journée, la première ministre Kathleen Wynne a dit ne pas savoir si la meilleure réponse à la demande du RÉFO et de ses partenaires était bel et bien une nouvelle université ou tout simplement une bonification des programmes d’études postsecondaires en français dans les universités bilingues existantes. «Je ne sais pas, à ce moment-ci, s’il est nécessaire d’avoir un édifice», a-t-elle lancé en marge d’un point de presse à Toronto.

L’opposition à Queen’s Park a profité de cette première «journée d’action» pour une université francophone pour réitérer son appui au projet.

«Vous avez (notre) appui inconditionnel. Nous serons avec vous à chaque pas, jusqu’à ce qu’on arrive à notre but qui est d’avoir notre université de l’Ontario français», a scandé la députée néo-démocrate France Gélinas, qui a déposé en 2015 un projet de loi privé pour la création d’une université franco-ontarienne. «On a dû se battre pour nos écoles élémentaires et secondaires et pour nos collèges. Rien ne va nous être donné.»

«C’est la prochaine étape naturelle», a aussi exhorté le chef progressiste-conservateur Patrick Brown à #ONfr, jeudi 18 février. «Nous avons besoin d’un campus. Il y a déjà des cours en français à distance. Il faut un toit pour cette université», a-t-il ajouté. «Nous demandons au gouvernement d’agir rapidement dans ce dossier», a renchéri devant les manifestants la députée de l’opposition officielle Gila Martow, porte-parole de son parti pour les Affaires francophones.

 

Exil ou assimilation?

Des voix dans la communauté franco-ontarienne s’élèvent régulièrement depuis 40 ans pour réclamer la gouvernance au niveau universitaire, comme c’est le cas au niveau des écoles élémentaires et secondaires ainsi que des collèges. Le projet a pris de la vitesse au cours des trois dernières années, notamment à la suite d’une vaste consultation à l’échelle provinciale.

«Nous voulons que notre avenir soit aussi grand et sans frontière que celui de nos compatriotes anglophones. La jeunesse franco-ontarienne en a assez de devoir s’exiler ou de se laisser assimiler après avoir fait toutes ses études élémentaires et secondaires dans sa langue», a fait valoir Jérémie Spadafora, président de la FESFO, rappelant au passage qu’aussi peu que 3% des programmes d’études postsecondaires sont disponibles en français dans le sud-ouest de la province.

Des manifestants sont venus d’un peu partout en Ontario pour mettre la pression sur le gouvernement. Des activités dans le cadre de cette première «journée d’action» ont aussi eu lieu dans plusieurs écoles secondaires francophones de la province.

Parmi les manifestants, il y avait aussi quelques acteurs n’étant pas directement liés au domaine de l’éducation, mais pour qui une université franco-ontarienne serait tout aussi bénéfique.

«Ça ne peut qu’être bénéfique pour toute la francophonie ontarienne. Ça va bénéficier à l’immigration francophone. Ça va attirer aussi des étudiants étrangers francophones qui pourront ensuite s’installer ici et enrichir la francophonie de partout dans la province», a partagé Mohamed C. Jelassi, du Réseau de soutien à l’immigration francophone du nord de l’Ontario, à #ONfr.

D’autres «journées d’action» à Queen’s Park ou ailleurs dans la communauté franco-ontarienne pourraient avoir lieu au cours des prochains mois, selon le RÉFO.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.