#Francophonie

Une voix pour les abandonnés des services en français

Le Commissaire aux services en français, François Boileau, devant la presse à Queen's Park. François Pierre Dufault

TORONTO – «La dame à l’aide à l’enfance se dit bilingue mais j’ai peine à la comprendre». «L’avocat ne parle que l’anglais, la travailleuse sociale aussi.» «Le juge s’exprime en anglais». Ces mots, ce sont ceux de Mme Tremblay, une mère francophone qui s’est sentie complètement abandonnée dans sa langue par plusieurs services publics de l’Ontario après avoir découvert que son ex-conjoint avait agressé son fils.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

L’histoire d’horreur de Mme Tremblay (nom fictif) est racontée dans les pages du plus récent rapport du commissaire aux services en français, François Boileau, qui a décidé pour son huitième compte-rendu annuel de donner la parole aux victimes trop souvent silencieuses d’une offre de services qui demeure très fragile, selon lui.

«Je voulais qu’on entende ceux qui demeurent dans l’ombre et qui ne se plaindront jamais. Je voulais donner la parole à ceux (…) qui n’ont pas les connaissances, ni le réflexe, ni l’énergie de se battre pour demander leurs services en français», a déclaré Me Boileau d’entrée de jeu lors d’un point de presse, le jeudi 4 juin.

Le rapport intitulé La parole aux sans-voix est le deuxième que dépose François Boileau devant l’Assemblée législative depuis que son bureau a obtenu son indépendance du gouvernement, en 2013.

Le chien de garde du français à Queen’s Park a souhaité que l’histoire de Mme Tremblay motive d’autres francophones s’estimant lésés dans leurs droits linguistiques à porter plainte. Tous les efforts et les gains collectifs depuis l’adoption de la Loi de 1986 sur les services en français ne servent pas à grand-chose, selon lui, si des citoyens comme la dame d’Ottawa ne peuvent recevoir les services de qualité dans leur langue et en temps opportun.

 

«Le système entier m’a déçue»

Dans le cas de Mme Tremblay, c’est tout le filet social – de l’aide à l’enfance à la justice, et aux services de santé – qui a cédé sous la pression d’une simple demande de services en français. «Je suis déçue. Beaucoup de gens m’ont déçue. Le système entier m’a déçue. Quand tu es en crise, tu es vulnérable. Je ne m’attendais pas à vivre ces manquements», raconte-t-elle dans ses propres mots dans le rapport du commissaire.

François Boileau n’a «intentionnellement» pas formulé de nouvelle recommandation au gouvernement dans son plus récent rapport. Il a plutôt fait un rappel des recommandations des années passées auxquelles la province n’aurait toujours pas donné suite. En tête de liste: la création d’un comité permanent de l’Assemblée législative sur les services en français.

Le commissaire aux services en français a aussi signalé son «refus d’abdiquer» face à l’obligation qu’ont les sous-traitants du gouvernement, notamment via les Réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS), d’offrir des services à la minorité linguistique. «Personne ne me fera avaler la pilule qu’avec la création des RLISS, soudainement, l’obligation qu’a le ministère de la Santé de desservir le patient francophone dans sa langue a disparu», a-t-il insisté.

Une grande partie des 379 plaintes reçues au Commissariat aux services en français au cours de la dernière année portaient d’ailleurs sur la santé. La justice, l’éducation et les municipalités ont aussi retenu l’attention du bureau d’enquêtes.

 

«Offre inadéquate»

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a dénoncé, à son tour, l’offre parfois insuffisante de services en français dans la province.

«Le manque de service en français affecte le citoyen francophone dans son quotidien et le rapport du commissaire Boileau touche précisément la vie en français au quotidien» a fait valoir Denis Vaillancourt, président de l’AFO, par le biais d’un communiqué. «Les francophones se sentent trop souvent brimés par une offre de services inadéquate qui nuit à leur capacité de vivre en français et ainsi de transmettre leur culture.»

Le gouvernement libéral à Queen’s Park a réagi avec prudence au rapport du commissaire aux services en français, le 4 juin.

«Nous avons été très réceptifs aux recommandations du commissaire. Nous allons continuer à l’être. Dans son rapport, je comprends qu’il nous donne des exemples du passé mais qui sont quand même importants», a partagé la ministre Madeleine Meilleur, responsable des Affaires francophones, avouant toutefois ne pas avoir lu le document dans son ensemble au moment de s’adresser aux médias.

La progressiste-conservatrice Gila Martow a fait acte de présence au point de presse du commissaire. Mais elle s’en est éclipsée avant la fin, sans réagir au rapport.

«Ce qui est le plus épeurant, ce sont les tiers partis», a dénoncé pour sa part la néo-démocrate France Gélinas à #ONfr. «C’est en santé qu’on retrouve le plus de tiers, et c’est également là qu’on retrouve le plus de plaintes. C’est assez désolant. Huit ans d’efforts. Et on est à la case de départ dans plusieurs dossiers.»

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org