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Une dualité ontarienne à géométrie variable

Martin Normand s'interroge sur la dualité en Ontario. Archives #ONfr

[COLLOQUE DUALITÉ CANADIENNE]

En 2017, l’Ontario souligne le 150e anniversaire de son entrée dans la Confédération canadienne. Si la dualité nationale apparaissait comme un élément-clé menant au choix d’une organisation fédérale pour le nouveau pays, il est plus difficile de retrouver des traces de cette dualité dans les célébrations actuelles.

MARTIN NORMAND
Chroniqueur invité
@M_Normand

L’Ontario n’est certes pas seule à faire cette omission, témoignant du peu d’empressement ou d’enthousiasme que suscite la dualité de nos jours. Au palier fédéral, il faut chercher longtemps pour comprendre que la dualité linguistique s’inscrit timidement dans le thème de la diversité et de l’inclusion, reléguant encore une fois les langues officielles à la banquette arrière sur les voies ensoleillées du gouvernement libéral.

Pour ses propres célébrations, le gouvernement ontarien a choisi d’appuyer des événements qui permettent d’honorer le passé, de mettre en valeur le présent et d’inspirer les générations futures. Ce sont ces trois avenues que nous reprendrons pour réfléchir à la dualité telle qu’elle s’exprime en Ontario, en prenant bien soin de tempérer quelque peu les qualificatifs festifs qui les caractérisent.

 

Honorer le passé

Plutôt que d’honorer le passé, il vaut mieux l’éclairer et comprendre que l’Ontario est passée d’une relative fermeture à une relative ouverture à la dualité sur une période de cent ans.

Dans les années suivant l’entrée dans la Confédération, n’étaient pas rares les interventions souhaitant que la province utilise ses leviers pour affirmer haut et fort son caractère anglo-protestant, notamment en dénonçant la migration de Canadiens-français dans le nord ontarien et en limitant l’enseignement du français dans les écoles de la province. Bref, le gouvernement provincial cherchait à contraindre plutôt qu’à promouvoir l’usage du français.

Cette position s’est peu à peu transformée, à tel point que l’Ontario en est venue à embrasser timidement la dualité pendant les débats constitutionnels des années 1960. En fait, une certaine forme de reconnaissance de la dualité a été instrumentalisée pour démontrer au Québec la bonne foi du gouvernement ontarien à l’égard de la promotion et de la protection du français sur son territoire.

L’Ontario n’est jamais allée aussi loin que de proclamer le bilinguisme institutionnel, mais en est venue à poser des gestes concrets qui ont donné corps à la dualité linguistique dans la province, comme l’adoption du bilinguisme officiel dans les tribunaux de la province, l’adoption de la Loi sur les services en français (et sa révision subséquente pour créer le Commissariat aux services en français) et la création des conseils scolaires francophones autonomes (non sans une intervention des tribunaux, faut-il quand même le rappeler).

 

Mettre en valeur le présent

Les grands gestes concrets se sont taris, ce qui nous rend hésitant quant à la mise en valeur du présent. Les derniers mois ont été le théâtre d’une succession de gestes symboliques en faveur de la reconnaissance des Franco-Ontariens et de leurs contributions à la société ontarienne. Toutefois, ces gestes ne semblent qu’avoir une portée limitée et ne traduisent pas un engagement ferme et réel de la classe politique à l’égard de la dualité linguistique.

Les organismes de la société civile franco-ontarienne se sont certes réjouis des excuses gouvernementales pour le Règlement 17, de l’obtention du statut d’observateur à l’Organisation internationale de la Francophonie, de la motion faisant de «Notre place» un hymne officiel, de l’édification éventuelle d’un monument franco-ontarien sur le terrain de Queen’s Park. Mais, on ne sent pas derrière ces gestes une véritable volonté politique de mettre les enjeux linguistiques de l’avant dans l’agenda gouvernemental, comme en témoignent les banquettes vides à l’Assemblée législative quand vient le temps de discuter des Franco-Ontariens.

On sent même la ministre responsable des Affaires francophones hésitante dans ces rapports avec les organismes, les citoyens francophones et les médias quand vient le temps d’aborder les enjeux linguistiques en nous proposant parfois des excuses alambiquées pour justifier délais et absences.

Un exemple? Elle ne peut toujours pas dire comment l’Ontario profitera à court terme de son adhésion à l’Office internationale de la Francophonie (OIF) et plaide pour que la province prenne son temps, alors que l’on aurait pu légitimement s’attendre à ce que le projet d’adhésion soit accompagné d’un plan d’action ou d’un agenda. Tant que les Franco-Ontariens n’en apprendront pas plus, ce geste n’est rien de plus qu’un coup d’épée dans l’eau.

 

Inspirer les générations futures

Plutôt que d’inspirer les générations futures, c’est la classe politique actuelle, à tous les paliers gouvernementaux osons-nous suggérer, qui a besoin d’être inspirée à l’égard des dossiers linguistiques.

Les gestes symboliques ne peuvent se substituer à l’action concrète pour répondre aux besoins exprimés par les francophones de la province. Et quoiqu’en pensent certains commentateurs anglophones, la question linguistique n’est pas réglée en Ontario. Les dossiers s’accumulent sur les bureaux des décideurs, comme ceux d’une université francophone, du statut bilingue de la ville d’Ottawa, de la révision globale de la Loi sur les services en français (y compris des assises plus solides pour l’offre active de services en français), de la désignation de nouvelles régions bilingues aux termes de cette loi et de la prise en compte des besoins particuliers des francophones dans les projets de révisions gouvernementales, notamment en santé et en immigration.

Dans la société civile, groupes et individus portent ces dossiers, mais portent surtout la responsabilité de faire vivre cette dualité. Cette responsabilité doit être répartie plus équitablement avec le gouvernement provincial, qui doit faire preuve d’une volonté politique plus assumée sur ces dossiers. Qu’il ne se serve pas de cette autre année de célébration pour reporter des initiatives attendues. Il est certainement capable de célébrer et d’agir en même temps.

 

Martin Normand est stagiaire postdoctoral à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa et à l’Institut du savoir Montfort.

 

Cette analyse est la deuxième d’une série de quatre chroniques en marge d’un colloque qui se tiendra au Campus Saint-Jean en Alberta les 27, 28 et 29 avril. Voici le site: https://www.ualberta.ca/campus-saint-jean/recherche/colloque

Note: Les opinions exprimées dans les chroniques publiées sur #ONfr n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.