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Une candidate NPD unilingue anglophone à Saint-Boniface

La candidate NPD dans Saint-Boniface-Saint-Vital, Erin Selby. (Photo: Courtoisie)

WINNIPEG – Erin Selby, unilingue anglophone et ancienne députée de Southdale pour le NPD manitobain depuis 2007, fait le saut au fédéral dans Saint-Boniface-Saint-Vital, circonscription emblématique pour les francophones. L’ancienne vedette locale de la télévision a confirmé l’annonce, vendredi 4 septembre.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Mme Selby sera de fait la seule candidate d’un grand parti national qui ne parle pas la langue de Molière lors de cette élection dans la circonscription de Saint-Boniface-Saint-Vital. Le libéral Daniel Vandal et le conservateur François Catellier ont tous deux le français comme langue maternelle.

Il demeure que la démographie de la circonscription a bien changé au cours des dernières décennies. Environ 10 500 des 65 500 électeurs de Saint-Boniface-Saint-Vital seraient francophones, selon les dernières données disponibles.

«La population francophone constitue environ 15% des électeurs, c’est beaucoup moins qu’avant. Mais ce groupe a une influence, car il a toujours été très actif. Et jamais un candidat non francophone n’a été élu dans l’histoire récente», fait valoir l’analyste politique Roger Turenne, qui a été conseiller spécial pour les services en français de l’ancien premier ministre manitobain Howard Pawley, puis pour son successeur Gary Filmon.

Il affirme que même les citoyens anglophones sont sensibles à ce sujet. «Les électeurs de langue anglaise de la circonscription ont une grande sympathie pour le caractère français de Saint-Boniface. Ils sont conscients du rôle historique des francophones et de leur héritage», ajoute-t-il.

Le politologue, professeur émérite de l’Université de Saint-Boniface et ancien sous-ministre adjoint au Bureau de l’éducation française, Raymond Hébert, croit que l’unilinguisme de la candidate néo-démocrate peut lui nuire. «C’est toujours un atout d’être bilingue. De parler seulement anglais, c’est un atout en moins pour elle. Lorsqu’il va y avoir un débat à l’Université de Saint-Boniface, elle ne pourra pas participer», souligne-t-il. M. Hébert rappelle que lors d’une élection serrée, il ne suffit que de quelques centaines de votes pour remporter la victoire ou pas.

Les francophones pourraient influencer davantage le vote et une élection s’ils votaient en lien avec des enjeux qui leur sont propres. «Si les francophones s’unissaient et votaient en bloc, leur vote pourrait être décisif. Les citoyens de langue française de Saint-Boniface votent plus que la population en général, alors leur vote peut avoir une grande influence. Mais actuellement, il y a une fragmentation du vote», observe-t-il.

Les électeurs ne votent plus en majorité pour les libéraux comme ils le faisaient traditionnellement, rappelle M. Hébert. Les questions linguistiques ont jusqu’à maintenant été évacuées du débat public alors que les chefs n’ont pris jusqu’à maintenant aucun engagement en cette matière depuis le déclenchement des élections.

 

Mystérieux sondage

Une candidate unilingue anglophone peut-elle alors remporter une élection dans la circonscription fédérale de Saint-Boniface-Saint-Vital, qui compte une proportion importante de francophones?

La question a été posée aux électeurs concernés par l’entremise d’un mystérieux sondage téléphonique.

«Est-ce que le fait qu’Erin Selby ne soit pas bilingue comme ses deux adversaires peut avoir un impact sur votre vote?», voilà l’une des questions posées dernièrement aux résidents de la circonscription de Saint-Boniface-Saint-Vital.

Roger Turenne a été l’un des citoyens contactés par téléphone dans le cadre du sondage téléphonique. «Jamais le nom d’Erin Selby n’avait été évoqué publiquement pour cette circonscription avant ces appels. C’est une certitude que le sondage a été commandé par son entourage pour tester l’électorat ou encore par un groupe au sein du NPD qui voulait la convaincre de faire le saut», affirme-t-il.

L’analyste révèle qu’une seconde question a également été posée lors du sondage: «Si Mme Selby acceptait de suivre des cours de français, est-ce que cela pourrait influencer votre vote?».

 

Jamais de victoire néo-démocrate

Jamais la circonscription de Saint-Boniface-Saint-Vital, dans sa forme actuelle ou avec ses anciennes frontières, n’a été néo-démocrate depuis sa création en 1925.

Elle a été libérale à peu près sans interruption jusqu’en 2008. La conservatrice Shelly Glover a cependant mis un terme à cette domination en remportant la victoire en 2008 et en 2011.

«Avec Erin Selby dans la course, il y aura une division du vote de centre gauche. C’est une candidate bien connue et la division du vote va avantager les conservateurs», selon Roger Turenne.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.