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Un autre jalon pour l’université franco-ontarienne

TORONTO – Un projet de loi visant la création d’une université «par et pour» les francophones de l’Ontario a franchi le cap de la deuxième lecture dans la Législature provinciale, le jeudi 19 novembre. Un appui unanime des parlementaires a permis au texte de la néo-démocrate France Gélinas de passer à la prochaine et avant-dernière étape du processus législatif. Mais le plus dur reste à faire.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Le projet de loi privé de Mme Gélinas, une députée de la deuxième opposition à Queen’s Park, sera à présent soumis à l’étude d’un comité parlementaire. Il pourrait y être amendé, voire édulcoré, avant d’être renvoyé aux députés pour une troisième et dernière lecture.

L’élue de Nickel Belt, dans la région de Sudbury, se dit d’ailleurs bien consciente que son projet de loi privé entre dans une zone dangereuse. Mais elle se dit optimiste. Le chemin de l’université franco-ontarienne sera «parsemé de petits pas», a-t-elle indiqué, soulignant le caractère «historique» d’un premier débat dans la Législature sur le projet.

«Au niveau des études postsecondaires, c’est toujours la même chose», a déclaré Mme Gélinas lors d’un point de presse avant le vote à Queen’s Park. «Les étudiants doivent faire le choix déchirant de rester à la maison (…) et d’aller à l’école anglaise, ou de choisir un programme francophone mais dans une université bilingue qui mène quand même à l’assimilation vers l’anglais.»

La députée néo-démocrate était accompagnée d’étudiants franco-ontariens pour ce vote important. Des étudiants avec des histoires différentes à raconter. Mais une seule conclusion: les deux universités bilingues de l’Ontario et les quelques autres offrant des programmes en français doivent céder leur place.

 

Réalité bilingual

«Il y a eu une grande différence entre l’expérience bilingue qu’on m’avait vendu et la réalité bilingual», a plaidé Éric Desrochers, un étudiant au collège Glendon de l’Université York, à Toronto. «Ce que j’ai pu constater, c’est qu’il y a en effet deux langues: l’anglais et le français traduit de l’anglais.»

Du côté du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), qui pilote le dossier de la gouvernance universitaire, on souligne aussi le caractère «historique» d’un premier débat parlementaire sur une éventuelle université de langue française. «Les députés commencent à prendre ce projet-là au sérieux. Ils comprennent qu’il y a urgence d’agir. Ils comprennent que c’est un besoin», a confié Alain Dupuis, le directeur général de l’organisation.

La Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), qui est aussi investie dans le projet d’université franco-ontarienne avec le RÉFO et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), parle à son tour d’un dossier «primordial» pour ses membres. «Il y a tellement de jeunes, comme moi, qui se demandent s’ils doivent rester chez eux ou déménager pour étudier dans leur langue», a partagé à #ONfr le président Jérémie Spadafora, un étudiant de 12e année à Barrie qui devra se déplacer à Ottawa pour ses études universitaires.

Le RÉFO, comme la FESFO, reconnaissent par contre que leur combat est loin d’être terminé et que «la communauté franco-ontarienne est habituée de lutter pour ses institutions».

«Nous sommes conscients que de créer une institution qui dessert de façon innovatrice la communauté franco-ontarienne, et essayer de répondre à des besoins particuliers, ça va être le défi. Ça se construit, mais ça ne construit pas du jour au lendemain», a fait remarquer à son tour Denis Vaillancourt, le président de l’AFO.

S’il se rend au bout du processus législatif, le projet de loi de la néo-démocrate France Gélinas mènera à la création d’un «conseil des gouverneurs transitoire» d’une future université franco-ontarienne. Ce conseil transitoire serait ensuite chargé de jeter les bases de cette nouvelle institution.

Le RÉFO, la FESFO et l’AFO ont déjà indiqué qu’ils souhaitaient un premier campus à Toronto d’ici 2018.

 

Un besoin

«C’est important d’avoir cette université. Il y a une communauté franco-ontarienne forte et dynamique qui en a besoin», a réitéré à #ONfr le chef progressiste-conservateur Patrick Brown, dont la troupe a voté unanimement en faveur du projet de loi 104. «Il y a aussi en Ontario un déficit de compétences. C’est bien connu que nous avons des employeurs qui ont besoin de nouveaux diplômés bilingues. Nous pourrions combattre ce déficit avec une nouvelle université francophone.»

Le chef de l’opposition officielle à Queen’s Park a dit faire d’une université franco-ontarienne «une priorité» de son parti. Il a du même souffle fustigé le gouvernement libéral pour «son gaspillage» au lieu d’investir dans un projet comme celui d’une université de langue française.

Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne a aussi donné son appui au projet de loi privé de France Gélinas à l’étape de la deuxième lecture, le 19 novembre. Mais avec quelques bémols.

«C’est quand même un concept d’une grande ampleur. Il faut regarder les données. Il faut regarder toutes les implications pour les contribuables. Il faut aussi regarder les statistiques. Il faut consulter. Il faut des études», a fait savoir la députée libérale Marie-France Lalonde à #ONfr. «Nous sommes en faveur. Mais nous voulons bien faire les choses. Nous voulons être responsables. Que ce soit un projet viable sur le long terme.»

Les libéraux à Queen’s Park attendent, entre autres, les conclusions d’un groupe de travail sur l’accès aux programmes d’études en français dans le sud-ouest de la province, au printemps, avant de s’engager plus loin sur le chemin d’une université franco-ontarienne.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org