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Tourisme: l’Ontario sans plan pour attirer les francophones

Que restera-t-il des célébrations du 400e anniversaire de présence française en Ontario? Archives, #ONfr

[EXCLUSIF]

TORONTO – L’Ontario n’a aucun plan pour séduire les touristes francophones, qui doivent pourtant permettre à la province de doubler ses revenus touristiques d’ici 2020. Voilà le constat accablant de plusieurs acteurs de l’industrie ontarienne du tourisme, qui exigent qu’une stratégie soit rapidement mise en place par le gouvernement et ses partenaires.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Il n’y a pas de moteur, plus d’essence, pas de vision unifiée. Direction Ontario était le porte-parole auprès des francophones, mais maintenant, il n’y a plus personne. Est-ce qu’on pourrait enfin avoir une discussion tous ensemble sur ce sujet?», se questionne Suzanne Morin, fondatrice de Tourisme Franco-Niagara.

Son organisation est responsable de faire connaître la région du Niagara auprès des marchés francophones, mais travaille aussi à encourager les entreprises de sa région à offrir davantage de services dans la langue de Molière.

Mme Morin s’inquiète de la disparition de Direction Ontario, un organisme indépendant financé notamment par le ministère du Tourisme qui veillait à faire la promotion de la province auprès des francophones de l’Ontario, du Québec et du reste de la francophonie.

«L’Ontario doit vraiment aborder de front la question du futur de notre industrie. Est-ce qu’on arrête de faire ce qu’on faisait auprès des francophones ou on le fait encore mieux? Est-ce que la province prend cette responsabilité elle-même ou elle la donne encore à un autre organisme? Le marché francophone est-il encore une priorité ou pas?», lance-t-elle.

En 2010, l’Ontario s’est donné dix ans pour doubler ses recettes touristiques souhaitant les faire passer de 22 milliards $ à 44 milliards $. Afin d’atteindre cet objectif ambitieux, la province misait en grande partie sur les touristes francophones. Le Québec particulièrement est décrit comme un marché prioritaire. «Selon les recherches menées dans le cadre de l’Étude, c’est au Québec que l’on trouve le plus grand bassin inexploité de visiteurs canadiens possibles [pour l’Ontario]», peut-on lire dans le rapport sur l’avenir du tourisme.

L’ancienne directrice de Direction Ontario, Louise Lacroix, dit qu’elle aurait souhaité la survie de l’organisme qu’elle dirigeait. «Il y avait de gros projets sur la table. Les partenaires étaient réellement tous au même diapason dans les derniers temps de l’organisme. Il faut les regrouper autour d’un nouveau plan de marketing francophone, après avoir bien analysé la situation et les besoins», croit-elle.

 

Silence inquiétant

Martin Lacelle, directeur de tourisme Prescott-Russell, abonde dans le même sens que son homologue du Niagara. Il s’attriste du vide laissé par Direction Ontario et s’inquiète du silence du gouvernement sur la suite des choses.

«Il n’y a rien de concret, les gens se demandent qui va prendre le relais. La stratégie est floue. Il y a cinq ans, on misait sur Direction Ontario pour développer le marché francophone, là qui va le faire? Il faut absolument s’assurer qu’il y ait une continuité, le marché francophone québécois est très important», souligne M. Lacelle.

À l’occasion des célébrations du 400e de la présence française en Ontario, il affirme que son organisme a dû jouer un rôle d’envergure provinciale. «Il n’y avait plus personne pour faire la promotion de la province. On a donc répondu à des questions de touristes, mais aussi travaillé avec l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) pour promouvoir le 400e. Pourtant, notre mandat n’est pas provincial. Il a fallu dépanner. Quelqu’un doit absolument reprendre le flambeau au niveau provincial», insiste le directeur de tourisme Prescott-Russell.

Des discussions en coulisse ont bel et bien lieu pour trouver un plan de remplacement à Direction Ontario, mais le gouvernement tarde à annoncer ses couleurs. Le temps presse alors que plusieurs décisions pour la saison touristique 2016 doivent être prises à l’automne, notamment en matière d’achat de publicités et de congrès. Le président de l’AFO, Denis Vaillancourt, a eu vent des pourparlers des dernières semaines.

«Il y a des gens qui ont des discussions avec le ministère du Tourisme pour trouver un autre organisme qui jouerait un rôle de coordination en matière de tourisme francophone. Mais rien ne s’est concrétisé encore. Il faut se repositionner, je crois qu’il est essentiel de ne pas perdre l’élan qu’on a auprès des touristes de langue française», selon M. Vaillancourt.

Le ministère du Tourisme de l’Ontario n’a pas répondu à notre plus récente demande d’informations. Plus tôt cet été, il indiquait à #ONfr que la province avait plusieurs outils en place pour séduire les touristes francophones.

Malgré le flou qui subsiste actuellement en matière de tourisme francophone, l’Ontario s’est-elle rapprochée de son objectif de recettes touristiques de 2020? La Société du Partenariat ontarien de marketing touristique, mieux connu sous le vocable anglophone d’OTMPC, a étonnamment indiqué à #ONfr qu’aucune donnée récente ne permet de le confirmer. Le dernier chiffre disponible à ce sujet date de 2012. L’Ontario avait alors généré des recettes de 28 milliards de dollars, a fait savoir OTMPC.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.