#Francophonie, #Ontario

[EXCLUSIF] Toronto ignore encore le français

Montage #ONfr

TORONTO – Le français est absent des formulaires d’une vaste consultation menée ces jours-ci par la Ville de Toronto. Outre l’anglais, les dirigeants de la métropole du Canada ont plutôt misé sur le mandarin et le coréen. Et ce sont des anglophones qui se portent à la défense des deux langues officielles du pays.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

La consultation «Living in the City» vise à «mieux connaître les citoyens et les raisons pour lesquelles ils décident de vivre là où ils sont», peut-on lire en introduction du questionnaire. Grâce aux données qu’elle obtiendra, la Ville de Toronto dit vouloir mieux planifier la croissance et répondre plus efficacement aux besoins de la population en matière de services, de transport et d’infrastructures, notamment.

Le formulaire consulté par #ONfr a notamment été envoyé à des résidences situées au sud de la rue Queen, entre les rues Dufferin et University. On trouve dans ce large quadrilatère: le quartier chinois, le nouveau quartier de Fort York, une portion de Queen Ouest, mais aussi une portion du quartier qui compte le plus de francophones à Toronto.

En effet, lors d’une récente rencontre du comité consultatif francophone de Toronto, il a été révélé que plus de 500 francophones vivent dans le secteur des berges de Toronto («The Waterfront»). C’est sans compter que le Centre francophone, organisme névralgique de la communauté, est situé en plein cœur de la région sondée.

93d8ef73-a422-454f-a145-98aa6bf49a02

Les citoyens qui reçoivent le formulaire peuvent choisir de répondre par la poste ou en ligne, soit en anglais, en mandarin ou en coréen. Pourtant, la Ville de Toronto a une politique claire en matière de traduction des documents de la ville:

«…la traduction en français des documents doit être fournie (au complet ou en partie) à chaque fois que du matériel contenant des informations publiques est traduit dans une autre langue [que l’anglais]…» (Politique des services multilingues de la Ville de Toronto)

Un porte-parole de la Ville, Bruce Hawkins, affirme cependant que la consultation menée actuellement par la métropole n’entre pas dans cette catégorie.

«La consultation n’a pas pour objectif de fournir de l’information au public en général, mais vise plutôt à obtenir de l’information de foyers spécifiques sélectionnés en fonction de leur utilisation du territoire et de leurs caractéristiques dans des secteurs en croissance», a-t-il indiqué à #ONfr.

La version en ligne du formulaire des consultations menées par la Ville de Toronto
(Version en ligne d’une des pages du formulaire des consultations menées par la Ville de Toronto)

Bruce Hawkins précise que la consultation est menée auprès de 50000 personnes dans 31 secteurs de Toronto qui connaissent une croissance.

«La décision de traduire ou non cette consultation dans chacun des secteurs s’appuie sur les données de l’Enquête nationale des ménages de 2011 de Statistiques Canada», ajoute-t-il. M. Hawkins affirme que les citoyens peuvent obtenir une copie en français du formulaire s’ils en font la demande. Une option qui n’est cependant pas proposée sur les formulaires actuellement en circulation, ni même sur le portail web de la consultation.

Suite aux nombreuses demandes d’informations d’#ONfr, le porte-parole de la Ville a indiqué qu’une version française pourrait voir le jour au cours des prochains jours, mais uniquement en ligne.

 

Des anglophones à la défense du français

Sur les réseaux sociaux, ce sont des anglophones qui ont dénoncé l’absence apparente du français lors de ces consultations. Plusieurs citoyens ont rédigé des messages, dont certains à l’intention du maire John Tory, où ils se questionnent sur la présence de deux langues non officielles du pays, mais pas du français.

Richard Dunwoody est l’un d’eux. «Consultation de la Ville de Toronto. Disponible en anglais, mandarin et coréen. Pas dans l’autre langue officielle du Canada?», a-t-il écrit sur Twitter.

M. Dunwoody dit n’avoir rien contre la présence de deux autres langues sur le formulaire, mais il s’explique mal l’absence du français.

«Je suis choqué de voir qu’on envoie le formulaire dans trois langues différentes, mais qu’une de nos langues officielles n’y est pas. Les francophones doivent pouvoir participer à la vie démocratique de tous les niveaux de gouvernement du pays dans leur langue», croit-il.

Le Torontois anglophone est propriétaire d’une entreprise du domaine des finances. Il affirme que dès le départ, il s’est assuré de pouvoir offrir aussi ses services en français à sa clientèle francophone.

«Pourquoi enseignons-nous à nos enfants l’histoire du Canada, du Québec et le français, si nos politiciens ne reflètent même pas cela dans leurs politiques. Ils abandonnent carrément nos valeurs et notre histoire», affirme-t-il.

Et il n’est pas le seul à être surpris par la décision de la Ville de Toronto. D’autres ont utilisé les réseaux sociaux pour tenter de sensibiliser l’appareil  municipal torontois à cette question.

En 2002, un rapport municipal suggérait une augmentation de la place du français dans les communications de la Ville. Selon les conclusions du document, l’augmentation des coûts reliés au service de traduction serait minime.

«Car la communauté francophone parle l’une des deux langues officielles du pays, elle a certains droits garantis en vertu des lois ontariennes et canadiennes», pouvait-on aussi lire dans le rapport.

Ce n’est pas la première fois que Toronto est critiqué pour la place qu’elle laisse au français. Le calendrier pour l’horaire des collectes de déchets de Toronto a été distribué dans sept langues au début de l’année, mais le français était absent. La langue de Molière y avait été remplacée par le tagalog et le tamoul. À l’époque, Toronto avait admis son erreur.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.