#Ontario

Victoire du Parti PC dans Scarborough-Rouge River

Doug Ford, Raymond Cho et Patrick Brown lors de la victoire progressiste-conservatrice dans Scarborough-Rouge River Étienne Fortin-Gauthier

TORONTO – Les progressistes-conservateurs de l’Ontario ont réalisé un véritable tour de force en remportant la victoire lors de l’élection partielle dans Scarborough-Rouge River, le jeudi 1er septembre. Raymond Cho a dérobé aux libéraux un véritable château fort qui était «peinturé rouge» depuis la création même de la circonscription en 1999.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Raymond Cho du Parti PC de l’Ontario a obtenu 38,6% des suffrages, loin devant son plus proche rival, le libéral Thiru Piragal, qui a hérité de 28,9% du vote. Neethan Shan du Nouveau Parti démocratique (NPD) a récolté 27% des appuis des citoyens. Cette bonne performance néo-démocrate a assurément nui aux libéraux.

La lutte s’annonçait chaude entre le Parti progressiste-conservateur et le Parti libéral, selon les derniers sondages et les observations des acteurs en présence sur le terrain.

Les progressistes-conservateurs signent une victoire convaincante dans une circonscription où ils arrivaient habituellement troisièmes. Grâce à ce gain, ils obtiennent leur premier siège à Toronto.

Le chef de la formation politique, Patrick Brown, n’a pas manqué de souligner la symbolique de ce résultat lors de son discours de victoire.

«Il n’y a plus aucune circonscription en Ontario que Kathleen Wynne peut tenir pour acquise» – Patrick Brown

IMG_5536

Il a qualifié d’«historique» le résultat de jeudi soir pour sa formation politique. En point de presse, Patrick Brown a balayé du revers de la main l’hypothèse selon laquelle son parti a profité du flou entourant sa position sur le cours d’éducation sexuelle.

Dans une lettre envoyée aux citoyens, le Parti PC a d’abord affirmé vouloir abolir le programme. Patrick Brown a finalement indiqué quelques jours plus tard qu’il n’en serait rien, tout en s’excusant pour ce faux pas. Mais pour les libéraux le mal était fait et une lettre corrigeant le tir aurait dû être envoyée aux électeurs pour écarter toute ambiguïté.

«Il y a une vague bleue qui traverse la rivière rouge [Rouge River]. Nous faisons l’histoire ce soir!» – Patrick Brown

Raymond Cho, 80 ans, a livré un discours entouré de son chef et de Doug Ford, ancien candidat à la mairie de Toronto et frère du controversé ex-maire Rob Ford.

«Les citoyens m’ont tous dit que les libéraux les prenaient pour acquis dans Scarborough-Rouge River» – Raymond Cho

Il a dénoncé vivement les décisions du gouvernement Wynne qui, selon lui, sont responsables des lacunes en matière de transport en commun dans Scarborough et de l’augmentation importante des frais d’électricité.

FullSizeRender

Doug Ford a fait campagne dans Scarborough-Rouge River avec l’espoir de voir les membres de la «Ford Nation» appuyer M. Cho. Lors de son allocution, il a lancé que cette élection marquait la fin de la «fête» pour Kathleen Wynne.

Sera-t-il candidat pour le Parti PC lors du prochain scrutin général ? «Il ferait un bon candidat, tout comme d’autres personnes qui pourraient faire de bons candidats», s’est contenté de commenter Patrick Brown de manière laconique.

L’élection constituait un véritable test pour le gouvernement de Kathleen Wynne qui a été éclaboussé par de nombreux scandales au cours des derniers mois.

La première ministre a été vertement critiquée par plusieurs intervenants dans le dossier de la vente partielle d’Hydro One et les règles entourant le financement des partis politiques, notamment.

Le ministre Brad Duguid a pris la parole, en soirée, en l’absence de la première ministre Kathleen Wynne, qui poursuit sa mission commerciale au Mexique. Alors que les libéraux se dirigeaient vers la défaite, il a affirmé au micro d’#ONfr que la première ministre prenait des décisions difficiles, mais nécessaires.

 

Faible participation

Le taux de participation à cette élection partielle n’a même pas atteint 30%. Seulement 29,14% des électeurs se sont prévalus de leur droit de vote, tant lors de la journée du vote que lors du vote par anticipation.

Onze candidats étaient en lice à l’occasion de cette élection provinciale partielle. Au total, 89089 citoyens avaient les qualités requises pour exprimer leur suffrage dans le cadre de ce scrutin partiel.

«Faire sortir le vote»: l’expression prend tout son sens lors d’élections partielles qui sont reconnues pour leurs taux de participation habituellement faibles.

Tout au long de la journée, les partis ont redoublé d’efforts pour convaincre les électeurs de faire entendre leur voix. #ONfr a croisé plusieurs jeunes militants des différents partis sur le terrain.

Dans les quartiers généraux des campagnes, les appels se faisaient nombreux pour motiver les citoyens à aller voter.

Préoccupations francophones

Entre 300 et 400 francophones vivent dans la circonscription de Scarborough-Rouge River, selon les données de Statistique Canada (2011). Le centre de santé communautaire Taibu est en plein cœur de la circonscription et offre de nombreux services à ces francophones. #ONfr a interpellé des intervenants du centre pendant la campagne pour connaître davantage les problématiques de sa clientèle francophone.

«Il faut travailler sur les déterminants sociaux de la santé: emploi, éducation et logement, notamment. Il y a beaucoup de nouveaux arrivants ici. C’est une communauté pauvre et il n’y a pas assez de services pour eux», a confié Liben Gebremikael, directeur de Taibu, quelques jours avant le vote. Il a abordé aussi la question du transport, affirmant qu’il est difficile pour certains citoyens de recevoir des services ne pouvant pas se déplacer aisément au centre-ville de Toronto ou ailleurs dans la métropole.

scarb

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.