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Sciences infirmières: «Pourquoi étudier en français?»

L’Association des étudiant(e)s infirmier(ère)s du Canada (AÉIC) dénonce le test NCLEX. Thinkstock

OTTAWA – L’Association des étudiant(e)s infirmier(ère)s du Canada (AÉIC) ne décolère pas après la publication des résultats ontariens de l’examen d’accès à la pratique infirmière NCLEX (National Council Licensing Examination) en français.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Comme le rapportait #ONfr, les chiffres publiés par l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario, révélaient qu’une grande majorité des finissants du programme de sciences infirmières en français, en Ontario, ont choisi de passer leur test en anglais en 2016.

Bien leur en a pris puisque leur taux de réussite, quoi que légèrement inférieur à la moyenne provinciale, se situe à 84,6 %, contre 86,9 % pour l’ensemble de l’Ontario.

Pour les étudiants des programmes de français qui ont choisi de passer leur test dans la langue de Molière, en revanche, le taux de réussite pour une première tentative demeure inquiétant, avec 37,5 % de réussite en 2016, contre 34,8 % en 2015.

«Cet écart est hallucinant et injustifiable! Nous avons deux langues officielles au Canada et les étudiants en français doivent avoir le même droit à la réussite que les autres. C’est une situation inquiétante car à long terme, les étudiants francophones risquent de se demander pourquoi étudier en français si c’est pour passer son examen final en anglais et devoir réapprendre toute la terminologie? Il y a un risque d’assimilation! Nos étudiants vont perdre leur fierté d’étudier en français», lance Peter Stinnissen, directeur du bilinguisme et de la traduction 2016-2017 à l’AÉIC.

Pour M. Stinnissen, le choix des francophones de passer l’examen en anglais s’explique facilement.

«Les étudiants francophones ne font pas confiance au test en français. Il y a de nombreux problèmes de traduction et les ressources pédagogiques sont très rares. On sait que les institutions qui offrent le programme en français à travers le Canada se sont unies pour créer des outils pédagogiques adaptés, mais ça ne devrait pas être leur responsabilité. C’est l’entreprise qui fournit le test qui devrait procurer ces ressources.»

Venu des États-Unis, le test NCLEX a été introduit en 2015 à travers le Canada, à l’exception du Québec et du Yukon, en remplacement l’Examen d’autorisation infirmière au Canada (EAIC). Dès sa mise en place par le Conseil canadien des organismes de réglementation de la profession infirmière (CCORPI), il a fait l’objet de critiques, plusieurs intervenants jugeant l’examen «peu adapté» à la réalité canadienne. En 2015, le test NCLEX avait eu pour conséquence une chute majeure du taux de réussite à l’examen au Canada.

 

Campagne de lettres

L’AÉIC a passé une résolution sur cette question lors de sa dernière assemblée générale annuelle, en décembre. L’association se donnait le mandat de militer «pour le développement de matériaux préparatoires de qualité en français (…) afin que les étudiants aient le soutien dont ils nécessitent pour écrire l’examen NCLEX en français» et de sensibiliser et de travailler en partenariat avec les organismes et institutions pertinents sur le manque et le développement de tels matériaux.

«Il n’y a eu aucun progrès depuis que nous avons soulevé ces problèmes. Nous n’avons pas été entendus», regrette toutefois M. Stinnissen. «Ce que nous demandons, c’est que ce problème soit reconnu, que du matériel pédagogique soit développé par la compagnie qui fournit le test et que l’examen soit traduit de façon appropriée et non avec Google translate!»

Pour se faire entendre, l’AÉIC a lancé une campagne de lettres auprès des ordres membres du CCORPI pour leur faire part de son inquiétude. Environ 1 500 lettres ont été envoyées, selon l’association.

 

Défense de l’examen

Dans un échange de courriels avec #ONfr, l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario continue de défendre le nouveau test, s’appuyant sur le taux de réussite global des étudiants des programmes en français, qui est de 78,3 %.

«Nous ne savons pas clairement pourquoi les étudiants des programmes en français choisissent davantage de passer leur examen final en anglais. Nous devons faire davantage de recherches sur cette question pour mieux la comprendre. Mais il n’y aucune indication que le nombre d’inscrits aux programmes en français diminue, et nous continuons d’avoir des infirmières qui parlent le français qui rejoignent le marché du travail.»

L’organisation remet en cause les critiques à l’endroit de la version française de l’examen NCLEX.

«Il n’y a aucune preuve de problèmes de traduction de l’examen en français et nous faisons confiance au processus mis en place. Le Nouveau-Brunswick a chargé un expert indépendant de l’évaluer et il a conclu que l’examen ne contient aucune erreur majeure de traduction ou de signification, et que le niveau de français était convenable.»

Pour sa part, M. Stinnissen rappelle que le Bureau de la traduction du Nouveau-Brunswick avait rapporté des fautes dans 20 des 60 questions étudiées dans l’examen de 2016.

Jointes par #ONfr, les deux universités ontariennes qui offrent le programme de sciences infirmières en français, l’Université Laurentienne et l’Université d’Ottawa, n’étaient pas disponibles pour commenter les résultats des examens NCLEX.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.