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Santé en français: «Il faut dépasser le hello/bonjour!»

La présidente de l’organisme Reflet Salvéo, Marlène Thélusma-Rémy. Archives, #ONfr

TORONTO – L’Ontario a encore énormément de travail à faire pour améliorer la qualité des services en français dans son réseau de la santé, selon Marlène Thélusma-Rémy. Après cinq ans à titre de présidente de l’organisme Reflet Salvéo, elle tire sa révérence en dressant un portrait mitigé des avancées faites au cours des dernières années et des efforts déployés dans ce domaine par les dirigeants en place.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Il y a un manque de volonté du gouvernement à investir davantage, tant en ressources financières qu’en ressources humaines, pour faire avancer la cause des francophones», lance avec conviction la présidente sortante de Reflet Salvéo. L’organisme conseille en matière de services en français les autorités de la santé du Grand Toronto depuis 2010.

«Il y a un manque de volonté de reconnaître le français comme l’une des deux langues officielles du Canada, de manière équitable et égalitaire. Il y a un gros blocage, un manque de volonté de collaborer», affirme Marlène Thélusma-Rémy, qui a entretenu des liens étroits avec des représentants des organismes de santé du Grand Toronto et les représentants du gouvernement au cours des cinq dernières années. Elle quitte Reflet Salvéo à la fin de son deuxième mandat comme présidente, comme le veulent les règles de son organisation.

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Si l’offre active est une solution pour améliorer les services en français dans le réseau de la santé, Mme Thélusma-Rémy affirme que le concept est mal compris par certains décideurs. «Le fait de dire Hello/Bonjour, ce n’est pas de l’offre active!», lance-t-elle.

Cette phrase de bienvenue doit annoncer une offre de services plus élargie, insiste-t-elle. «C’est la porte d’entrée, quand un francophone se présente à un point de service. Ça lui donne de l’espoir qu’il va recevoir son service en français. Mais après avoir franchi la porte, va-t-il réellement trouver un professionnel qui lui offre un service dans la langue de son choix? Et dans un français de qualité?», affirme la Franco-Torontoise.

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«L’offre active se traduit par un ensemble de services de santé disponibles en français et offerts de façon proactive, c’est-à-dire qu’ils sont clairement annoncés, visibles et facilement accessibles à tout moment» – Regroupement des Entités de planification des services de santé en français de l’Ontario

La présidente sortante de Reflet Salvéo a participé à l’École d’été du Consortium national de formation en santé à Saint-Boniface, au début du mois d’août. Elle dit avoir pris conscience du retard des autorités ontariennes. «L’Ontario doit emboîter le pas et suivre les traces du Manitoba et du Nouveau-Brunswick», tranche-t-elle. «Nous avons beaucoup travaillé, mais en matière d’offre active, de services sociaux et d’éducation en santé, nous avons de gros défis», ajoute Mme Thélusma-Rémy.

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Trois enjeux clés, selon Marlène Thélusma-Rémy

  • Action concertée des acteurs de la santé: Les acteurs de la santé doivent travailler davantage ensemble, selon Marlène Thélusma-Rémy. La formation des acteurs de la santé doit tenir très tôt des besoins de la clientèle francophone et sensibiliser les futurs intervenants à l’offre active. Le milieu de l’éducation, ainsi que les organismes sociaux et de santé, doivent travailler main dans la main, insiste-t-elle.
  • Donner leur place aux francophones: La présidente sortante de Reflet Salvéo invite les dirigeants politiques et les dirigeants des réseaux de la santé et hôpitaux à donner davantage de place au sein des conseils d’administration et des comités de direction à des représentants francophones. «Il y a aussi un manque de volonté de collaborer et de permettre aux francophones de prendre leur place», insiste-t-elle.
  • Le français dans la documentation: Encore aujourd’hui, des documents dans les hôpitaux et les cliniques ne comportent pas de version française. Une situation encore plus frustrante, affirme Marlène Thélusma-Rémy, lorsque le document est traduit dans plusieurs langues, mais que le français est toujours absent.

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Bilan d’une année occupée pour Reflet Salvéo

Marlène Thélusma-Rémy a confirmé son départ à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de Reflet Salvéo, le lundi 29 août. L’organisme a vu son mandat être renouvelé au cours des derniers mois, après une période d’incertitude.

«Nos démarches de planification ont mené à une série de recommandations ainsi que du travail à divers niveaux, notamment sur le plan de la santé mentale et pour répondre aux besoins des aînés, des personnes LGBTQ et des nouveaux arrivants, entre autres», a souligné Gilles Marchildon, directeur de Reflet Salvéo.

L’organisme a notamment lancé une vaste campagne de sensibilisation à la santé mentale. «Peu importe son origine ethnique, son sexe ou son âge, une personne sur cinq sera atteinte d’une maladie mentale à un moment dans sa vie. Les professionnels de la santé sont là pour aider», pouvait-on lire sur certains des outils de communication de cette ambitieuse stratégie de communication.

Revoyez notre segment Facebook Live sur la santé mentale réalisé avec les intervenants de Reflet Salvéo

Des actions ont aussi été menées au courant de l’année lors de différents événements et dans différents lieux publics pour informer la population sur les services en français dans le monde de la santé.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.