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Santé en français à Etobicoke: «médiocre», selon un citoyen

ETOBICOKE – Des centaines de francophones vivant dans Etobicoke, dans l’Ouest de Toronto, n’ont pas accès à des services de santé en français. Bon nombre de Franco-Ontariens de ce secteur sont pourtant dans une situation très précaire, s’entendent des intervenants francophones à la recherche de solutions. Un rapport sur la situation sortira même dès cette semaine. 

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Les services de santé en français dans le quartier d’Etobicoke sont de qualité «médiocre», selon Degaulle Makayabu, résident d’Etobicoke. Il est au Canada depuis quelques mois et peine à obtenir des services de santé en français près de là où il vit pour lui, mais aussi sa femme et sa jeune fille.

Bien souvent sa famille se résigne à aller au Centre francophone (CFT), dans le centre-ville de Toronto. Si le CFT couvre le territoire d’Etobicoke, il faut souvent à M. Makayabu et à sa famille jusqu’à deux heures de route en transport en commun pour s’y rendre. Avec le retour à la maison ensuite nécessaire, il faut presque prévoir une journée complète pour un simple rendez-vous médical, s’attriste le résident du secteur de Rexdale dans Etobicoke, au nord de l’autoroute 401.

«Si du moins on a un service médical offert en français disséminé dans la ville, tout ce monde-là n’ira pas au Centre francophone de Toronto comme nous le faisons tous. Par faute de mieux on y va. On fait un effort de s’adapter à ces conditions aussi médiocres soient-elles, car on n’a pas d’autres issues», souligne-t-il. À son avis, les autorités gouvernementales auraient tout avantage à développer l’offre en français dans les cliniques et hôpitaux d’Etobicoke pour enlever de la pression sur le Centre francophone de Toronto.

«Un service de proximité, il y en a pas. Sur le plan de distance, il y en a pas. Et sur le plan linguistique, c’est encore plus compliqué. Le service en français n’est pas assuré» – Degaulle Makayabu

Le Centre francophone de Toronto a le mandat d’offrir des services de santé en français pour l’ensemble du territoire de Toronto, notamment aux citoyens d’Etobicoke. Lise-Marie Baudry, sa directrice générale, est bien au courant des faiblesses dans l’offre de services en français dans ce secteur.

«Dans une bonne partie d’Etobicoke, les francophones qui s’y trouvent sont de nouveaux arrivants et ils ont de grands besoins, en plus de ne pas nécessairement être bilingues», explique-t-elle. Les nouveaux franco-ontariens sont souvent dans une situation précaire, ont parfois peu de revenus et leur santé peut être à risque, dit-elle. Mme Baudry révèle que des efforts sont en cours pour que des services en français soient offerts, de pair avec d’autres organisations du réseau de la santé.

«Nous sommes à l’ère de la décentralisation dans l’offre de services. Il faut cesser de s’attendre à ce que les gens fassent quatre ou cinq heures de transport en commun pour recevoir un service. C’est à nous de nous déplacer pour aller les voir, près de chez eux», insiste-t-elle.

Elle fait savoir qu’un partenariat est déjà en place avec The Etobicoke Children’s Centre où une intervenante en santé mentale du Centre francophone est présente chaque semaine.

 

Un rapport sur la situation dès cette semaine

L’organisme franco-torontois Reflet Salvéo est responsable de conseiller le réseau de la santé dans le grand Toronto. Il publiera cette semaine un rapport sur le manque de services de santé en français, précisément dans le secteur d’Etobicoke.

«Dans notre rapport, nous allons révéler que dans la population générale d’Etobicoke, 94 % des citoyens ont un médecin de famille. Mais chez les francophones du même secteur, ça tombe à 66 %. C’est clair qu’il y a un problème d’accès aux soins en français», révèle Gilles Marchildon, directeur général de l’organisme.

La population francophone est désavantagée par son étalement sur le territoire du grand Toronto, affirme M. Marchildon. «Même dans les quartiers où les francophones sont la minorité linguistique la plus nombreuse, ils forment à peine 2 % de la population. Le poids démographique des francophones est toujours plus faible que celui des autres communautés», souligne-t-il. Ça ne veut pas dire que les services en français ne devraient pas être offerts, insiste le directeur de Reflet Salvéo.

«Il y a une loi provinciale sur les services en français et il y a des régions désignées bilingues, notamment Toronto. Les francophones doivent avoir un accès aux services dans leur langue, au moins à l’aide d’un service de traduction. C’est le strict minimum» – Gilles Marchildon

Si l’offre de services doit être bonifiée, il est aussi nécessaire de faire un travail de fond en matière de sensibilisation et d’éducation auprès des clientèles du secteur. «Notre système est différent de celui des pays de plusieurs de nos nouveaux arrivants francophones. Ici, le médecin de famille est la porte d’entrée du système de santé et pour obtenir des services spécialisés. Ailleurs, c’est bien souvent l’hôpital», explique-t-il.

Gilles Marchildon cultive l’espoir de voir des développements prochains dans ce dossier. Des rencontres se sont déjà déroulées avec le centre de santé communautaire de Rexdale et le réseau de la santé Centre-Ouest et il constate une «volonté de faire du progrès», souligne-t-il. «Notre étude va aider, car le système a besoin d’être alimenté par des données probantes», conclut-il.

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.