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Retour en classe précipité pour 72 000 élèves

Des centaines d'enseignants en grève ont manifesté à Queen's Park, le 7 mai. (Photo: François Pierre Dufault)

TORONTO – Quelque 72000 élèves du secondaire dans trois conseils scolaires publics anglophones ont retrouvé leurs pupitres plus rapidement que prévu, le mercredi 27 mai, après que la Commission des relations de travail de l’Ontario (CRTO) eut jugé que les grèves de leurs enseignants étaient illégales.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

L’illégalité des grèves résidait dans le fait qu’elles avaient été déclenchées sous le motif d’enjeux locaux alors qu’elles touchaient réellement des enjeux provinciaux, selon la CRTO.

Le gouvernement libéral à Queen’s Park avait déjà entrepris de faire adopter une loi spéciale pour forcer le retour en classe des enseignants des écoles secondaires publiques de langue anglaise dans les régions de Durham, Peel et Sudbury.

«Nous sommes soulagés que les élèves soient de retour dans les salles de classe», a réagi Liz Sandals, ministre de l’Éducation, à sa sortie de la Législature, le 27 mai. «Mais la jugement de la CRTO n’impose qu’un simple moratoire de deux semaines sur les grèves. Bien qu’il ait ramené les élèves dans les écoles, le jugement laisse une porte ouverte aux enseignants pour qu’ils retournent sur les lignes de piquetage le 10 juin», s’est-elle inquiétée.

La grève dans la région de Durham en était à sa sixième semaine.

Les débrayages des enseignants ont été suffisant longs pour compromettre le succès des élèves à un mois de la fin de l’année scolaire, selon la Commission des relations de travail en éducation de l’Ontario (CRTÉO) qui a évalué la situation pour le compte du gouvernement provincial, et dont les conclusions ont motivé le dépôt d’une loi spéciale, le 25 mai.

 

Frustrations

Notons que la CRTO et la CRTÉO sont deux organisations très différents, mais qui ont tous deux été appelées par la province à se prononcer sur les grèves scolaires au cours des dernières semaines.

«Nous allons nous soumettre au jugement de la CRTO», a fait savoir Paul Elliott, président de la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEESO), par le biais d’un communiqué. «Toutefois, ce jugement ne change rien au fait que nos membres sont de plus en plus frustrés du manque de progrès à la table des négociations.»

Dans les faits, le moratoire qu’a imposé la CRTO sur les grèves scolaires dans les régions de Durham, Peel et Sudbury n’a rien réglé du conflit de travail qui couve depuis plusieurs mois dans les écoles secondaires publiques anglophones de la province. Le gouvernement de Kathleen Wynne a donc décidé, le 27 mai, de poursuivre le processus d’adoption de sa loi spéciale pour garder le couvert sur la marmite au moins jusqu’à la fin juin.

«Notre loi spéciale rendrait toute grève impossible dans ces trois conseils scolaires d’ici la fin de l’année scolaire. Cette loi se base sur le jugement de la CRTÉO qui stipule que l’année scolaire est en danger pour les élèves du secondaire dans ces trois conseils», a expliqué Liz Sandals. «C’est pourquoi il est si essentiel de faire adopter cette loi. Parce qu’elle protège l’année scolaire pour ces élèves.»

 

Crainte d’une grève générale

L’opposition progressiste-conservatrice à Queen’s Park a jeté le blâme de ces grèves illégales dans trois régions de l’Ontario sur un nouveau système de négociations à deux niveaux qu’a mis sur pied le clan libéral pour éviter de se retrouver dans une impasse générale, comme en 2012.

«L’échec des négociations du gouvernement libéral à la table centrale des négociations a ajouté un fardeau indu à toutes les parties et semé une confusion qui a gardé les élèves hors des salles de classe pour beaucoup trop longtemps», a fustigé Garfield Dunlop, critique du Parti PC en matière d’Éducation.

Le chef progressiste-conservateur Patrick Brown a dit craindre, pour sa part, que la situation dégénère en grève générale de l’éducation à l’automne.

La FEESO era bientôt en position de grève légale partout dans la province. C’est déjà le cas pour les enseignants des écoles élémentaires publiques anglophones, qui multiplient les moyens de pression. Les enseignants francophones et ceux des écoles catholiques de langue anglaise pourraient, quant à eux, rejoindre les lignes de piquetage au début de septembre.

Le NPD a une fois de plus dénoncé le recours à une loi spéciale, le 27 mai.

«Les libéraux ne semblent pas prendre les négociations au sérieux. C’est le chaos à l’heure actuelle. Mais je n’ai pas entendu une seule fois la première ministre ou la ministre de l’Éducation dire qu’elles souhaitaient réunir toutes les parties et régler le problème», a bastonné à son tour la chef néo-démocrate Andrea Horwath. «En gardant le cap sur l’adoption de cette loi spéciale, le gouvernement ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. Le message qu’il envoie est qu’il s’en fout de négocier.»

Les deux partis d’opposition à Queen’s Park ont réclamé sans succès la démission de la ministre Liz Sandals, le 27 mai.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org