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Recensement: l’urgence d’inclure les ayants droit dans le questionnaire

Plusieurs organismes francophones élèvent la voix pour demander que des questions soient ajoutées au prochain recensement pour mieux compter les ayants droit. Crédit photo: Benjamin Vachet

OTTAWA – Selon le chercheur de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, Rodrigue Landry, la petite enfance et le recrutement scolaire sont les principaux défis que doivent relever les francophones en milieu minoritaire pour assurer leur avenir, d’où l’importance de revoir le questionnaire du recensement.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Invité par le comité permanent des langues officielles, le mardi 14 février, afin de se prononcer sur la demande des communautés francophones à l’extérieur du Québec d’ajouter des questions au recensement pour mieux connaître le nombre d’enfants admissibles aux écoles de langue officielle en situation minoritaire, M. Landry a souligné l’importance de cet enjeu.

«L’école est l’institution la plus importante pour la transmission de la langue et de l’identité, au même titre que la famille et les réseaux sociaux. Actuellement, le recensement ne permet pas de connaître le nombre d’ayants droit et donc, ne permet pas aux conseils scolaires et aux gouvernements provinciaux de répondre adéquatement à la demande.»

Le chercheur emboîte ainsi le pas à plusieurs organismes francophones, dont l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF) ou encore récemment, la Commission nationales des parents francophones (CNPF), qui élèvent la voix depuis plusieurs semaines pour demander que des questions soient ajoutées au prochain recensement afin de régler cette question.

Ces organismes francophones considèrent que les données recueillies jusqu’à maintenant dans les différents recensements sous-estiment le nombre de francophones ayants droit, c’est-à-dire de parents qui pourraient inscrire leurs enfants dans une école de langue française en milieu minoritaire. Selon eux, ce manque de données a des répercussions directes sur la pérennité et la vitalité des communautés francophones en milieu minoritaire qui perdent des milliers de membres potentiels qui se dirigent, faute d’écoles et de ressources adéquates, vers les écoles anglophones.

«Ces données sont vitales pour assurer la pérennité de nos communautés qui ont une grande difficulté à obtenir l’éducation en français», a souligné le député libéral de Sudbury, Paul Lefebvre.

Actuellement, le recensement ne permet de mesurer qu’une partie du nombre total des ayants droit, selon M. Landry, empêchant ainsi les conseils scolaires de bien planifier où construire des écoles. Cela servirait également, dans certains cas, de justification aux provinces pour ne pas leur donner les moyens nécessaires aux conseils scolaires francophones pour attirer une clientèle potentiellement beaucoup plus élevée.

Pourtant, dans les familles exogames, qui donc ont le droit d’envoyer leurs enfants dans les écoles de langue française en  milieu minoritaire, la volonté de transmettre le français est en croissance depuis 1971, souligne M. Landry.

Le comité permanent des langues officielles prépare un rapport qui sera remis au ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, responsable de Statistique Canada.

 

Recommandations à venir

Statistique Canada doit procéder, dès cet automne, à des consultations publiques, puis mener des essais en 2018 et en 2019, avant de transmettre ses recommandations au gouvernement en vue du prochain recensement de 2021.

«Nous essayons toujours de trouver un juste équilibre entre les besoins et les coûts. Nous recevons de nombreuses demandes à travers le pays et il y a déjà plus de 50 questions», rappelle le directeur adjoint, Division de la statistique sociale et autochtone, Jean-Pierre Corbeil.

S’il reconnaît le défi que constitue le calcul des ayants droit, M. Corbeil assure que les chiffres compilés par le biais de l’Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle de 2006 permettent de s’approcher de la réalité.

La décision ultime de modifier le recensement reviendra au gouvernement fédéral qui, interrogé par #ONfr, ne souhaite pas se prononcer sur la demande des groupes francophones, expliquant «qu’un organisme de statistique national doit jouir au quotidien d’une grande indépendance professionnelle par rapport aux directives et au contrôle des instances politiques».

Interrogé en marge d’une conférence de presse la semaine dernière, le porte-parole néo-démocrate aux langues officielles, François Choquette, apporte son soutien à la demande des francophones en milieu minoritaire.

«Le recensement doit poser les bonnes questions pour déterminer qui sont les ayants droit et lutter contre l’assimilation qui a lieu actuellement. C’est pourquoi nous travaillons sur cette étude qui ne sera pas très longue mais qui va nous permettre de faire des recommandations au ministre.»

Le député acadien René Arseneault s’inquiète qu’aucun changement ne soit apporté au recensement de 2021.

«Je m’inquiète que si les essais faits en 2018 ne sont pas concluants, nous aurons encore des générations d’enfants francophones qui seront perdues.»

Le comité permanent des langues officielles poursuit son étude, le jeudi 16 février, en recevant le Quebec Community Groups Network et l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec. La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada et le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau sont attendus, sur le même thème, le mardi 21 février.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a travaillé en France, avant de poursuivre sa carrière au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.