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Recensement: le français de nouveau grignoté au Canada

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OTTAWA – Le français perd de nouveau du terrain au Canada. Dans la lignée des derniers recensements, le nombre de locuteurs francophones augmente en valeur absolue, mais la proportion diminue.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Les chiffres de la partie linguistique du recensement de 2016, dévoilés mercredi 2 août, l’attestent. Ils sont désormais 7 383 835 à posséder le français comme langue maternelle sur tout le territoire. Un mieux de quelque 100 000 résidents en comparaison à 2011, mais en valeur relative, on parle d’une baisse de 22 à 21,3 %.

Pour ceux déclarant le français comme «première langue officielle parlée», la diminution est de la même ampleur (22,7 % en 2006 contre 22 % l’an dernier).

Les francophones hors Québec ne sont pas très bien lotis. La population ayant déclaré le français comme première langue officielle parlée a cru de 13 780, avec un nombre de 1 021 308. Mais le chiffre flatteur comporte une ombre. Le français ne représente plus que 3,8 % des résidents en contexte minoritaire, contre 4 % en 2011 et 4,2 % en 2006.

 

Trois «groupes démographiques» pour les francophones en contexte minoritaire

À cet égard, trois groupes de provinces et de territoires se dégagent. Ceux d’abord pour lesquels les francophones ont augmenté en valeur absolue et relative. C’est le cas de Terre-Neuve-et-Labrador (+ 16 % de francophones), le Yukon (+ 10,1 %), les Territoires du Nord-Ouest (+ 14, 4 %), et le Nunavut (+ 31,6 %).

Second groupe: ceux dont la hausse numérique des francophones ne se concrétise pas dans la proportion. L’Ontario (voir article ci-contre) est dans ce cas, puisque les quelque 7 000 francophones supplémentaires (+ 1,3 %) ont pour équivalent un poids en baisse dans la province (4,1 % contre 4,3 % en 2011).

L’Alberta, province en contexte minoritaire ayant connu la plus grande hausse (+ 11,7 %), suit cette tangente, puisque la proportion de cet échantillon reste bloquée à 2 % de la population.

Enfin, le troisième bloc comprend les provinces dans une situation inquiétante, où la population revendiquant le français comme première langue officielle a reculé. Sont concernés: le Nouveau-Brunswick (- 1,2 % de francophones), l’Île-du-Prince-Édouard (- 3,1%), la Nouvelle-Écosse (- 3,3 %) ou encore le Manitoba (- 1,2 %).

«Il n’y a pas de quoi être satisfait», a décoché le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Jean Johnson. «Nous ne sommes pas du tout où on devrait être.»

Pour l’organisme porte-parole des francophones en contexte minoritaire, les signaux sont au rouge, à quelques semaines du dévoilement du plan d’action pour les langues officielles. «Jamais un recensement n’a montré autant la voie à suivre (…) Il faut donner un coup de barre majeur.»

Le son de cloche était quelque peu identique du côté du Commissariat aux langues officielles. «Il importe que le prochain plan d’action du gouvernement sur les langues officielles propose des pistes d’action tangibles qui tiennent compte des plus récentes données sur les réalités linguistiques des Canadiens et de ce qu’elles signifient pour la vitalité des communautés» a déclaré la commissaire par intérim Ghislaine Saikaley, par voie de communiqué.

 

«Un contexte de forte immigration», pour Statistique Canada

Le recul de la population francophone va aussi de pair avec celui de la langue maternelle anglaise sur le territoire. Cette population qui représente 72,9 % de l’ensemble de la population en 2016 accuse une baisse d’un point par rapport à 2011.

Statistique Canada explique cette tendance en raison du «contexte de forte immigration».

Autre élément: le poids démographique de la population ayant comme première langue officielle parlée le français au Québec. En cinq ans, cette proportion passe ici de 85,5 % à 84,7 %. D’après l’agence fédérale, le Québec demeure la seule province où le poids des anglophones s’agrandit.

 

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.