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Recensement: «La confiance est ébranlée»

L’annonce de Statistique Canada concernant des anomalies remarquées dans les données du recensement sur la langue viennent ébranler la confiance de plusieurs observateurs. L’aide apportée aux francophones en situation minoritaire dépend en grande partie du recensement, d’où l’importance de données exactes, insiste la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«On remet tout en question, présentement. On déstabilise nos communautés avec de fausses informations comme celles-là ou ce qui peut sembler comme de la fausse information. La confiance est ébranlée», a indiqué le président de la FCFA, Jean Johnson.

Le recensement, malgré quelques bonnes nouvelles, a révélé des tendances inquiétantes pour le français à travers le pays. Les révélations faites par Statistique Canada viennent semer le doute sur ces données, affirme M. Johnson. «Est-ce qu’il y a réellement une baisse du nombre de francophones hors-Québec? Est-ce qu’il y a réellement une augmentation des francophones en Alberta et en Colombie-Britannique? Ça vient affecter la légitimé du recensement», explique-t-il.

Le président de la FCFA, Jean Johnson.

Des données erronées peuvent avoir des conséquences majeures, affirme M. Johnson. « Si on n’a pas des informations exactes, comment on peut justifier un investissement dans nos communautés ou guider le gouvernement à mieux investir les ressources du prochain plan sur les langues officielles», tranche-t-il.

La situation actuelle justifie plus que jamais la bonification du nombre de questions sur la langue lors du prochain recensement de 2021. «C’est maintenant qu’on doit faire ces changements. Il faut faire tout le travail, pas juste une partie. Il faut arrêter de travailler dans les perceptions et avoir des faits exacts», dit M. Johnson.

 

D’autres chercheurs se posent des questions

Depuis quelques jours, plusieurs chercheurs partagent leurs questionnements concernant des données surprenantes du recensement. Serge Miville, chercheur à l’Université Laurentienne et spécialiste de la francophonie ontarienne, est particulièrement étonné des données sur la langue à Sudbury.

«On voit des changements dramatiques. Lors du recensement de 2011, on voyait une légère baisse par rapport à celui de 2006. Mais les données de 2016 montrent une chute dramatique! On parle de 5% de francophones en moins», s’étonne-t-il.

«Sudbury augmente de population de 1000 personnes pendant cette période. Mais, il y aurait eu une baisse de 2000 francophones, malgré tout. Ils sont rendus où? Ont-ils été vaporisés? On ne sait pas ce qui se passe», lance-t-il.

Il demande à Statistique Canada de fournir davantage de contexte pour permettre à tous de mieux comprendre les données. «On veut savoir ce que Statistique Canada dit des données. Ils ont plus de données que nous pour permettre de les comprendre en profondeur. Les communautés francophones veulent savoir si le courant migratoire est si important qu’il dilue autant les communautés», dit-il.

Serge Miville affirme que plusieurs chercheurs se demandent même s’ils peuvent utiliser ces données pour mener leurs analyses sur des bases solides.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.