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Recensement: Des données plus fiables demandées pour prévoir les besoins

Le comité permanent des langues officielles demande à Statistique Canada de revoir son recensement. Archives

OTTAWA – Les francophones à l’extérieur du Québec demandent une révision du questionnaire du recensement pour la prochaine édition en 2021, afin de mieux évaluer les besoins en éducation de langue française dans les provinces et territoires où ils sont minoritaires.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

L’enjeu est de taille, selon l’avocat spécialiste des causes linguistiques, Mark Power.

«Dans le jugement de septembre en Colombie-Britannique, par exemple, la juge a confirmé qu’il fallait 500 places supplémentaires en éducation de langue française dans le secteur ouest de Vancouver. Pour avancer ce nombre, les juges se fient aux données du recensement. Or, celui-ci ne compte pas tous les ayants droit. Si bien qu’aujourd’hui, quand on construit une école de langue française dans les quartiers identifiés, après trois ans, elle est déjà pleine et trois ans plus tard, il faut y ajouter des portatives», illustre-t-il.

Selon la Charte canadienne des droits et libertés, trois catégories d’individus peuvent inscrire leurs enfants dans des écoles de langue française en contexte minoritaire:

  • les citoyens dont la première langue apprise et encore comprise est celle de la minorité francophone,
  • les citoyens canadiens qui ont reçu leur instruction, au niveau primaire, en français,
  • les citoyens canadiens dont un enfant fréquente ou a fréquenté, au primaire ou au secondaire, une école de langue française au Canada.

Le problème, selon la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF) qui est montée aux barricades sur ce dossier en fin de semaine dernière, c’est que le questionnaire actuel du recensement ne reflète que partiellement cette réalité en ne posant que la question de la langue maternelle.

«L’absence de données sur la langue d’instruction des parents et des enfants nous préoccupe. Un nombre grandissant de locuteurs du français est issu de couples exogames – dans lesquels un seul des parents est francophone. Ces derniers n’apprennent le français qu’à l’école: ils n’ont donc pas le français comme première langue apprise et encore comprise. Si aucune question au recensement ne permet de les compter, ce sont des milliers d’individus qui ont droit à une éducation en langue française qui sont oubliés», s’inquiète la présidente de la FNCSF, Melinda Chartrand.

L’avocat Me Power indique que Statistique Canada doit tenir compte de cette nouvelle réalité linguistique.

«Aujourd’hui, la situation n’est plus la même. Avec l’augmentation des foyers exogames, le nombre d’ayants droits dont la langue maternelle n’est pas le français, mais qui ont fait une partie de leur scolarité en français a augmenté. Aujourd’hui, ce sont des parents qui peuvent inscrire leurs enfants à l’école de langue française, mais que les statistiques ne comptent pas. Pourtant, selon les chercheurs, ce sont plutôt ces parents-là, qui sont allés à l’école de langue française, qui ont le plus de chance d’y inscrire leurs enfants», explique Me Power.

 

Portrait incomplet

L’absence de ces ayants droit dans les statistiques empêcherait les conseils scolaires francophones en contexte minoritaire, ainsi que les gouvernements des provinces et des territoires, de bien planifier les besoins en écoles de langue française et de répondre adéquatement à la demande, soutient la FNCSF.

«Un grand nombre de décisions importantes, notamment quant à la construction de nouvelles écoles, sont prises en fonction de ces données. Malheureusement, le formulaire actuel du recensement présente un portrait incomplet du nombre d’enfants admissibles à fréquenter ces écoles», soutient l’organisme.

Pour Me Power, il faudrait donc ajouter deux questions dans le questionnaire du recensement:

  • Avez-vous complété des études primaires en français?
  • Avez-vous un enfant inscrit dans une école de langue française?

Alors que Statistique Canada faisait état de prévisions inquiétantes quant à l’avenir du français d’ici 2036, la FNCSF considère que cette modification pourrait faire une différence.

«La FNCSF souhaite que Statistique Canada entame dès maintenant le travail nécessaire afin que le questionnaire du recensement soit modifié pour résoudre ces problèmes. Des données complètes sur les enfants admissibles aux écoles de langue française sont essentielles aux conseils scolaires pour lutter efficacement contre l’assimilation», affirme son directeur général, Roger Paul.

La demande évaluée pour l’éducation de langue française pourrait considérablement augmenter.

«La situation actuelle décourage beaucoup de parents dont les enfants sont éligibles à les inscrire à l’école de langue française. C’est effrayant mais c’est aussi encourageant pour les communautés francophones en contexte minoritaire. On pourrait beaucoup mieux répondre à la demande en prévoyant mieux les besoins.»

 

Changements possibles

Joint par #ONfr, Statistique Canada assure prendre «en considération les questions sociales et économiques émergentes dans la détermination du contenu du questionnaire. (…) L’objectif de tout recensement est de produire des données de haute qualité à tous les niveaux, y compris pour les plus petites collectivités et les petits groupes de population.»

Avant chaque recensement, l’institution mène des consultations afin de déterminer les questions du recensement ou de les modifier, qui sont ensuite validées par le gouvernement. Ces consultations devraient avoir lieu à l’automne 2017.

Le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, responsable de Statistique Canada, Navdeep Singh Bains, n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.